Et le vœu « Samuel Paty » passa à la trappe… Ou l’art de déminer une situation épineuse. Le 23 novembre dernier, en ouverture du conseil municipal, Cédric Van Styvendael annonce la création d’une commission de dénomination des rues et espaces publics. Rien que de très banal. Sauf qu’en l’espèce, le nouveau maire socialiste de Villeurbanne cherche à allumer un contre-feu et à éviter un débat sinon houleux du moins embarrassant autour d’un texte présenté par l’unique groupe d’opposition, huit élus macronistes proches de David Kimelfeld. Ceux-ci souhaitent donner le nom du professeur « sauvagement décapité » à une artère ou à une place de la commune. Or, les échanges en amont de la séance ont montré qu’au sein de la majorité, du côté des insoumis mais pas seulement, le vœu est loin de faire l’unanimité. 

Outre le caractère jugé « précipité » de la démarche, l’expression « victime du terrorisme islamiste », qui accompagnerait le nom de l’enseignant, n’emporte pas l’assentiment d’une partie de la gauche locale. « Il  faut se garder de jeter de l’huile sur le feu », justifie, auprès de Mediacités, Olivier Glück, adjoint (LFI) au maire. Du côté de l’opposition, on cite Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est rajouter au malheur du monde ». Quelques jours auparavant, à Paris, le même sujet brûlant a provoqué une vive polémique entre la socialiste Anne Hidalgo et ses alliés verts.  

Rien de tel à Villeurbanne. Cédric Van Styvendael, « sans vouloir commander le groupe » macroniste (sic), botte en touche, zappe le vœu avec l’aval de ses auteurs (re-sic) et affirme que la première mission de la  nouvelle commission sera bien sûr de proposer un lieu dans la ville à baptiser du nom de Samuel Paty [à voir dans la vidéo ci-dessous à partir de la troisième minute]. Qu’importe, au passage, si le premier édile court-circuite l’instance pas encore créée en suggérant que la place devant le futur collège Gilbert Chabroux, à Cusset, porte le nom de l’enseignant assassiné, « CVS » s’évite d’étaler au grand jour les dissensions qui traversent sa majorité. Habile pour un vrai-faux novice en politique [lire plus bas], jamais élu - ni même candidat - avant l’an dernier.

Autre scène, autre illustration des talents d’équilibriste que requiert l’attelage villeurbannais rose-rouge-vert. À l’occasion de l’examen du budget primitif 2021, moins d’un mois plus tard, l’hamoniste Alain Brissard (Génération.s), 4e adjoint, met les pieds dans le plat : « Il ne faudrait pas que le choix de confier à la première adjointe [Agnès Thouvenot] une délégation à la transition écologique reste symbolique ». On imagine Cédric Van Styvendael s’étrangler derrière son masque. Quelques minutes plus tard, le maire invite « les élus à la vigilance afin que leurs mots ne dépassent pas leur pensée ». Ambiance. Pour qui pouvait en douter, ces deux épisodes confirment que le pilotage de cette majorité aussi pléthorique que composite n’aura rien d’une sinécure.

Additionner ancien et « nouveau monde »

Pour sauver de la vague verte le bastion socialiste de Villeurbanne, dix-neuvième commune la plus peuplée de France avec plus de 150 000 habitants, Cédric Van Styvendael a pu compter sur le précieux soutien du maire sortant. Au terme de son troisième mandat, Jean-Paul Bret (PS) avait choisi de tourner la page. Mais l’ex-directeur du bailleur social Est Métropole Habitat (17 000 logements à Villeurbanne et dans l’Est lyonnais) a aussi et surtout ouvert grand sa liste à toutes les sensibilités de gauche. Enjeu : conforter ses chances de remporter la redoutée primaire du premier tour face à l’écologiste Béatrice Vessiller (EELV).              

Stratégie payante ! L’addition des partis de l’ancien monde (PS, PCF, PRG) et du « nouveau » (France insoumise, Génération.s, Place publique) devance de 1 440 voix la cheffe de file des Verts au soir du 15 mars 2020.  Les deux listes arrivées en tête fusionnent derrière Cédric Van Styvendael. Le second tour est une formalité : le socialiste rafle 70% des suffrages alors que l’abstention dépasse les 75%.

