Samedi 24 novembre. J’ai regardé les manifestations contre les violences faites aux femmes à la télévision depuis ma chambre. Je ne peux pas défiler. Je ne peux pas marcher non plus. Les violences faites aux femmes, je les vis depuis mon lit. Je rentre de l’hôpital.

Je m’appelle Anne-Cécile Groléas, 46 ans, mariée, 4 enfants, couturière, enseignante, cheffe d’entreprise. Ce mardi 20 novembre 2018 on m’a « explantée ».

Un terme que l’on m’a appris récemment. Cela veut dire « extraire ce qui avait été implanté ». On m’a retirée les Essure , ces implants contraceptifs en forme de ressort inventés par la société Bayer, qui se placent dans les trompes au plus profond de l’intimité de la femme. Le problème c’est que ceux qui ont inventé ces implants n’ont pas imaginé qu’ils devraient un jour peut-être les retirer. Ce n’est pas prévu, ce n’est pas possible. Alors on enlève tout. Les implants, les trompes, l’utérus, le col de l’utérus. Une « hystérectomie totale »…                             

On m’a « explantée », c’est tellement plus joli que dire on m’a « amputée de ce qui a fait de moi une femme, une mère, on m’a mutilée pour le reste de ma vie ».

Un mauvais conseil et une mauvaise décision

Combien de femmes en France ont ces implants ? 175 000 selon les chiffres disponibles. Peut-être plus ? Combien doivent ou devront se faire amputer ? 10 % ? 20 % ? 50 % ? Toutes peut-être ? Où sont elles ? Les députées, les actrices, les femmes d’affaire ? Suis-je la seule ? Puisqu’il en est ainsi, du fond de mon lit, à défaut d’étendard, je prends la plume pour raconter mon histoire. Le scandale des Implant Files vient de sortir il y a quelques heures.                             

Quatre enfants, c’est une chance énorme et aussi un parcours difficile. Après ma quatrième grossesse, le gynécologue qui me suivait m’a alertée : je ne devais plus avoir d’enfant car je mettrais ma santé en danger. Mais je devais trouver une solution impérativement sans hormone. Alors que je prévoyais une ligature des trompes, c’est une gynécologue d’un hôpital de Lyon qui me propose les Essure : une contraception définitive posée en ambulatoire, sans anesthésie, avec la promesse de retourner au travail dès le lendemain. La solution « idéale » pour la femme active que je suis.

On me pose les implants le 22 octobre 2013.

Ma santé se dégrade jusqu’à ce que je devienne… une épave

Ma santé s’est dégradée de manière insidieuse. Des problèmes à la cheville gauche, une tendinite qui s’installe progressivement. Un genou qui enfle, de plus en plus douloureux.
Une fatigue qui s’installe. « C’est normal, c’est l’âge, tu en fais trop : quatre enfants, un travail passionnant, un engagement associatif, politique, de l’aide auprès de ta famille de tes amis… ».

Les problèmes s’intensifient : des migraines, des fourmillements dans les doigts, des douleurs dans les épaules, des décharges électriques dans mes membres. Mais aussi des otites, des acouphènes, de l’eczéma, des infections urinaires, des douleurs à la hanche, des positions qui deviennent insupportables, des points sur les côtés, des douleurs pendant les rapports, des cycles menstruels complètement déglingués, des règles hémorragiques… J’ai l’impression d’être coupée en deux avec des douleurs insupportables à gauche principalement.

Puis progressivement je perds mes mots, le fil de mes pensées, la capacité de me concentrer, de lire vite, je perds la mémoire, peine à me faire comprendre. La douleur me réveille la nuit et j’ai le sentiment de lutter sans cesse.

