Pendant un an, Mediacités a réfléchi au journalisme de demain

Atelier sur les "mots des journalistes" lors du lancement de la formation Bridging news, en octobre 2025 à Bonn. Photo transmise.

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Par Matthieu Slisse et Gael Cérez

Alors que près de la moitié des Français disent ressentir de la fatigue ou du rejet par rapport aux informations, deux journalistes de la rédaction ont suivi une formation pour repenser leurs pratiques et renouer le lien avec le public. Voici ce qu’ils ont appris.

Entre la course à l’info et – peut‐être – le manque de remise en question, les journalistes prennent rarement le temps de réfléchir à leurs pratiques. C’est justement ce qu’ont fait deux journalistes de Mediacités pendant une année. Avec une vingtaine d’autres consœurs et confrères européens, Gael Cérez (Toulouse) et Matthieu Slisse (Lille) ont participé à une formation ambitieuse. Son objectif : apprendre à publier des infos qui relient (des “bridging news”) plutôt que des infos qui fracassent (les “breaking news”). Des infos qui contribuent à renforcer notre société plutôt qu’à la fragmenter.

A l’origine de ce concept, il y a la prise de conscience d’Amanda Ripley, une journaliste américaine sidérée par le fait que l’arrivée de Donald Trump au pouvoir n’ait rien changé – ou si peu – aux pratiques médiatiques de son pays. Dans son essai “Complexifier les récits”, elle encourage les journalistes à utiliser des techniques de médiation des conflits “pour enrichir et nuancer les récits sur les sujets conflictuels”. « Si nous voulons découvrir la vérité, nous devons trouver de nouvelles façons d’écouter, écrit‐elle. Et si nous voulons que notre travail ait un impact, nous devons nous faire entendre. »

C’est dans cette optique que le réseau pour un journalisme de solution (Solution journalism network) – une ONG américaine qui promeut un journalisme d’analyse des réponses apportées aux problèmes sans se restreindre à la description des problèmes eux‐mêmes – a financé la formation à laquelle Mediacités a participé.

Être payé pour apprendre ? Un luxe dont nous avons profité chaque semaine de septembre à juin dernier, à Bonn (Allemagne) lors d’un séminaire d’introduction, puis lors d’ateliers en ligne, et enfin à Bruxelles, ce mois‐ci, pour clore la session.

Bien écouter… ça s’apprend

Les premiers échanges ont pu être déroutants. Il nous a par exemple été demandé de lister les qualités qu’on estime chez nos amis… pour découvrir finalement que ce sont les mêmes que le public recherche dans les médias : confiance, empathie, honnêteté, écoute.

L’écoute, c’est le b‑a‐ba pour un ou une journaliste. Et pourtant, on ne l’apprend pas spécifiquement en école de journalisme. Cette simple prise de conscience nous a surpris. Nous avons donc commencé par la base : réapprendre à écouter. Cela signifie entendre sans plaquer ses idées préconçues et s’assurer auprès de la source que l’on a bien compris ce qu’elle voulait dire. Ce réflexe évite les erreurs d’interprétation et crée de la confiance. Il permet aussi de se prémunir des citations non assumées une fois publiées. Enfin, ce souci d’une écoute renforcée permet de moins exclure : dans le choix des sujets que nous traitons, dans le choix des mots que nous utilisons…

Comme le soulignait Amanda Ripley, l’impact journalistique est essentiel. Pour le susciter, nous devons nous interroger : Pour qui écrivons‐nous ? Dans quels buts ? Que feront nos lecteurs et lectrices de nos informations ? Doit‐on se contenter de publier un article et de passer au suivant ?

A cette dernière question, la réponse est non. Nous devons discuter avec nos lecteurs. Et pas seulement dans la rubrique commentaire. Il nous faut aller à leur rencontre. Créer la discussion. En vrai. C’est cela qui recrée du lien. De la confiance. Qui permet de se sentir utiles pour nous journalistes, et aidés, pour vous lecteurs et lectrices. Et dans ce cadre, le nombre ne compte pas. Il vaut mieux 20 personnes réunies autour de la table pour une conversation mutuellement enrichissante que 200 agglutinées dans un amphi pour une restitution verticale.

Le journalisme – encore plus à l’heure des IA ravageuses – doit évoluer ou mourir. Il doit continuer à pointer les dysfonctionnements de nos institutions et de nos sociétés, mais ne peut s’en contenter, faute de quoi le public achèvera de s’en détourner, par lassitude, par rejet ou par instinct de préservation.

Pour un média d’investigation locale comme Mediacités, contre‐pouvoir assumé, la remise en question est profonde. L’ampleur de la tâche impose la modestie. Nous fêterons bientôt nos 10 ans, nous ne changerons pas tout, nous ferons autrement. Pour construire une information qui incite davantage à l’action qu’à la résignation.

Parmi les projets que nous entendons mener, citons en déjà deux : relancer des rencontres au sujet de nos enquêtes – notamment tout prochainement à Toulouse pour évoquer les enseignements du dernier scrutin municipal – et mettre sur pied une couverture de fond de l’élection présidentielle, bâtie sur des solutions aux enjeux du quotidien.

Chère lectrice, cher lecteur, si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à nous faire part de vos avis et vos conseils. Qu’attendez-vous de nous ? Comment Mediacités pourrait davantage se faire entendre ?

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