Selon vous, les musées sont de plus en plus détournés de leur vocation première pour devenir des outils de marketing territorial, des lieux où le contenant (le bâtiment) compte parfois plus que les contenus (les collections). Pourquoi une telle évolution ?

Marc Terrisse : Le profil des dirigeants des musées compte pour beaucoup. A l’origine, nous avons assisté au règne des conservateurs. Ces intellectuels de la culture avaient tendance à mettre les collections sous cloche, à les protéger. C’étaient des spécialistes de l’histoire de l’art qui n’avaient pas trop l’ambition de la divulgation des savoirs. Dans les années 60, il y a eu affrontement avec les médiateurs, c’est-à-dire des profils plus axés sur l’éducation à l’art, l’ouverture à la société. C’était la grande époque des écomusées par opposition aux musées des Beaux-Arts ou d’Histoire naturelle. Mais à partir des années 80, il y a eu reflux. Et puis, dans les années 90, ce fut au tour des entrepreneurs culturels de s’imposer. Ces « technocrates de la culture », à la manière d’un Jean-Jacques Aillagon [ancien ministre de la Culture de Jacques Chirac], sont des super-gestionnaires. Leur qualité première, c’est de trouver de l’argent. C’est eux qui ont véhiculé une autre conception des musées où le contenant est parfois plus . . .

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