Alors bien sûr je vois un défilé de médecins : gynécologues, rhumatologues, podologues, neurologues… Je fais des examens : échographies, radios, IRM… Je prends des traitements : antidouleurs pendant des semaines à des doses maximales, des infiltrations… Les médecins me disent que je n’ai rien. On n’entend pas ma douleur. Je sais pourtant qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

J’ai le sentiment d’avoir pris 20 ans

Il me faut désormais trois heures pour faire les courses pour remplir le frigo car je ne peux plus marcher normalement. Je calcule le nombre de fois où je prends les escaliers. Si je reste debout quelques heures, je sais que je n’arriverai pas à me lever le lendemain. Après avoir conduit pendant une heure, j’ai besoin qu’on m’aide à sortir de la voiture. Et quand on me dit « tu es sûre de ce que tu viens de dire ? », je comprends que la phrase que je viens de prononcer n’a aucun sens…

Mais finalement c’est peut-être normal ? Toutes les femmes sont comme ça à 45 ans, la ménopause qui arrive, il faut que je l’accepte, que j’arrête de me plaindre, de dire que j’ai mal et ça ira mieux demain, après les vacances…

Je trouve enfin un « bon gynécologue », c’est un médecin qui m’écoute. Et je reçois un courrier de l’hôpital qui m’a implantée les Essure marqué « urgent ».

Mes maux sont reliés aux mots que je lis dans ce courrier : « Si vous présentez des symptômes depuis la pose des implants Essure, nous sommes à votre disposition pour vous revoir en consultation et envisager l’ablation de ces implants Essure en ambulatoire ».

Ce 5 janvier 2018, je comprends que je suis empoisonnée. Que ces implants me volent la vie que je devrais avoir.

Après le déni, la prise de conscience

Je suis restée assise sur la chaise dans un état de sidération à pleurer pendant deux heures. Je ne délire donc pas, j’ai vraiment des problèmes. Que dois-je faire ? Auprès de qui ? En qui puis-je avoir confiance ?

C’est alors que j’entre en lien avec Marie-Laurence de  l’association Resist (Réseau d’entraide, soutien et informations sur la stérilisation tubaire). Je commence à mesurer la dangerosité du dispositif, ses effets secondaires, mais aussi les séquelles, des vies brisées, les dommages collatéraux : des femmes divorcées, seules, sans ressources, mutilées, handicapées, un nombre de victimes hallucinant. Et pourtant personne n’en parle ?                       

J’en parle discrètement autour de moi, et me rends rapidement compte que plusieurs de mes amies portent ces implants, ont des problèmes de santé et n’ont jamais été informées par qui que ce soit (médecin, hôpitaux qui les ont implantés) ni par quelque média que ce soit.

L’hôpital dans lequel je retourne ne me rassure pas. Au contraire. J’ai le sentiment d’avoir face à moi non pas un médecin mais un apprenti sorcier et d’être un double cobaye : cobaye au moment de l’implantation puis désormais cobaye pour une explantation.

Je comprends qu’on va m’amputer. C’est à ce moment que je réalise que c’est un scandale sanitaire bien pire que les autres.

Une violence faite aux femmes et une confiance rompue

Cette épreuve me renvoie à ma condition de femme. Pourquoi faut-il lutter autant pour se faire entendre et se faire respecter ? Pourquoi ne croit-on pas en ma parole ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu ma douleur ?

Ma vie est construite sur des convictions fortes : les médecins considèrent mon bien-être et ma santé comme une priorité (serment d’Hippocrate) ; l’État français a pour vocation la protection de ses citoyens (Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen) ; l’industrie pharmaceutique a pour objectif le progrès. D’ailleurs l’engagement de Bayer n’est-il pas « Science for a better life » ?

Ce sont sur ces valeurs que j’ai construit ma famille, ma vie professionnelle, mon action politique. Honnêteté, bienveillance et responsabilité.

Trouver le courage de parler

Si je parle aujourd’hui, c’est pour partager ma terrible expérience car beaucoup ne savent pas. C’est aussi par militantisme féministe et politique. Mon engagement politique – je suis conseillère municipale à Vénissieux – ne doit rien au hasard. Je me suis toujours engagée au service des autres, dans ma famille, ma vie professionnelle, associative puis auprès des habitants de ma commune.