« Un peu ridicule »

Un tweet vaut parfois mille mots. Le 30 novembre 2020, le maire de Villeurbanne célèbre, sur le réseau social, l’anniversaire de son accord avec la myriade de chapelles de gauche - EELV excepté. « Que c’était bon ! », poste Cédric Van Styvendael. « C’est un peu ridicule, lâche, à Mediacités, l’écologiste Béatrice Vessiller. C’est au second tour qu’on a gagné. » Comprendre : après l’alliance entre les Verts et le reste de la gauche.

Au terme de ce singulier scrutin, le conseil municipal offre un visage inédit et profondément renouvelé. En l’absence de tout représentant d’une droite locale en capilotade et de l’extrême-droite, la majorité truste 47 des 55 sièges. L’opposition repose sur deux piliers de… l’ancienne équipe de Jean-Paul Bret : les transfuges socialistes Prosper Kabalo et Loïc Chabrier, passés à La République en marche.

« Le PS n’occupe plus la position hégémonique d’antan »

Bret-CVS, une continuité de façade ? « Depuis 1977, Villeurbanne était une ville très socialiste, le PS gérait avec quelques alliés. Aujourd’hui, le parti compte seulement 12 élus contre une trentaine auparavant. Le curseur s’est sensiblement déplacé à gauche avec deux pôles très politiques qui tiennent à leur autonomie : les verts (13 élus) et les insoumis (9 élus) », observe l’opposant Loïc Chabrier. Cédric Van Styvendael tempère : « Certes, le PS n’occupe plus la position hégémonique d’antan. Mais le maire et sa première adjointe [sans étiquette] conduisent le groupe PS et apparentés qui donne l’impulsion. »

« On s’accommode bien de ne pas avoir d’élus RN au sein de l’assemblée, mais la configuration du conseil municipal n’est pas très saine », regrette Jacques Vince, co-président du groupe écologiste. Un ancien de la mairie au beffroi renchérit : « Avoir une vraie opposition obligeait à se serrer les coudes. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. L’opposition viendra de l’intérieur et les dissonances iront crescendo à l’approche de la présidentielle ». Cédric Van Styvendael a pris toutefois soin de s’entourer d’une armée mexicaine de 21 adjoints, nombre maximum autorisé par la loi. Une façon de satisfaire tous ses alliés, note notre interlocuteur.

Le casting a forcément occasionné quelques déceptions dans les rangs socialistes. Faute d’un poste d’adjoint, Ikhlef Chikh a ainsi reçu en lot de consolation une vice-présidence au Sigerly (Syndicat intercommunal de gestion des énergies de la région lyonnaise), avec quelques centaines d’euros à la clé (de l’ordre de 350 euros mensuels). Une fonction qui n’a que peu à voir - c’est un euphémisme - avec sa délégation aux manifestations sportives et aux relations internationales…

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L'hôtel de ville de Villeurbanne. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Indemnités en hausse

Pour garder sa majorité plurielle dans les clous, Cédric Van Styvendael dit n’avoir qu’une boussole : le programme. « Nous n’avons pas gagné sur la base d’un accord d’appareils, même avec les Verts qui nous ont rejoints pour le second tour, avance-t-il. Grâce à la pandémie qui nous a donné trois mois supplémentaires [entre les deux tours], nous avons élaboré un accord programmatique. Lequel me sert aujourd’hui à assurer la cohérence de notre démarche. » Une (re)lecture de l’histoire à nuancer : comme l’avait raconté Mediacités en juillet 2020, le nouveau maire de Villeurbanne a voulu conclure au plus vite un accord avec les écologistes, dès le lendemain du premier tour.

« Cette diversité, c’est une richesse, y compris sur le plan intellectuel », reprend l’élu. S’il concède des « frottements » - dernier en date : l’ouverture des commerces le dimanche -, il les juge « anecdotiques ». « La crise mobilise toute notre énergie, constate aussi le maire. L’exercice en chambre n’est pas facile à vivre et génère de la frustration. Nous sommes privés de contacts avec la population et donc du retour primordial des habitants. »

