Les plongées dans les comptes de campagne sont souvent instructives. Celle que Mediacités a mené dans ceux de Monique Iborra pour les législatives de 2012 mérite qu'on s'y arrête. La députée de Haute-Garonne (ex-PS, désormais chez La République en Marche et vice-présidente de la commission des affaires sociales) a dépensé un total de 50 527 € TTC. Surprise : en épluchant les comptes dans le détail, on trouve 13 factures réglées à Com La Boite, l'entreprise de communication dirigée par sa fille Sophie Iborra, pour un montant de 27 688,13 € TTC. Soit 55 % du total des dépenses. Rappelons au passage que l'Etat a remboursé 35 348 € à Monique Iborra, ce qui correspond à 47,5% du plafond des dépenses autorisés dans sa circonscription...

Les factures, auxquelles Mediacités a eu accès via la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), ont été émises entre le 9 février et le 15 juin 2012. Elles portent notamment sur la conception, création et réalisation du site Internet de campagne moniqueiborra2012.fr (7 774 €) ; une prise de vues avec un photographe professionnel (1 194 €) ; des honoraires pour la conception et la réalisation des outils de communication de campagne de Monique Iborra (4 382 €) ; l'habillage de la permanence parlementaire (1 427,31 €) ; ou encore 9 factures d'impression de tracts ou d'affiches.

En juin 2012, Monique Iborra a été élue sous l'étiquette PS avec 65,49 % des suffrages au deuxième tour dans la 6e circonscription de Haute-Garonne. La même année, elle a embauché sa fille - encore elle ! - comme attachée parlementaire, à mi-temps, pour 1500 € par mois. Sophie Iborra a démissionné le 1er mars 2017, dans la foulée des révélations du Canard enchaîné sur le passé de collaboratrice parlementaire de Pénélope Fillon, les emplois familiaux étant un sujet devenu hautement sensible pour l'opinion.

Aujourd'hui, Monique Iborra, 72 ans, n'hésite pas à présenter cette embauche comme un coup de pouce à sa fille lorsque Mediacités la sollicite : « J’avais besoin de quelqu’un pour s’occuper de ma communication, justifie-t-elle. Or Sophie était parfaitement compétente puisqu’elle dirigeait depuis des années sa société de communication, Com La Boite. D’autre part, sa société avait également quelques difficultés à cette période. Je l’ai donc embauchée à mi-temps. Elle s’occupait des réseaux sociaux, de Facebook notamment, elle rédigeait ma « lettre du député » et elle me donnait des conseils classiques de com. Puisque dans sa charte présidentielle, Emmanuel Macron se disait contre les emplois familiaux, nous avons décidé avec Sophie de nous mettre en accord avec cette charte. »

Sophie Iborra, elle aussi adhérente du mouvement En Marche !, se justifie également : « Oui, c’était certes une période plus calme pour Com La Boite, où on sentait vraiment le contrecoup de la crise de 2009. Mais ce n’est pas la question financière qui m’a motivée pour devenir attachée parlementaire. » A l'époque, les emplois familiaux étaient légaux. Ce n'est plus le cas depuis l'adoption, en août dernier, de la loi de moralisation de la vie publique. Celle-ci interdit l'emploi par un parlementaire d'un membre de la famille proche (conjoint, partenaire de pacs, concubin, parents et enfants) et prévoit une peine pouvant aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour les contrevenants. Un texte voté par Monique Iborra, même si elle a fait travailler sa fille pendant cinq ans.

Une dépense « tout à fait normale » pour Monique Iborra

La députée s'est montrée moins prolixe sur le détail des dépenses. Elle a d'abord tapé du poing sur la table, fait mine de se lever et d'écourter l'entretien, avant de répondre que cette somme de 27 688 € versée à l'entreprise de sa fille lui paraissait « tout à fait normale. » Sophie Iborra, elle, s'est défendue plus longuement, notamment sur la proportion de 55 % de dépenses de communication : « Dans une campagne électorale, les dépenses de production de com sont le poste le plus important, et largement. Il y avait une partie conseil, avec l’élaboration de la campagne et des tracts, et une production sur des supports ad hoc. Moi, je ne suis pas graphiste ni webmaster. Mais j’avais deux salariés parfaitement qualifiés pour produire ces supports et ces documents. En plus, j’ai facturé en dessous des prix du marché, quasiment à prix coûtant. Il n’y a pas eu d’enrichissement, et ce que j’ai facturé n’a pas fait prospérer Com La Boite. Il n’y a pour moi rien de choquant  ».

