"Pour sauver un paysan, mangez un végan » : les banderoles de la Coordination rurale ne font pas dans la dentelle. Un peu partout en France, le 26 septembre dernier, le syndicat agricole organisait une riposte à 269Life Libération animale. « Face aux associations animalistes, nous ne devons pas laisser le terrain vide », revendique Michel Manoury, responsable de la section viande. La Coordination rurale a ciblé les endroits où 269Life avait organisé ses « Nuits debout devant les abattoirs », des événements pour « la fin de toute exploitation animale ». Dans la région, le site de La Talaudière, au nord de Saint-Etienne, propriété du groupe coopératif Sicarev, en fut l’un des théâtres.

Devant l'abattoir de La Talaudière (Loire). photos : Coordination rurale / 269Life

Riposte, contre-riposte : un mois après les manifestations du syndicat agricole, les activistes de 269Life sont de retour à La Talaudière. 70 d’entre eux occupent pendant vingt-quatre heures le toit de l’abattoir, qui stoppe momentanément son activité. Actions des uns et banderoles des autres témoignent de l’ambiance électrique qui règne au sein d’une filière viande en difficulté, mise sur le grill par les mouvements animalistes.

« Nous nous attaquons à un système et voulons mettre en lumière ces lieux [les abattoirs] que personne ne voit, martèle Tiphaine Lagarde, co-présidente de 269Life. Tenir un petit stand sur le marché le samedi ne suffit plus. Il faut frapper fort. » Avec son discours radical, cette doctorante en droit de 34 ans s’est imposée depuis un peu plus d’un an comme l’une des nouvelles figures de l’antispécisme.

Antispécisme ? Cette notion désigne le mouvement de rejet de toute discrimination en fonction de l’espèce et donc de toute domination des humains sur les animaux. Le mot – qui a fait son entrée dans le Petit Robert en 2017 – a été popularisé en France par l’essai d’Aymeric Caron Antispéciste, publié en 2016, ou encore et surtout par l’association L214, elle aussi basée à Lyon. Fondée en 2008, celle qui revendique 30 000 membres et peut se prévaloir d’une maîtrise parfaite de la communication, s’est fait connaître en diffusant régulièrement des vidéos chocs, parfois insoutenables, pour dénoncer la maltraitance animale à l’œuvre dans certains abattoirs ou élevages avicoles. Son nom fait référence à l’article L214 du code rural rédigé en 1976 et dans lequel les animaux y sont pour la première fois désignés en tant qu’êtres sensibles.

« Il y a 25 ans, dénoncer la viande, c’était passer pour un blasphémateur et remettre en question sa consommation faisait de vous un anti-humain », se souvient Yves Bonnardel, un des fondateurs, en 1991, des Cahiers antispécistes, revue lyonnaise à l’origine, qui fait référence dans le domaine. « Aujourd’hui, aborder le sujet n’est plus ridicule, poursuit-il. En témoigne l’apparition du discours antispéciste dans le débat public. »

« Ils tapent là où ça fait mal, sur les dérives de l’agriculture industrielle »

« La profession a été prise de vitesse. Nous n’avons pas été assez pro-actifs face à la montée en puissance de cette approche animale », considère Etienne Gangneron, vice-président de la FNSEA, le plus important syndicat des exploitants agricoles. « Ils [les associations antispécistes] ont profité de la déconnexion de la . . .

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