En matière de déchets radioactifs, le village de Bure, dans la Meuse, cristallise depuis des mois l’attention médiatique et la mobilisation des opposants à l’énergie atomique. En cause : le méga-centre d’enfouissement des déchets nucléaires en construction dans cette commune. Il pourrait ouvrir ses portes au plus tôt en 2025. Ce que l’on sait beaucoup moins, c’est qu’une autre poubelle radioactive prendra du service dès l’an prochain. Et celle-ci ne se trouve pas en pleine pampa française comme à Bure mais sur le site de la centrale nucléaire du Bugey, à 35 kilomètres de Lyon. Son nom ? Iceda, pour « Installation de conditionnement et d’entreposage de déchets activés ».

Longtemps mis à l’arrêt à cause de déboires juridiques, un permis de construire annulé puis restauré, Iceda permettra à EDF d’entreposer une partie des déchets issus du démantèlement du réacteur 1 du Bugey… entre autres. La première unité de la centrale nucléaire de l’Ain date d’un autre temps. Mise en service en 1972, elle est à l’arrêt depuis 1994, mais les opérations pour mettre définitivement fin à son activité ne se sont terminées que… fin 2005 !

Le combustible y a été évacué, les circuits ont été vidangés et toutes les installations non nucléaires démontées. Mais le réacteur de cet immense parallélépipède de 85 mètres de haut contient encore 500 tonnes de graphite radioactif et renfermerait plus d’acier (contaminé par la radioactivité) que la tour Eiffel ! C’est un vestige de l’ancienne filière graphite gaz comme cinq autres réacteurs implantés à Saint-Laurent-des Eaux (Loir-et-Cher) et Chinon (Indre-et-Loire), à l’arrêt depuis déjà 20 à 30 ans et, eux-aussi, en cours de déconstruction. A eux six, ils recèlent 17 000 tonnes de graphite, dont l’extraction est aussi longue que périlleuse et pour lesquelles il n’existait jusqu’alors pas de centre de stockage.

C’était sans compter sur Iceda, entrepôt semi-enterré de 8000 mètres carrés conçu sur deux niveaux. 2000 tonnes de déchets dont 500 tonnes issues du programme de déconstruction des réacteurs de première génération pourront y être entreposées. Ces éléments radioactifs à vie courte ou moyennement longue – à l’échelle du temps nucléaire, on parle tout de m . . .

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