Mais comment trouver le courage de parler de quelque chose d’aussi intime ?
Si je ne le fais pas qui le fera ? Je dois parler de cette épreuve, de mon combat pour vivre normalement, mais aussi de l’espoir, de la chance que j’ai eue de rencontrer un médecin qui m’écoute et me sauve, une journaliste (Jacqueline Maurette, de L’Humanité) prête à s’investir sur un sujet qui n’est pas vendeur.

Je suis étonnée de ne pas voir de femmes « connues » parler des Essure. Où sont elles ? Les courageuses ? Celles que l’on traitait de « salopes » lors du manifeste des 343 du 5 avril 1971. N’y a-t-il donc personne pour prendre l’étendard ? Sonner l’alerte ?

Des excuses, puis des réparations

Je m’attends donc maintenant à ce que chacun prenne ses responsabilités, reconnaisse sa part d’erreur dans cette longue chaîne de responsabilité, et commence tout simplement par s’excuser.

Mais je ne suis pas naïve. Des hôpitaux et des plus hauts responsables de l’état à qui j’ai écrit (Agnès Buzyn et Marlène Schiappa le 2 juin 2018, Emmanuel Macron le 21 mai 2018 – lettre remise en main propre), je n’ai pas reçu d’excuses à ce jour.

Le seul à s’être excusé est mon gynécologue… qui n’a pourtant jamais posé l’implant et qui quotidiennement soigne et répare les erreurs commises par d’autres. Sur ces excuses, je reconstruis la confiance envers le monde médical.

Ce n’est que le début de mon histoire. Le combat sera long pour me reconstruire physiquement et psychologiquement, tracer à nouveau ma vie mais aussi obtenir réparation. Je suis prête maintenant, car je sais que nous serons nombreuses à nous battre.

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Point final.

10 COMMENTAIRES

  1. Exceptionnel et vibrant. Ce combat ne fait que commencer pour que l’on reconnaisse enfin le malheur que vivent nos femmes, nos mères et nos filles.

  2. bravo pour votre témoignage ! je suis dans la même situation.. on nous a empoisonné avec Essure, et les conséquences , même après l’explantation, sont catastrophiques ! heureusement que l’association RESIST nous a permis de nous regrouper et de monter aux créneaux ! mais la bataille est difficile !

  3. Les gaz de 1914-1918.
    Les gaz de 1939-1945.
    Les Mengueles and co.
    Les glyphosates.
    Et maintenant les ESSURES
    Merci Bayer, complice de Monsanto. Quelles sont vos prochaines inventions pour réduire la population mondiale en la faisant souffrir au martyre?
    Madame Merkel, SVP, après votre magnifique passage et avant de nous quitter, faites le ménage! Merci.
    De quelle couleur seront les prochains gilets?