Surfacturation ou sous-facturation, le problème est ailleurs. Dans un contexte de défiance généralisée à son égard, la classe politique se passerait bien de telles affaires de famille.

Le détail des 13 factures réglées à Com La Boite, dans le cadre de la campagne 2012 de Monique Iborra

1/ Conception, création et réalisation d'un site Internet de campagne moniqueiborra2012.fr : facture émise le 15 mars 2012, réglée le 24 mars 2012 par le mandataire financier de Monique Iborra.
7 774 € TTC

2/ Prise de vues avec un photographe professionnel pour photo de campagne : facture émise le 31 mai 2012, réglée le 9 juillet 2012 par le mandataire financier de Monique Iborra.
1 194 € TTC

3/ Habillage de la permanence (fabrication de 3 panneaux en akylux, marquage de 9 vitrines): facture émise le 6 mars 2012, réglée le 11 mars 2012 par le mandataire financier de Monique Iborra.
1 427,31 € TTC

4/ Impression de tracts, format 14,8 X 21 plié (17 000 exemplaires) et 21 X 29,7 ouvert (23 000 exemplaires): facture émise le 9 février 2012, réglée le 22 mars 2012 par le mandataire financier de Monique Iborra.
3 405,01 € TTC

5/ Impression de la lettre de campagne A4 Recto-Verso (18 200 exemplaires) : facture émise le 2 mai 2012, réglée le 12 mai 2012 par le mandataire financier de Monique Iborra.
878,34 € TTC

6/ Impression d'un dépliant « accordéon » en format 8 X 12 (32 000 exemplaires):
facture émise le 02 mai 2012, réglée le 12 mai 2012 par le mandataire financier de Monique Iborra.
1 365,95 € TTC

7/ Impression d'un dépliant triptyque format 21 X 21 (60 650 exemplaires) : facture émise le 15 juin 2012, réglée le 27 juin 2012 par le mandataire financier de Monique Iborra.
4 734,37 € TTC

8/ Honoraires pour la conception et la réalisation des outils de communication de campagne de Monique Iborra : facture émise le 31 mai 2012, réglée le 9 juillet 2012 par le mandataire financier de Monique Iborra.
4 382 € TTC

(On trouve ensuite des factures qui correspondent à des tracts et affiches imprimés dans le cadre de déplacements de personnalités politiques venues apporter leur soutien à Monique Iborra en cours de campagne)

9/ Impression de tracts et affiches « François Rebsamen »: tracts 21 X 29,7 en 5000 exemplaires et affiches en 40 exemplaires. Facture émise le 6 mars 2012, réglée par le 9 mars 2012 par la Fédération du Parti socialiste Haute-Garonne.
632,09 € TTC

10/ Impression « invitations petites communes » en format 21 X 29,7 (3500 exemplaires) : facture émise le 15 mars 2012, réglée le 27 avril 2012 par la Fédération du Parti socialiste Haute-Garonne.
583,05 € TTC

11/ Impression de tracts et affiches « Najat Vallaud-Belkacem » :  tracts 21 X 29,7 en 15000 exemplaires et affiches en 100 exemplaires. Facture émise le 6 mars 2012, réglée le 8 mars 2012 par la Fédération du Parti Socialiste Haute-Garonne.
884,44 € TTC

12/ Impression de tracts « Marie-Hélène Aubert » (format 21 X 29,7, 1000 exemplaires) : facture émise le 02 avril 2012, réglée le 5 avril 2012 par la Fédération du Parti Socialiste Haute-Garonne.
357,60 € TTC

13/ Impression d'affiches « Marie-Hélène Aubert » (50 exemplaires) : facture émise le 02 avril 2012, réglée le 5 avril 2012 par la Fédération du Parti Socialiste Haute-Garonne.
69,97 € TTC