« Notre équipe compte beaucoup de novices qui étaient, jusqu’alors, des militants associatifs », ajoute « CVS ». Pour leur permettre « d’assumer pleinement leur mandat en réduisant leur activité professionnelle », le patron a, dès sa prise de fonction en juillet 2020, revu à la hausse les indemnités des conseillers municipaux. La sienne incluse. La décision a fait tousser jusque dans les rangs de la majorité : le groupe Génération.s n’a pas voté la délibération. « Alors que la crise sanitaire exacerbe les inégalités de revenus, cette majoration n’était pas forcément judicieuse », lâche Didier Vullierme, ex-patron du PS villeurbannais, rallié, en 2020, à David Kimelfeld (dissident LREM). S’est ajouté le choix de troquer l’ancienne voiture de fonction de Jean-Paul Bret, une Espace pourtant récente, contre un SUV hybride (une Peugeot 3008). « Est-ce bien raccord avec l’image très sociale qu’il se plaît à peaufiner ? », dézingue l’ancien adjoint à la Sécurité qui s’est rêvé, pendant un temps, maire de Villeurbanne.               

« En politique, il n’est pas demandé aux gens de s’appauvrir »

« L’augmentation des indemnités relève d’un choix politique, défend l’adjoint insoumis Olivier Glück. L’objectif est d’avoir des adjoints impliqués ce qui n’était pas forcément le cas auparavant. Moi, au final, j’enregistre une perte de revenus. » Pour sa part, Cédric Van Styvendael se réfère à « une espèce d’adage qui est qu’en politique on ne doit pas s’enrichir, mais qu’il n’est pas non plus demandé aux gens de s’appauvrir ». A cet égard, en s’engageant dans la vie publique à 46 ans, ce père de quatre enfants, qui percevait un salaire de cadre supérieur en tant que directeur d’un office HLM, ne concevait pas de briguer un autre rôle que le premier à Villeurbanne.

Le cumul de ses indemnités de maire, 6 525 euros nets par mois, et de 7e vice-président de la Métropole de Lyon chargé de la culture, 3 725 euros bruts mensuels, dépasse le plafond du régime indemnitaire fixé à 8 434,85 euros. La part écrêtée, de l’ordre du millier d’euros, est reversée au budget de la commune. Une double-casquette, à l’instar de ses collègues de Vaulx-en-Velin (Hélène Geoffroy, PS) et de Vénissieux (Michèle Picard, PCF), mais à rebours de la règle que se sont appliquée ses alliés écologistes de ne pas siéger à la fois dans l’exécutif du Grand Lyon et dans un exécutif municipal.

« Quid de la nouvelle gauche ? », raille l’opposant Loïc Chabrier. Cédric Van Styvendael assume en rappelant qu’il n’a pris aucun engagement sur le non-cumul durant la campagne. « Sur le principe, nous sommes contre le cumul des  mandats mais on sort d’une période [Jean-Paul Bret versus Gérard Collomb] où l’articulation entre la ville et la Métropole était assez conflictuelle. Il y avait besoin de restaurer la confiance », cautionne Olivier Glück. Sous le couvert de l’anonymat, cet autre membre de la majorité se montre plus dubitatif : « Je vois le maire à la manœuvre, il ne ménage pas sa peine. Mais diriger Villeurbanne, c’est une fonction à plein temps. Comment, en prime, peut-il assumer le suivi d’une délégation à la Métropole, sans oublier son siège au Sytral [le syndicat des transports en commun] ? »

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Cédric Van Styvendael pendant la campagne municipale 2020. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

L’intéressé réfute tout intérêt pécuniaire : « En restant "simple" conseiller métropolitain, j’aurais aussi été au plafond ». « Je respecte la loi, rien que la loi, toute la loi, qui autorise l’exercice de deux mandats, argumente-t-il. La Métropole est encore une collectivité en construction, dont les rapports avec les communes ne sont pas clairement établis. Ma présence est donc indispensable pour défendre la position de Villeurbanne. » L’argument est spécieux : le président du Grand Lyon, Bruno Bernard, n’est-il pas lui-même un élu de Villeurbanne ? Sans compter Béatrice Vessiller, deuxième vice-présidente de la Métropole…

De directeur à président

Il est un autre cumul, plus discret, auquel le maire de Villeurbanne s’adonne. En s’installant à l’hôtel de ville, Cédric Van Styvendael n’a pas coupé le cordon avec Est Métropole Habitat (EMH) qu’il a dirigé pendant une décennie. Au contraire : Monsieur le maire est devenu président du conseil d’administration de l’organisme HLM. « Ce n’est pas une bonne idée et ce n’était pas nécessaire », estime Béatrice Vessiller. Rien n’oblige en effet à ce que le premier édile de Villeurbanne préside l’office aujourd’hui dirigé par son ancien bras droit, Céline Reynaud. « C’est un peu problématique de passer du rôle de patron des salariés à celui de décideur politique. C’est une manière d’asseoir son pouvoir à Villeurbanne alors qu’à la Métropole, le PS est réduit à la portion congrue », juge Loïc Chabrier. « Ce vrai-faux départ place Céline Reynaud dans une drôle de situation… », estime un ex-élu de gauche.               

