C’est le premier événement d’une campagne régionale qui s’annonce historiquement longue. Crise sanitaire oblige, le scrutin devrait être décalé de mars à juin prochain. Selon les informations de Mediacités, les instances régionales du parti Europe Écologie-Les Verts ont suspendu, Agnès Langevine, 3e vice-présidente chargée de la transition écologique et énergétique à la Région Occitanie. « Au regard du positionnement d’Agnès Langevine sur une alliance dès le premier tour avec les socialistes alors même que 94 % des militants écologistes ont voté contre, nous avons lancé une procédure de suspension à son égard », confirme Christiane Arighi, secrétaire générale d’EELV en Midi-Pyrénées. D’après les statuts du parti, cette procédure est une première étape avant une potentielle exclusion de la formation politique.

Parmi les autres reproches formulés à l'encontre de l’ex-tête de liste écologiste aux municipales à Perpignan en 2020, il y a « son refus de se présenter sur la liste écologiste en prévision des élections régionales », fait savoir un élu vert qui la connaît bien. Mais aussi son vote en faveur du « Green New Deal » lors de la dernière assemblée régionale alors que le groupe écologiste, auquel elle appartient, s’est abstenu. « C’est une championne du double jeu », s’agace un cadre EELV des Pyrénées-Orientales qui est « persuadé » qu’Agnès Langevine fera campagne pour Carole Delga. « Ça donne une image de désordre au sein du parti, ajoute-t-il. Ce qui nous inquiète, c’est aussi qu’elle a pu avoir accès à un certains nombres d’informations [au sein des instances EELV]. »

Cette suspension annonce-t-elle un ralliement d’Agnès Langevine aux côtés de l’équipe de la présidente sortante ? Contactée, la vice-présidente n’a pas répondu à nos sollicitations (lire notre encadré En coulisses). Pour un élu proche de Carole Delga, l’hypothèse, « semblerait logique. Elle a vue qu’avec cette majorité, il pouvait y avoir des avancées politiques. C’est un choix qui lui appartient. »

Le temps de la démarcation

L’heure est donc à la clarification du côté des Verts. Et lors du vote du Green New Deal en assemblée plénière, le 19 novembre dernier, il flottait déjà comme un air de campagne. Ce plan, élaboré avec la participation des élus écologistes et qualifié « d’ambitieux » par Carole Delga, doit définir la politique de la Région à moyen terme sur des domaines variés allant de l’environnement à la sécurité (Relire : Pourquoi Carole Delga s'assoit sur sept mesures de la convention citoyenne).

Pour les écologistes, il est insuffisant : « Nous sommes déçus, a lancé le conseiller régional EELV Romain Pagnoux lors des débats. Il faut un changement de paradigme. Les élus écologistes ont fait des propositions pendant les groupes de travail. Nous regrettons que cette rupture ne soit pas proposée. » Au-delà du Green New Deal, c’est toute la politique environnementale de la présidence Delga qui est mise en cause : « Nous dénonçons les incohérences de ce mandat. Incohérences qui permettent de demander une ligne aérienne entre Carcassonne et Toulouse , incohérences qui permettent de continuer à financer l’agriculture chimique », s’est-il agacé.        

Une sortie désapprouvée par le conseiller régional socialiste Bertrand Monthubert, qui reproche aux Verts de profiter de la campagne pour essayer de se démarquer, après une mandature dont ils partagent le bilan. « J’espère que l’heure n’est pas aux calculs politiciens. Nous devons nous montrer unis derrière ce projet ambitieux », a-t-il rétorqué pendant les débats. Une intervention pour rien car les écologistes ont préféré s’abstenir au moment du vote.

Les ambitions des écolos

Les Verts en sont convaincus : il n’est plus temps pour eux de jouer les seconds rôles. Si la liste verte « Nouveau monde » emmenée par Gérard Onesta n’avait récolté que 10,26 % des suffrages en 2014, les « vagues vertes » des élections européennes et municipales, laissent présager un meilleur lendemain. « Nous y allons pour arriver en tête au premier tour. L’écologie ne peut plus être une variable d’ajustement. Il faut changer de braquet », affirme Antoine Maurice, candidat malheureux aux municipales à Toulouse. « C’est la première fois qu’on a des échéances électorales, à la proportionnelle et à la suite, qui nous sont plutôt favorables. Les régionales, ce sera le 3e étage de la fusée pour une mise en orbite aux présidentielles », veut croire Gérard Onesta, élu régional EELV qui ne se représentera pas.

