Les médecins appellent cela de la dyscalculie, l’équivalent pour les chiffres et le calcul de la dyslexie pour les lettres et la lecture. Ce trouble de l’apprentissage qui concerne 3 à 7 % des enfants français et près de 3 % des adultes, semble avoir frappé l’ensemble des élus de la majorité au conseil municipal de Cholet. Comme le rapportait la semaine dernière Mediacités, le procureur de la République d’Angers vient d’ouvrir une enquête visant le maire de la ville, Gilles Bourdouleix, ses adjoints et conseillers municipaux. L’association Anticor soupçonne en effet les élus de la majorité de s’être octroyés des indemnités supérieures au plafond autorisé. Les sommes s’élèverait à plus d’1,5 million d’euros sur l’ensemble du dernier mandat.

Comme peut le dévoiler Mediacités, à ces soupçons d’irrégularités viennent s’ajouter aujourd’hui les « erreurs » commises par l’une des adjointes au maire de Cholet au moment de déclarer ses revenus et intérêts à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP). Et pas n’importe quelle adjointe, puisqu’il s’agit de Florence Dabin, tout juste élue présidente du conseil départemental du Maine-et-Loire, sous l’œil attentif de Gilles Bourdouleix.       

120 000 euros non déclarés en six ans

A la lecture de la déclaration d’intérêt de Florence Dabin, déposée en 2015 auprès de la HATVP (en tant que vice-présidente du Département), trois montants ont tapé dans l’œil de Mediacités. Le premier concerne justement l’indemnité controversée perçue en tant qu’adjointe au maire de Cholet. Florence Dabin déclare 547 euros par mois. Problème : la délibération du conseil municipal du 4 avril 2014 indique que chaque adjoint (outre le premier d’entre eux) touche 1931 euros. Une différence de 1 384 euros par mois, soit près de 100 000 euros non déclarés à la HATVP sur l’ensemble du mandat 2014/2020.

extrait delib CM Cholet 04:14
Extrait de la délibération du conseil municipal de Cholet du 4 avril 2014

Le deuxième montant douteux concerne son indemnité de vice-présidente de la Communauté d’agglomération du Choletais. Florence Dabin déclare sur l’honneur avoir reçu chaque mois 857 euros de la collectivité alors que la délibération de cette collectivité datant du 14 avril 2014 mentionne une somme de 1 155 euros. La différence, cette fois, s’élève à 298 euros par mois, soit près de 20 000 euros sur l’ensemble du mandat. Ce sont donc près de 120 000 euros en six ans que la nouvelle présidente du conseil général du Maine-et-Loire n'aurait pas déclaré auprès de la HATVP.

Extrait delib CA Cholet 04:14
Extrait de la délibération de la Communauté d'agglomération du Choletais du 14 avril 2014.

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Extrait de la déclaration d'intérêts de Florence Dabin à la HATVP en 2015.

Déclaration évanouie

Interrogée par Mediacités, la HATVP rappelle que « le fait pour une personne d'omettre de déclarer une partie importante de son patrimoine (ou de ses intérêts), ou d'en fournir une évaluation mensongère est puni d'une peine de 3 ans de prison et de 45 000 euros d'amende ».

Déclaration mensongère, erreur involontaire ? Mediacités a posé la question à la première intéressée. Florence Dabin admet avoir « constaté une erreur d’interprétation dans sa déclaration ». Elle aurait, dit-elle, déclaré le montant net après impôts au lieu du montant brut. L’élue précise que « celle-ci va être corrigée auprès de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique au plus vite ». Détail curieux : la nouvelle présidente du Département du Maine-et-Loire n’a pas commis cette même « erreur d’interprétation ;» au moment d’inscrire sur sa déclaration les indemnités perçues pour son mandat de vice-présidente du conseil départemental. A cette ligne, les 2 251 euros nets déclarés correspondent bien aux sommes votées.

Cette déclaration erronée de Florence Dabin à la HATVP n’est plus disponible aujourd’hui sur le site de la Haute Autorité en raison de son accession au fauteuil de présidente. Mediacités l'avait précédemment sauvegardé et un nouveau document devrait être déposé dans les deux prochains mois.

La SCI de Gilles Bourdouleix et de ses adjoints

Un troisième montant a également suscité la curiosité de Mediacités. En 2015, l’adjointe au maire de Cholet mentionne dans sa déclaration à la HATVP une rémunération de 424 euros provenant d’une SCI (société civile immobilière). D’après nos recherches, il s’agit de la SCI Alcaline, fondée en 1999 par trois élus de Cholet : Gilles Bourdouleix, le maire ; le commissaire aux comptes Michel Champion, son premier adjoint et Jean Lelong, ancien adjoint chargé de la sécurité. Dotée à l’époque d’un capital social de 12 000 francs (1 830 euros), cette SCI avait pour mission de financer l’achat et la gestion d’un petit local de campagne situé au 18, boulevard Gustave Richard, en plein centre de Cholet, à moins de 300 mètres de la mairie.

En 2002, la SCI change de siège social, avec l’achat d’un local beaucoup plus grand au numéro 7 de la rue Travot, à quelques pas de l’hôtel de ville. Le capital de la société grimpe alors à 85 270 euros, détenus à 50 % par Gilles Bourdouleix et Michel Champion. Le reste des parts est acheté à hauteur de 1 300 euros par tête par les conseillers municipaux de la majorité. L’un de ces associés de l’époque raconte à Mediacités : « Devenu député, Gilles Bourdouleix voulait faire de ce lieu sa permanence parlementaire et le QG de la majorité municipale. Lorsqu’on est élu de la majorité à la mairie, on doit mettre au pot pour acheter une part de la SCI. Cela fait partie du package ! »

A quoi correspondent alors ces 424 euros de rémunération déclarés par Florence Dabin ? Interrogée par Mediacités, la nouvelle présidente de département explique que cette somme correspond à la vente de parts de la SCI. Une information difficilement vérifiable puisque cette dernière n’a jamais déposé ses comptes au greffe du Tribunal de commerce. Une chose est sûre : Florence Dabin n’a pas revendu l'ensemble de ses parts de la SCI Alcaline. En septembre 2016, elle en possédait encore 20, représentant un capital de 2600 euros.

Comme pour notre précédente enquête sur les indemnités des élus choletais, le maire de la ville Gilles Bourdouleix n'a pas répondu à nos demandes d'entretien à propos de la SCI Alcaline. Pas plus que son ancien adjoint chargé de la sécurité, Jean Lelong.  

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).