Cinq après Un président ne devrait pas dire ça… et dix ans après Sarko m’a tuer, les journalistes du journal Le Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme publient Le traître et le néant, un livre-enquête sur Emmanuel Macron. Parmi les 110 témoins de ce récit de plus de 600 pages, on retrouve le député du Lot Aurélien Pradié. Un chapitre entier - le douzième - est consacré à son point de vue sur le président de la République et son mouvement. Un point de vue d'une rare sévérité, même à l'aune de ce réquisitoire contre Emmanuel Macron, et qui lui vaut le surnom de « procureur en chef du macronisme et de son leader » par les deux auteurs. Extraits.

Déjà, Emmanuel Macron, le secrétaire général des Républicains ne le sent pas. « Je trouve qu'il a une poignée de main qui vous emporte, son regard n'est pas un regard qui vous regarde, sa gestuelle est insincère au possible. Oui, il transpire l'insincérité et l'emprise. [...] Il a une poignée de main qui est une poignée de main collante. »

La première rencontre entre les deux hommes date d'une étape du Grand Débat à Souillac, en janvier 2019. « Un mouvement physiquement insupportable, se souvient le député. C'était une mise en scène invraisemblable. Il retire sa veste pour se mettre en bras de chemise alors qu'il n'y a aucune raison, parce qu'il ne fait pas plus chaud que ça... [...] Il se pose cinq minutes pour enlever sa veste, retrousser ses manches, délicatement, doucement, pour que ceux qui ne l'auraient pas vu le voient bien. Je trouve que ça pue à tous égards l'insincérité. »

S'il n'avait pas d'avis particulier sur Macron lors de son élection en 2017, Pradié s'est rapidement fait un avis tranché. Davet et Lhomme l'écrivent, « il voit en lui un "enfant gâté de la politique", un être "intellectuellement immature" et "déconnecté des réalités locales", un homme qui "n'en a jamais bavé", dont la doctrine se résumerait à "un vide abyssal ». Et de conclure ce passage par : « Macron, c'est typiquement le genre d'univers que je ne connais pas et que je n'ai pas envie de connaître. »

Comment définit-il le Macronisme ? « Pour moi, c'est une imposture, et c'est une imposture coupable, parce qu'elle est méprisante. [...] Derrière cette imposture, il y a une idéologie, celle de l'arrogance, avec ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien, où ceux qui ont réussi vont devoir expliquer comment vivre à ceux qui ne sont rien. »

« Les gens qui ont réussi et les gens qui ne sont rien », cette phrase prononcée par Emmanuel Macron en juillet 2017 a profondément « terrifié » le député du Lot. « Cette expression est pour moi disqualifiante. [...] Ce n'est pas du parler cash, c'est de la suffisance, de l'arrogance. Dès ce moment-là, je vois qu'il y a une vision injuste de la société. »

À propos des ténors de son parti tentés par les « sirènes macronistes, Aurélien Pradié ne prend pas non plus de gants : « Je n'ai aucune indulgence envers la lâcheté en politique. C'est, avec l'insincérité, ce que je ne supporte pas. Je ne sais pas si des Christian Estrosi, des Guillaume Larrivé, mesurent à quel point, en dehors de se faire du mal à eux-mêmes - mais ça, c'est leur affaire -, ils dégradent la politique. Il ne faut pas s'étonner que des députés se fassent traiter sur les marchés de connards, d'enfoirés, pour ne pas dire autre chose...  Quand on se comporte comme un enfoiré, on se fait traiter d'enfoirés ! »

Avatar de Gael Cérez
Nourrit sa curiosité en tant que journaliste depuis l'an deux mille quatorze. S'intéresse aux innombrables facettes de notre société. Rédacteur en chef de Mediacités à Toulouse depuis octobre 2019.