Avant de rêver plus grand, il faudra d’abord convaincre les électeurs occitans. Pour cela, les Verts espèrent un rassemblement autour de la figure d’Antoine Maurice. Un pari pourtant loin d’être gagné. L’annonce de la candidature de l’ex-tête de liste d’Archipel Citoyen à Toulouse n’est pas du goût de tout le monde. « C’est une grosse erreur », réagit Dominique Satgé, élue régionale du Parti communiste qui aurait préféré une « candidature commune » de tous les mouvements de gauche. « Ça me semble précipité », embraye Myriam Martin, élue Insoumise à la Région. « Ce n’est pas une surprise que les écologistes partent en solitaire, mais j’aurais été favorable à un rassemblement de la gauche sociale et écologiste. » D’autant que du côté des socialistes, des radicaux et des communistes, on semble plus enclin à suivre la présidente sortante Carole Delga. « Elle a la légitimité, la crédibilité et, selon moi, une plus grande capacité à rassembler », juge Dominique Satgé.

Un constat partagé – sans surprise – par le secrétaire général du Parti communiste de Haute-Garonne, Pierre Lacaze, désigné, en octobre, chef de file pour le scrutin régional : « Carole Delga a un bilan que l’on peut mettre à son crédit. Il nous faut un rassemblement dès le 1er tour pour éviter que le Rassemblement National ne soit en tête ». La présidente Carole Delga, candidate à sa propre succession, a elle-aussi réagi à l’annonce de la candidature d’Antoine Maurice, au micro de France Bleu Occitanie : « Dans le champ politicien, il n'y a pas que des agréables surprises, il y a aussi des déceptions, c'est ainsi ».

De l’ensemble des élus socialistes et PRG de la Région contactés pour cette enquête, seul Bertrand Monthubert a accepté de s’exprimer : « Bien sûr, nous espérons une candidature unique à gauche dès le premier tour. Toutefois, l’heure n’est pas à la campagne mais à la gestion de la crise. Ces questions, nous y répondrons en temps voulus dans quelques mois. »

Les alliances déjà en ligne de mire

En solo les écolos ? Pas tout à fait. Car si les Verts rêvent d’être le premier parti de gauche au soir du premier tour, ils anticipent déjà les alliances. « On ne gagnera pas tout seul. On le sait bien. Il faudra s’allier au second tour pour faire barrage à la droite », glisse un proche d’Antoine Maurice. Une analyse que partage la tête de liste : « On veut faire le score le plus haut au premier tour et puis on verra au second pour réaliser un rassemblement avec ceux qui le veulent et sont proches de nous. Que ce soit LFI ou le PS. » Même son de cloche chez Pierre-Nicolas Bapt, le président du Parti Radical en Haute-Garonne : « Il faut rester prudent. Les élections sont encore loin. Nous ne savons pas non plus qui seront les candidats à droite. Cela pourrait changer beaucoup de choses. Mais il est clair que c’est tous ensemble que nous pourrons gagner », assure-t-il... tout en ne promettant pas de s’allier aux écologistes si ces derniers arrivaient en tête du 1er tour.

Agnès Langevine et Mediacités, c’est l’histoire d’un rendez-vous manqué. Nous avons contacté à trois reprises l’élue régionale le 25 novembre sans réussir à la joindre. Celle-ci nous a rappelé le lendemain, mais nous avons manqué son appel. Nous l'avons recontacté dans la foulée sans plus de succès. Un dernier SMS lui a été envoyé, vendredi 27 novembre. À l'heure de notre publication, Agnès Langevine n'avait toujours pas répondu à cette sollicitation. 

Nous avons également tenté de joindre Carole Delga. Son cabinet nous a fait savoir qu’elle « n’avait pas le temps » de répondre à nos questions, la priorité étant donné « à la gestion de la crise ». Ni Nadia Pellefigue, 5e vice-présidente à la Région et ex-tête de liste socialiste à Toulouse, ni Christian Assaf, le patron du groupe socialiste à la Région, ni Sébastien Vincini, le secrétaire général du PS en Haute-Garonne n’ont donné suite à nos demandes, malgré de multiples relances. Idem du côté des conseillers régionaux radicaux.

Si Pierre-Nicolas Bapt, le président de la fédération de Haute-Garonne du Parti Radical nous a accordé un entretien, son collègue Vincent Garel, élu à la Région, n’a pas répondu à nos messages. Autant de silences sont, sans doute, l'expression d'une gêne à évoquer les premiers tiraillements de ce début de campagne.