« Va manger des bananes » : un petit club toulousain refuse de laisser passer

Des footballeurs de l’UST, en cinquième division, rapportent avoir été visés par des insultes racistes venues des tribunes adverses. Mais la commission de discipline du district a choisi de sanctionner… leur propre équipe. Pour avoir quitté le terrain. Son président se retrouve même sous le coup d’une plainte en diffamation.

2022 chronique de la Haine Foot Toulouse Mediapart
Les joueurs de football de l’Union Sportive Toulouse ont rapporté avoir été victimes d’insultes à caractère raciste lors d’un match, le 8 janvier 2022. / Photo Matthieu Rondel pour Mediapart

Article publié sur Mediapart le 22 mars et repris dans le cadre de notre partenariat éditorial.

C’est un match de football amateur comme il s’en déroule toutes les fins de semaine aux quatre coins du pays. Le samedi 8 janvier, à 20 heures, l’Union sportive Toulouse (UST) est en déplacement à Baziège, petite ville de 3 500 habitant·es, pour y disputer la septième journée de championnat. Poule A, 5e division de district départemental, le plus bas niveau de la Fédération française de football (FFF). L’UST est venue avec son équipe « multiculturelle » chère à Samih Bentaha, 29 ans, le président du club, également joueur et capitaine. « Il y a de tout chez nous : des Noirs, des Arabes, des blancs tatoués, des pas tatoués, gitans, gays, beaucoup de jeunes... »

Entrepreneur ambitieux, actif (il dirige des entreprises dans le BTP, l’immobilier, la fibre) et sportif, il a fondé l’UST en 2017 pour, entre autres, « casser les clichés et montrer qu’une équipe avec des jeunes des quartiers, des Maghrébins, des Noirs, se comporte bien, respecte des valeurs. Qu’il n’y a pas de problème, on peut venir jouer dans les campagnes, accueillir les adversaires, on est corrects... » Mais ce 8 janvier, à Baziège, l’ambiance est fraîche.

Les joueurs de l’UST, dont leur capitaine-président, parlent d’un match dur et heurté, durant lequel ils ont été insultés par quelques spectateurs. Des moqueries. Des injures. Et, d’après leurs récits, des insultes à destination de deux joueurs noirs : « Bouge tes sales fesses ! » et « Va couper des bananes ! »

Côté Baziège, on s’inscrit en faux. Longuement interrogé, Guillaume Moreau, président du club, « conteste qu’il y ait eu des propos racistes », considère que les joueurs de l’UST se sont « monté le bourrichon » et déplore « une accusation » qui pénalise son club. Au téléphone, il assure : « La seule chose que nous assumons, c’est que nous avons un public chambreur, ce ne sont pas des enfants de chœur, c’est vrai... »

Récit contre récit. La commission de discipline du district, qui a reçu des représentants des deux clubs fin février, a clairement choisi. « On est arrivés en victimes . . .

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