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Une résidence gérée par Est Métropole Habitat dans le quartier des Buers. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

« J’ai un attachement à ce qui a été construit et à ce qu’il peut être réalisé à l’avenir », assume « CVS », à la manœuvre, en 2014, pour la naissance d’EMH (fusion des offices HLM de Villeurbanne et Saint-Priest). « Certes, le président du conseil d’administration valide la stratégie mais il n’est en rien un PDG, minimise-t-il. La directrice générale, dont le rôle s’apparente à celui d’un mandataire social, a toute latitude pour 80 à 90% des décisions. » Il n’empêche cette casquette supplémentaire renforce l’image d’un responsable qui ne rechigne pas à concentrer les pouvoirs. « Signe d’une volonté hégémonique », blâme Didier Vullierme.

Écharpe bleue contre lunettes vertes

À l’hôtel de ville, Cédric Van Styvendael n’a pas tardé à imprimer sa marque. « L’écharpe bleue qu’il arbore lors de tous ses déplacements pour pallier son déficit de notoriété a remplacé les lunettes rondes à monture verte de Jean-Paul Bret, sourit un observateur du monde politique local. Plus sérieusement, la petite musique de la continuité entendue pendant l’interminable campagne électorale, c’était de l’affichage. Il y a rupture. » Autre génération, autre style, mais aussi et surtout autre manière de fonctionner. « Son profil est celui d’un manager quand Jean-Paul Bret était très politique, reprend notre interlocuteur. Il est certes novice dans cette fonction mais comme la plupart des élus le sont, cela lui facilite la tâche pour affirmer son autorité. » Contacté par Mediacités, Jean-Paul Bret n’a pas souhaité s’exprimer dans le cadre de cet article. « Je ne le sens pas aujourd’hui », nous a envoyé, par texto, l’ancien maire.

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Jean-Paul Bret, en 2020, lors d'un meeting de Cédric Van Styvendael. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

L’élection de Cédric Van Styvendael marque aussi une rupture de culture politique. Sous les mandats de Charles Hernu (1977-1990), Villeurbanne s’était forgé la réputation d’être un fief franc-maçon. Son nouveau maire, qui fut cadre chez les scouts de France, affiche un profil de catho de gauche. Il fréquente, comme sa première adjointe, la paroisse de Cusset. En 2017, le futur maire et son épouse Bérangère participaient à l’organisation d’un rassemblement de plus de 500 scouts à l’église de la Sainte-Famille, à Villeurbanne.

Quand on évoque la religion, Cédric Van Styvendael cite… l’évangile : « Pour prier, retire-toi dans ta chambre. Il s’agit d’une affaire individuelle. J’ai des convictions religieuses mais je n’en fais pas état publiquement ». « Avoir la foi m’amène à beaucoup m’interroger sur le discernement. Je dissèque la manière dont j’agis mais cela relève de ma petite cuisine interne, confie-t-il. Mais je ne crois pas que cela influe quand je recrute. Mon équipe compte des sensibilités très diverses. Ce n’est pas une clé de lecture. »

Directeur de cabinet et cousin du maire

En toute logique, Cédric Van Styvendael avance ses pions. Son assistante à Est Métropole Habitat l’a suivi à la mairie. Son directeur de campagne est devenu son directeur de cabinet. Une nomination qui a jeté le trouble car Pierre-Yves Collaud, ainsi que l’ont découvert tous les élus ou presque à la lecture du Progrès, est un cousin par alliance du premier édile. Lequel s’est défendu de jouer du piston familial. CV du candidat retenu à l’appui (directeur de cabinet de Nathalie Perrin-Gilbert à la mairie du 1er arrondissement puis directeur de la communication interne à la Métropole), seuls des critères professionnels auraient présidé à ce recrutement, jure « CVS ». À en croire plusieurs élus de la majorité, le cousin « passe bien ». « Il s’emploie à mettre du liant entre les groupes, apprécie l’un d’eux. Le maire a renouvelé et rajeuni le cabinet. C’est légitime et positif. »