  4. Bravo pour votre témoignage ! Je suis dans la même situation. En 2008 j’ai pris la mauvaise décision de me faire poser les implants ESSURE et aussi une Bandelette type mini arc pour mes incontinances urinaire d’effort, gênant. Les douleurs abdominales commence, les metrorragies, anémie ferriprive et fatigue. Des douleurs articulaires et aux fesses, sacro iliaque, à l’aine, hanches, pubis, genoux,coudes, épaules. Des cystites à répétition,
    En 2013 j’ai subi également à l’âge de 48ans après trois enfants, une hystérectomie par voie vaginale et colposuspension + TÔT type OPHIRA car j’avais toujours des incontinances.
    Foyers endométriose et adenomyomateux.
    Au même temps j’ai changer de généraliste car mon médecin avait pris sa retraite. Le médecin généraliste me parle de Spondylartherite Ankylosante. Effectivement j’avais déjà des douleurs lombaires chronique et au sacro iliaque mais j’ai remarqué une augmentation de mon était en général. De nombreuses arrêts travaillé.( infirmière en Suisse) Envoyé Chez un Rheumatologue après IRM bilan clinique diagnostiqué Spondylartherite et Fibromyagie associé confirmé l’année dernière par un Professeur en Rheumatologie à Genève. Traitement d’anti TNF, antalgies, anti inflammatoires. Dépressions, suivi par un psychiatre et psychologue depuis 2009. Traitement d’antidépresseur oui diagnostic bipolarité type 2. Traitement de Depakote.
    Lors d’un expertise à Genève par l’AI ( invadilité Suisse) on m’effectue un radio du bassin , ils observe des bouts métalliques . J’ai réalisé que j’avais toujours mes implants ? Je retourne chez Le gynécologue, qui ma donné mes compte rendus, et Ma expliqué que mes trompes de fallope était saines donc conservé ( je n’était pas encore ménopausée.) Je ne sais pas si les ESSURE étaient tirés ou coupé lors de l’intervention !!
    J’ai été licencié pour maladie l’année dernière en Suisse. Je suis en train de faire recours à l’AI car toute était refusé, reconversion professionnelle, rente ou autre. L’expertise n’a que retenu la fibromyalgie. Le Professeur à contester et l’expertise donc annulé,
    Je suis fatiguée de me battre , chaque jour est un combat, toujours des douleurs maigres mes traitements, une amilioration certes ,nocturne et matinale avec l’augmentation des traitements mes mon état est toujours très fluctuant. Ma vie à changer et celle de ma famille.
    J’ai eu de autres diagnostiqués qui s’ajoute, Lichen sclerosus une autre maladie auto-immune, et l’asthme.
    J’ai également eu des otites.
    Merci de lire mon témoignage et à toutes ses femmes oublié et pas toujours entendus par les médecins. Merci.

  5. Merci pour votre témoignage. J’ai l’impression que c’est ma vie que vous décrivez. A une différence qui est que j’attends d’être explantee avec un rdz vous chez l’anesthésiste le 11 décembre. J’ai espoir de retrouver une vie normale ensuite car il n’est pas possible de ne plus profiter de la vie et de ma fille de 8 ans à tout juste 45 ans. Je n’ai pas encore rejoint l’action de groupe car je n’en ai pas encore là force mais je pense que je le ferai durant ma convalescence. Je souhaite tout le courage du monde aux femmes et appelle à la communication maximum sur le sujet

  6. Je viens de lire votre article , envoyé par mon fils
    Votre témoignage est bouleversant et je découvre ce scandale grâce à vous
    J ai 10 ans de plus que vous. J aurais fait le même choix si on me l avait proposé après mes grossesses et mes sœurs et mes amies de ma génération aussi
    Merci pour votre témoignage que je me fait un devoir de partager avec toutes les femmes que je connais mais aussi à tous les hommes et fils qui les aiment
    Je vous souhaite, ainsi qu à toutes celles qui vivent la même souffrance, de rencontrer des soignants qui cicatrisent vos plaies physiques et psychiques
    Je vous soutiens de tout cœur
    Laurence Fauchille

  7. Je suis aussi une victime de Bayer et ses Essure… J’ai garde ces poisons pendant 10 ans qui ont pris ma vie, mon dynamisme, mes neurones,mon travail, mon énergie…
    Bientôt 2 ans que j’ai été explantee et j’ai des séquelles au niveau rhumato.
    Vivons-nous réellement dans un pays développe ?
    Je me pose la question tous les jours…

  8. Bonjour,

    Quand je vous est lu je me suis vue
    J ai été moi même dans le même cas jusqu’au jours ou je reçois cette fameuse lettre Urgent adresse par le centre et médecin qui a était nommé médecin référent alors qu Il la pas posé cette engin à retardement dans mon corps et qui a fahit me tué à 3 reprises
    Aujourd’hui j ai plus les implants essur mais j ai encore les séquelles qu ils ont causés

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