«La finance a bien un nom et un visage, il suffit de regarder la liste des participants au Mipim. » Au fil de son livre Au marché des métropoles (éditions Les Étaques, 2022), le chercheur Antoine Guironnet s’attache à incarner cette finance réputée impalpable, aux effets pourtant bien concrets pour les habitants des grandes agglomérations. Dans les travées du Marché international des professionnels de l'immobilier ou « Mipim » justement, salon qui se tient chaque année à Cannes, se pressent des promoteurs et autres acteurs du secteur d'une centaine de pays. S'y rendent aussi des élus locaux de plus en plus dépendants de leur capacité à attirer des capitaux du monde entier pour mener à bien leurs projets.                     

L'édition 2022 se tiendra du 15 au 18 mars prochains. Comme l'an dernier, l'écologiste Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon, y sera, ainsi que Grégory Doucet, maire (EELV) de Lyon. Ils pourront y croiser Jean-Luc Moudenc, le maire (LR) de Toulouse et président de Toulouse Métropole, ou encore Damien Castelain, président de la Métropole européenne de Lille (MEL). Dans leurs besaces ? Bureaux, commerces, logements... Autant d’actifs interchangeables qu’il s’agit de « vendre » au mieux-disant, quitte à rogner sur certains objectifs politiques pour mieux séduire les investisseurs.

En documentant ces habits neufs du capitalisme urbain, Antoine Guironnet plaide en creux pour un débat public, presque inexistant aujourd’hui : le type de ville privilégiée par les acteurs financiers va-t-il dans le sens de l’intérêt général ? Les élus doivent-ils se rendre à ce salon et participer à la normalisation de cette logique néolibérale ? Des formes de contestation « du Mipim et son monde » sont-elles possibles ? « La financiarisation de la ville pose un vrai défi démocratique », estime le chercheur. 

Mediacités : Le cinéma a son festival de Cannes, l’immobilier aussi. Comment décrire ce qu’est le Mipim ?

Antoine Guironnet : C’est un salon très important, créé il y a un peu plus de trente ans par la société Reed Midem. Le parallèle avec le cinéma n’est pas si incongru, parce que cette société opérait plutôt dans le secteur de la télévision et de l’industrie musicale avant d'appliquer le modèle des salons audiovisuels au secteur de l'immobilier alors en plein essor.

Pendant quatre jours, cet événement rassemble à Cannes près de 25 000 personnes*. Ce sont les principaux acteurs de la chaîne de l'immobilier : promoteurs, agents immobiliers, experts fiscalistes, urbanistes, mais surtout des investisseurs institutionnels, comme des fonds de pension, des fonds souverains ou des sociétés de gestion d'actifs, et des collectivités ou des aménageurs. Le salon est réservé à des professionnels triés sur le volet, avec un ticket d’entrée de 1 000 euros, sans compter les frais annexes. Ce n’est pas un salon pour Monsieur ou Madame tout le monde qui voudrait acheter un appartement sur plan.                  

Une fois réunis à Cannes, que font ces acteurs ? 

Le cœur du salon est sa zone d'exposition dans le Palais des festivals. On y trouve des exposants qui vendent leurs services aux visiteurs – depuis des études stratégiques jusqu’à la gestion locative en passant par la promotion immobilière – mais aussi des conférences. Il existe également un palmarès, « les Mipim Awards » décernés chaque année, qui reprennent un peu . . .

L’info indépendante a une valeur

Les journalistes de Mediacités proposent chaque jour des enquêtes et analyses locales exclusives. Sans pub, seuls les abonnements financent notre travail. Aidez nous à renforcer notre indépendance.

Profitez de 24h d'accès gratuit pour lire cet article et tous les autres !

  • Lisez chaque semaine nos nouvelles enquêtes
  • Participez à nos investigations
  • Sans engagement. 60€/an ou 7€/mois

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).