Janvier 2015. Guillaume Delbar prépare sa première cérémonie des vœux aux Roubaisiens. Il cherche comment renouveler cette figure imposée. « Pour m’être retrouvé plus souvent dans le public qu’à la tribune, je sais qu’on peut s’emmerder », grince-t-il. Face à lui, son meilleur ami et directeur de cabinet, François Desmazière, use de tous les arguments possibles… allant jusqu’à comparer Roubaix à Washington. « Tu sais, ce discours au pupitre est aussi incontournable que celui sur l’état de l’Union ! » La comparaison détend l’atmosphère. L’édile s’exprimera finalement en majesté dans les salons d’honneur de l’imposant hôtel de ville. A l’ancienne, avant les traditionnels petits fours. Lui qui aime tant s’habiller en jean-baskets s’appliquera à montrer qu’il a endossé le costume, neuf mois après l’élection. Qu’il incarne la fonction. Certes, il n’a gagné qu’avec 332 petites voix d’avance, dans le cadre d’un quadrangulaire et grâce à la division de la gauche. Mais Monsieur le maire, maintenant, c’est lui !

Guillaume Delbar a longtemps fait figure d’outsider dans sa ville natale. Sa première expérience politique, à 24 ans, pour les municipales de 1995, tourne au fiasco : il figure sur une liste RPR dissidente battue dès le premier tour. Cet échec l’éloigne un long moment de la politique... En 2008, il est élu conseiller municipal d’opposition à Roubaix sur la liste de Max-André Pick. Sans éclat toutefois : le maire (PS) René Vandierendonck a torpillé la concurrence au deuxième tour avec un score canon (55,43 %). Aux cantonales de 2011, Delbar tient pour la première fois le haut de l’affiche, comme candidat UMP à Roubaix-centre. Il est emporté par la vague anti Sarkozy. Ses 21,51 % ne font pas le poids face au PS Renaud Tardy (28,55 %) et au FN, dont la candidate Françoise Coolzaet (27,89 %) n’a même pas fait campagne.
La victoire impossible
Une victoire aux municipales de 2014 paraît alors complètement impossible. Au sortir de l’ère Vandierendonck (élu de 1994 à 2012), Roubaix semble mariée au PS pour longtemps. Elu en mars 2012, Pierre Dubois n'est pas prêt à lâcher le fauteuil. Usé, le vétéran Max-André Pick songe à arrêter la politique. « Après 16 ans d’opposition, je ne me voyais pas rempiler pour 6 ans. J’ai proposé à Guillaume de prendre la relève, sans rien lui promettre de glorieux », explique-t-il. « Max disait que ce n’était pas gagnable mais moi je pensais qu’il y avait un truc à faire », confirme l’intéressé. Autrement dit, le seul à croire en lui, c’est lui-même.

L’UMP ne veut pas investir ce candidat sans notoriété et essaie de parachuter Frédéric Salat-Baroux, gendre de Jacques Chirac et ancien secrétaire général de l’Elysée. Pas intimidé par ce beau pedigree, Delbar marque son territoire. « Je lui ai expliqué que je n’avais pas vocation à lui servir de guide touristique. D’un ton très bien élevé mais assez catégorique ». Après quelques visites sur place, le Parisien s’incline, étonné de tant d’aplomb. Le Roubaisien, lui, sait qu'il est attendu . . .

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Avatar de Sylvain Marcelli
Titulaire de la carte de presse depuis 1999, après un passage à l’école de journalisme de Lille, j’ai écrit pour le magazine Pays du Nord, les suppléments de La Voix du Nord et le groupe L’Etudiant. Journaliste pour l’agence de presse AEF depuis 2003, je couvre l’actualité de l’éducation, de la formation et de l’emploi dans les Hauts-de-France. Je réalise régulièrement des enquêtes pour Mediacités Lille.