Le poste stratégique de directrice du service communication vient d’être confié à Laurence Perez, en provenance du conseil départemental de l’Aude, en remplacement de Marie Caballero, mais le vent du changement n’a, pour l’heure, pas soufflé sur l’encadrement de l’administration communale (2 200 employés dont 1 800 fonctionnaires). Les rênes sont toujours tenues par Eric Grignard, en poste depuis 2004. D’aucuns suggèrent que même si la pandémie complique la donne, un appel d’air dans les services, sous pression depuis un an, serait bienvenu afin de conforter la dynamique que souhaite insuffler l’équipe élue. Mais les mêmes murmurent que le directeur général des services, catholique pratiquant également, est un ami du maire… Qui plus est, il aurait, selon nos informations, participé au recrutement de CVS, en 2009, pour la direction d’Est Métropole Habitat.

« Cette administration tient la route, s’en séparer aurait été une erreur, assène Cédric Van Styvendael. En la matière, j’ai deux critères : la loyauté et la capacité à modifier ses pratiques. Le boulot effectué correspond à mes attentes. C’est une vision simpliste que de penser qu’il faut que les gens partent pour avancer. »

« Une pratique de l’exercice du pouvoir un brin jupitérienne »

Tout le monde en convient, Cédric Van Styvendael, qui ne dédaigne pas le feu des projecteurs, a su endosser le costume de patron du « laboratoire » villeurbannais d’union de la gauche. « Il est sur le devant de la scène, à l’aise dans les médias. Il s’était préparé et s’appuie sur son expérience managériale. Mais, à la différence d’autres maires, pendant cette période de crise sanitaire qui favorise la personnalisation, je lui reconnais d’avoir le sens de la mesure, d’être constructif plutôt que dans la démagogie », apprécie l’opposant Loïc Chabrier. Le maire ne s’est toutefois pas privé de pousser un coup de gueule contre l’État, en janvier, contre le manque de vaccins.

« Le qualifier de manager est réducteur, pense Oliver Glück, pas loin d’être bluffé. Il en a les compétences mais il est à l’écoute. Et sa présence dans les médias ne se réduit pas à de la com’. » « Il n’est pas tombé de la dernière pluie, considère de son côté l’écologiste Jacques Vince. Aucun amateurisme chez lui, c’est un décideur. » Reste que les premiers pas de Cédric Van Styvendael, tout à sa légitime fierté d’avoir conservé Villeurbanne dans le giron socialiste – il a déploré le traitement médiatique, trop limité à ses yeux, de son « éclatante » victoire -  ont soulevé des craintes parmi ses alliés.  « Beaucoup de "moi, je" pour marquer son territoire et sa légitimité. On sent qu’il a toujours eu l’habitude d’être premier », égratigne l’un. « Une pratique par trop verticale voire un brin jupitérienne de l’exercice du pouvoir, assez éloignée de son discours sur la collégialité et les décisions partagées », tacle un autre.

Des exemples ? « La préparation du budget ou la candidature de Villeurbanne pour obtenir le label "capitale française de la culture 2022" », répond cet élu. Le séminaire de la majorité qui s’est tenu début février a entériné des aménagements de gouvernance afin de mettre davantage d’huile dans les rouages. Cédric Van Styvendael fait lui-même amende honorable : « Il y a eu un décalage entre le fonctionnement très collectif de la campagne et les deux ou trois premiers mois après l’élection pendant lesquels, c’est vrai, l’exercice du pouvoir a sans doute été davantage vertical. Nous étions dans une phase de démarrage et les circonstances  - la gestion de la pandémie et les questions de sécurité  [fusillade au Tonkin] - l’imposaient. Mais ce mode de gouvernance ne me correspond pas et je n’y prends aucun plaisir. »

En attendant de confirmer un changement de méthode, Cédric Van Styvendael s’inscrit volontiers dans la lignée des maires bâtisseurs. Vitupérer contre la densification, comme sa partenaire Béatrice Vessiller pendant la campagne électorale, très peu pour lui : la construction, on la maîtrise, on ne la freine pas.  A bon entendeur écologiste, salut ! Au passage, dans chaque interview, le maire prend un malin plaisir à rappeler son projet de couvrir le périphérique au niveau de Cusset et de réaliser des logements sur la dalle pour financer l’opération. Un exposé illustré par un aussi séduisant qu’improbable visuel à dominante verte hérité de sa campagne.

