La simple arithmétique aurait voulu que la gauche accède en 2026 au Capitole. En effet, l’addition des voix des électeurs de François Briançon et de François Piquemal (82 519 voix) dépassait largement au premier tour le nombre de voix engrangées par le maire sortant (58 462 voix). Mais la politique n’est pas arithmétique.
La forte mobilisation de Jean‐Luc Moudenc chez les abstentionnistes dans l’entre‐deux‐tours était prévisible, au moins dans une certaine mesure, tout comme l’était le report à son bénéfice de la quasi‐intégralité des voix du RN et de Reconquête.
Plus surprenant : dans les bureaux de vote où le chef de file de la Gauche unie, François Briançon, est arrivé en tête au premier tour, le maire sortant a fait le plein au second tour. Victoria Scampa, numéro 3 sur la liste d’union de gauche, cite par exemple la « surprise des gros scores réalisés par Jean‐Luc Moudenc à Papus et aux Oustalous », dans les quartiers sud de Toulouse. « Moudenc a fait 70 % aux Oustalous, cela pose clairement la question du report de l’électorat PS sur lui », indique l’élue d’opposition insoumise.
« D’après nos travaux, ces reports se situent dans les quartiers les plus aisés, comme la Côte pavée ou l’Est toulousain, analyse le sociologue toulousain Timothée Chabot, après s’être penché sur les résultats bureau par bureau. Une partie des électeurs du PS, plus aisée financièrement, est très éloignée sociologiquement du vote de La France insoumise. »
Un report sous‐estimé
Moins de deux mois après l’élection, François Briançon minimisait le phénomène dans un entretien publié, le 4 mai, par le Journal toulousain. « Quant aux électeurs de gauche, je n’ai pas l’impression qu’ils aient condamné cette alliance. Ceux qui l’ont fait sont minoritaires. Une large majorité des gens qui avaient voté pour moi au premier tour, se sont reportés sur le vote de François Piquemal au second tour », analysait alors le candidat socialiste.
Sans être dans le déni total, il reconnaissait qu’il existait « effectivement une partie, pas très importante, dont les voix s’étaient portées à gauche au premier tour, essentiellement sur ma candidature, qui n’ont pas été au rendez‐vous au second, qui ont préféré soit voter blanc, soit voter directement pour Jean‐Luc Moudenc ». Un électorat qu’il estimait alors à « 4 à 5 %, peut‐être 10 % » de ses électeurs du premier tour, soit entre 1 500 et 3 900 voix.
La réalité est tout autre. D’après nos analyses, confirmées par deux études auxquels Mediacités a eu accès en exclusivité, entre 11 700 et 13 500 électeurs environ de François Briançon auraient voté pour Jean‐Luc Moudenc au second tour. Un nombre auquel il faudrait ajouter les Briançonistes devenus abstentionnistes, mais que nous n’avons été en mesure de mesurer.
Des électeurs de gauche ?
Quoi qu’il en soit, c’est bien ce report de voix qui a fait basculer l’élection, en gonflant le score du maire sortant tout en affaiblissant la tardive liste d’union de la gauche. De fait, tout en minimisant le poids de ces voix, François Briançon estimait, en mai dernier, que l’élection de Jean‐Luc Moudenc était « de leur responsabilité », et remettait en cause leur appartenance à la gauche.
« C’est une partie de la gauche …