En début d’année, candidats aux élections municipales et maires sortants nous promettaient des villes « vertes », « apaisées », « sûres », « propres » et « vertueuses. » Le déconfinement fait aujourd’hui figure de test grandeur nature pour certains élus en responsabilité. Mais leurs efforts cosmétiques pour adapter leurs territoires aux nouvelles préoccupations sanitaires et modifier les comportements des citoyens seront sans doute insuffisants, les met en garde Hélène Reigner.               

Derrière les effets de manche de la communication politique, cette politiste de la faculté d’Aix-Marseille met en lumière les impensés et effets pervers des politiques urbaines organisées autour de la croissance, l’attractivité et la compétitivité. Une critique revigorante, bien utile pour (re-)penser l’avenir de nos villes et de nos métropoles.

Beaucoup de grandes villes ont grignoté un peu d’espace sur les routes pour éviter une invasion de voitures lors du déconfinement. Quel regard portez-vous sur ces choix, largement médiatisés ?

Les plans vélos, l’élargissement des trottoirs, la piétonisation, tout cela est très bien. Mais ces interventions, qui se concentrent sur les hypers-centres et quelques rues adjacentes, ne suffiront probablement pas à réduire les flux automobiles. Les élus communiquent beaucoup sur l’« urbanisme tactique », mais ayons bien conscience que ce supposé « changement de modèle » ne concerne que de minuscules périmètres et une infime partie de la population par rapport aux réalités métropolitaines.

https://twitter.com/trentesaux/status/1258096868841701380

Cette pandémie ne représente-t-elle pas une opportunité de faire rimer, désormais, sécurité sanitaire et écologie urbaine?

Les urbanistes lient déjà ces deux concepts depuis des années : ils ne parlent plus tant de « circulations douces » que de « modes de déplacements actifs », pour mieux souligner la contribution de la marche et du vélo à l’amélioration de la qualité de l’air en même temps qu’à la santé publique. Ce qui me gêne dans ces nouveaux discours et ces aménagements temporaires, néanmoins, c’est l’infantilisation des citoyens, l’injonction à « bien » circuler à pied ou en bicyclette.

Voir des élus soudainement repeints . . .

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