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Projet de couverture du périphérique. Image issue du programme électoral de Cédric Van Styvendael.

Il a obtenu de la Métropole qu’une étude soit lancée durant le mandat mais c’est peu dire que du côté de la rue du Lac, on goûte modérément la ritournelle. Béatrice Vessiller avait qualifié d’« aberration, ce projet onéreux ». « C’est tout sauf un sujet d’actualité, lâche aujourd’hui celle qui est, au Grand Lyon, chargée de l’urbanisme. En revanche, il faut, à court terme, se pencher sur la question du franchissement du périphérique à pied et à vélo, au bout du cours Emile Zola… »

À la différence de son prédécesseur qui manifestait peu d’appétence pour cette problématique, Cédric Van Styvendael affiche aussi son volontarisme en matière de sécurité. Mais c’est sur le dossier emblématique de l’Arena que le changement de cap a été le plus « renversant ». Initialement prévue à Villeurbanne, la salle multifonctions verra finalement le jour dans l’enclave de l’Olympique lyonnais, à Décines, suite au rapprochement entre Tony Parker, président de l’Asvel, et de Jean-Michel Aulas. En décembre dernier, à la Métropole, Cédric Van Styvendael a voté sans ciller une délibération permettant la poursuite du projet [relire sur Mediacités : L’Arena de l’Olympique lyonnais, bombe à fragmentation au sein de la majorité du Grand Lyon]. La veille, Jean-Paul Bret, qui n’a pas digéré le coup de Jarnac du duo de businessmen, était sorti de sa retraite pour considérer que « rien n’oblige à continuer OL City (...). Il est encore temps de s’arrêter ». Sans effet sur son « protégé ». « Ce dossier était plié avec les élections. Il faut se tourner vers le futur et accompagner le travail de la nouvelle majorité métropolitaine », balaie le maire.

Aux côtés d’Anne Hidalgo ou d’Éric Piolle

« Il a des valeurs, des convictions, des compétences et de l’ambition », énumère Béatrice Vessiller pour dépeindre Cédric Van Styvendael. Ambitieux. L’adjectif revient dans toutes les conversations quand il s’agit d’évoquer la personnalité du Villeurbannais. « Pressé », ajoutent certains, pas loin de penser que la deuxième ville de l’agglomération n’est qu’un tremplin. En juillet 2020, à Tours, « CVS » s’est glissé sur la photo de famille qui réunissait une vingtaine de maires socialistes et écologistes fraîchement élus ou réélus. Aux côtés d’Anne Hidalgo (Paris) ou d’Eric Piolle (Grenoble). Quelques semaines plus tard, il se réjouissait d’accueillir dans sa ville le congrès (finalement reporté) du PS. Dans l’organigramme du parti, depuis fin 2020, il figure parmi la myriade de secrétaires nationaux.

« Villeurbanne l’intéresse mais la ville ne lui suffit pas », croit savoir, sous le couvert de l’anonymat, un ancien élu de gauche. Les régionales de juin 2021 ? « Je suis en lien avec Najat Vallaud-Belkacem », se borne à répondre le maire. « Il veut contribuer au renouveau de la gauche, commente Loïc Chabrier. La récente interview de Najat Vallaud-Belkacem appelant à construire une coalition sans exclure Mélenchon fait écho à l’arc de gauche très large et assez rare qu’il a constitué à Villeurbanne. »

« Oui, j’ai de l’ambition, confirme Cédric Van Styvendael. De l’ambition pour cette ville que j’aime. Mais je ne me rase pas tous les matins en me demandant ce que je vais faire après. Je n’ai jamais fonctionné ainsi pendant mon parcours professionnel car c’est la meilleure manière de se planter. En revanche, et c’est ma liberté, je ne ferme pas de portes afin de laisser ouvertes les opportunités… » Pendant la campagne des municipales, un clip concocté par son équipe moquait gentiment la difficulté qu’avaient les Villeurbannais à prononcer le nom de leur futur maire. C’est désormais au-delà des frontières de sa commune que « CVS » pourrait faire entendre son patronyme.