Fin août 2015, Benoîte, une Béninoise de 32 ans, installée en France depuis janvier 2012 et titulaire d'un titre de séjour d'un an renouvelable, revient d'un voyage de trois mois dans son pays d'origine. Avant d'atterrir à Toulouse, elle passe par Bruxelles, mais voilà que les douaniers Belges tiquent sur son passeport : « Ils m'ont appris qu'il avait été déclaré volé. Après des vérifications, ils ont conclu que le passeport que j'avais en main m'appartenait bien, mais m'ont dit d'aller voir la police ou la gendarmerie de là où j'habitais », raconte Benoîte à Mediacités.

De retour à Toulouse, les ennuis s'accumulent : quand elle déboule dans son appartement, impossible de rentrer. Son petit ami, un Togolais avec lequel elle vit depuis 2013, a gardé les clés du logis. Il ne répond plus au téléphone et demeure introuvable. Voilà Benoîte à la rue. Elle va à la banque pour retirer un peu de liquide et... se fait avaler illico sa carte bleue. « J'ai constatée que pendant mon absence des opérations bancaires avaient été effectuées depuis mon compte », raconte-t-elle.

« Une méprise » pour la préfecture

Le 21 septembre 2015, elle se rend à la Préfecture de la Haute-Garonne pour éclaircir l'histoire de son passeport déclaré volé. L'agent du service d'immigration qui la reçoit lui prend son document et lui remet une attestation certifiant que « le passeport original est retenu dans l'attente des vérifications utiles auprès des autorités compétentes ». Trois mois plus tard, le 23 décembre 2015, lassée d'attendre une réponse, elle y retourne. Surprise : l'agent lui apprend qu'il lui a déjà remis son passeport et son titre de séjour, en mains propres le 20 novembre 2015 ! « Une méprise a bien été commise par l'administration sur la délivrance de bonne foi du passeport de l'intéressée à une tierce personne qui s'est fait passée pour cette dernière », tente de justifier la Préfecture. Un peu court comme explication.

Benoîte s'est faite escroquer dans toutes les largeurs par un individu, son ancien compagnon qui est particulièrement aguerri à ce type d'arnaque. Il avait déjà réussi à faire main basse sur sa carte d'identité et son extrait de naissance (qu'elle avait laissé dans son appartement). Mais là, il a fait très fort en réussissant à subtiliser son passeport par le biais d'une complice, laquelle est allée directement le chercher en préfecture ! Et c'est grâce à tous ces documents qu'il a pu vider le compte en banque de Benoîte, contracter des prêts en son nom, détourner l'argent de l'aide sociale qui lui revenait... Celle-ci a bien tenté d'enrayer cette machine infernale en s'adressant à un avocat et en déposant deux mains courantes et trois plaintes pour « utilisation frauduleuse d'un moyen de paiement », « usurpation d'identité », et « abus de confiance ». En vain, pour le moment. Des enquêtes sont en cours, lui répond inlassablement la police. Aux dernière nouvelles, l'ex-compagnon se trouverait au Togo.

Maintenant, elle doit rembourser

Pendant deux ans Benoîte a vécu sans passeport. En désespoir de cause, elle a décidé cet été de le refaire à ses frais. En revanche, elle n'a jamais récupéré son titre de séjour d'un an et vivote avec un récépissé de trois mois renouvelable qui lui permet de travailler en tant qu'aide ménagère. Elle n'a plus de logement et vit dans un foyer d'aide aux femmes en difficultés (foyer qui préfère garder l'anonymat par crainte de représailles).

C'est dans ce lieu qu'elle a trouvé une équipe de travailleurs sociaux qui l'ont accompagné pendant deux ans dans toutes ses démarches. « On a fait tout ce qui était en notre pouvoir pour la sortir de cette situation, mais rien à faire, son histoire n'avance pas », soupire Morgane, une des éducatrices qui la soutient. Chaque mois et pour les sept ans à venir, Benoîte devra amputer 69 euros de son salaire (770 euros) pour rembourser l'arnaque dont elle est victime. Sa dette totale (logement, santé, aide sociale, crédits à la consommation) s'élevait à 44 230,12 euros, avant que la commission de surendettement de la Haute-Garonne ne la lui réduise fin juin dernier à 5 622,84 euros.