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Ce qu’il s’est passé

Ils l’ont surnommée « la rue du béton ». Dans la rue du Becquerel, au sud de Mons-en-Baroeul, ce n’est pas un, ni deux, mais bien trois projets immobiliers qui sont en cours de construction. D’abord un immeuble pratiquement terminé de 31 logements au milieu de la rue : « le Clos Lucie ». Deux autres chantiers seront lancés d’ici le début de l’année 2022 : l’un sur le parking de l’ancien Lidl, porté par le promoteur Projectim ; l’autre à la place d’une ancienne ferme, du promoteur immobilier Ametis. En tout, près de 170 nouveaux logements verront le jour dans cette rue d’ici 2023. Et tout autant de voitures, potentiellement.

C’est ce qui inquiète le plus les habitants regroupés au sein du « Collectif du Becquerel ». Forts de plusieurs dizaines de membres, ils rassemblent 576 abonnés sur leur page Instagram - où ils publient presque quotidiennement pour tenter d’alerter sur la situation de leur quartier. Marie-Armelle Borel est l’une des membres du collectif. Habitante d’une rue perpendiculaire à la rue du Becquerel, la quinquagénaire s’émeut de la disparition prochaine de ces arbres qu’elle aime bien voir au fond de son jardin. Dans quelques mois, ils devraient être remplacés par un parking. « Quand j’ai emménagé il y a six ans, je me suis dit : “Je suis à la campagne ou à la ville ?” Aujourd’hui, c’est terminé », soupire-t-elle.

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Que reprochent les habitants à la mairie ?

Chaque projet apporte son propre lot d’inquiétudes - comme les nuisances occasionnées par les travaux, notamment - mais les habitants du quartier insistent sur leur « souci commun ». « Quand ces trois projets vont être terminés, à quoi va ressembler notre rue ?, s’interroge Marie-Armelle Borel. La mairie a-t-elle prévu des places dans les écoles ? Qu’en est-il de la circulation ? Tout le monde ne pourra pas passer dans la rue du Becquerel qui est déjà étroite et à sens unique… » Les habitants s’attristent aussi pour les zones de verdure, comme celle de la ferme Thiriez prochainement remplacée par 48 logements. « C’est le seul endroit où on a encore des arbres. On ne pourra plus respirer. »

Mais l’objet principal de leur courroux, c’est le manque de concertation avec la ville de Mons-en-Baroeul. « La mairie a seulement contacté les voisins qui ont un lien direct avec le terrain concerné. Ceux qui vivent en face n’ont pas été sollicités », soutient Marie-Armelle Borel. « J’habite juste en face du projet Nacarat et je n’ai jamais été invité à une réunion », confirme Jean Frackowiak, également membre du collectif. « Les riverains immédiats ont bien été invités, qu’ils soient en face ou tout autour de la parcelle en question, affirme pourtant Rudy Elegeest, maire (DVG) de Mons-en-Baroeul. On peut toujours dire qu’on a invité trop de monde, pas assez de monde, à la bonne heure, à la mauvaise heure… »

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Des relations de plus en plus tendues

Pour disposer du même niveau d’informations, les habitants du quartier ont sollicité la mairie afin d’organiser une grande réunion le 28 septembre dernier. Mais loin d’avoir apaisé les tensions, cette dernière a plutôt ravivé l’amertume des habitants. « On a eu le sentiment d’être complètement méprisés. Le maire n’a pas hésité à nous infantiliser », s’agace Marie-Armelle Borel. « Il a dit qu’on avait été violents dans nos propos car, dans un courrier qu’on lui avait adressé, on expliquait que les riverains de la rue du Becquerel avaient l’impression d’être traités avec mépris », complète Jean Frackowiak.

Invité à une réunion ultérieure, Julien Poix, conseiller régional LFI, n’hésite pas à parler quant à lui d’une « offense pour les habitants ». « Lorsqu’il prend la parole, le maire explique aux riverains qu’il fait déjà l’effort d’être présent car il a un spectacle le même soir. Ce n’est pas une réponse digne d’un élu », assure-t-il. De son côté, Rudy Elegeest voit rouge. S’il ne cesse de répéter qu’il « comprend parfaitement les réactions hostiles à ces projets », il regrette « la nature de la réaction » du collectif de riverains. Leurs actions sur les réseaux sociaux sont vécues comme « une sorte de déchaînement » à son égard, ce qui est « particulièrement difficile à vivre ».

Dans leurs publications, les habitants du quartier du Becquerel pointent directement du doigt le maire et la municipalité. Un ciblage qui a le don d’agacer le maire de Mons-en-Baroeul : « Il faut être clair, un permis de construire n’est pas accordé parce qu’on aime un projet. À partir du moment où il respecte les règles d’urbanisme, on doit l’accorder. Les trois projets sont complètement dans le respect du droit. La ville n’a pas vocation à racheter tous les terrains. » Et de poursuivre : « Globalement, ils diffusent un message de densification et de bétonisation de la ville. Ce n’est ni vrai ni juste ».

Ce reproche, effectivement, revient souvent dans la bouche de ses détracteurs. « Le maire fait rentrer les logements au chausse-pied, ça crée forcément des tensions », confirme Timothée Lebon, conseiller de la liste d’opposition municipale "Un nouveau souffle à Mons". Rudy Elegeest voit les choses autrement. Depuis son arrivée à la mairie, en 2001, sa ville s’est massivement « dédensifiée », soutient-il.

Les derniers chiffres de l’Insee montrent une lente diminution du nombre de Monsois ces dernières années. De plus de 26 000 en 1982, ils étaient 21 000 en 2018. Et s’il préfère construire en cœur de ville, c’est pour « éviter l’étalement urbain », justifie-t-il. « Si les villes de cœur de métropole comme Mons se dépeuplent, cela encourage indirectement l’étalement urbain, ce qui est la pire des choses au niveau environnemental. Ça devient une équation impossible : comment répondre aux demandes de logements des familles sans artificialiser les sols des campagnes ? », s’interroge-t-il.

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Et la suite ?

Comme les habitants le devinent déjà, il n’est plus question d’annuler les travaux à ce stade. La seule solution : trouver un terrain d’entente avec les différents promoteurs immobiliers pour que les projets s’ancrent au maximum dans l’esprit du quartier sans provoquer trop de nuisances. Deux réunions ont déjà été organisées pour discuter des aménagements possibles. « J’ai promis aux habitants de privilégier la co-construction pour les clôtures et la végétalisation », explique Philippe Depasse, directeur général de Projectim, promoteur du projet immobilier sur le parking de l’ancien Lidl. Il s’est également engagé à sauver le maximum d’arbres qui se situent sur le terrain.

Les riverains, malgré tout, continuent de craindre un « effet boule de neige ». Le long de la rue du Becquerel, ils pointent du doigt, inquiets, les espaces qui pourraient à leur tour être transformés. C’est en partie pour tenter de se protéger un peu face à ces futurs projets qu’ils ont décidé de lancer une pétition le 9 décembre dernier. À ce jour, elle totalise 3 420 signatures. « Dans la ville de Mons-en-Baroeul, des projets de construction et des immeubles sortent de terre en lieu et place des espaces verdoyants et arborés, écrivent-ils. Nous, les habitants et usagers, ne sommes pas forcément opposés aux constructions mais nous sommes exclus des processus d’élaboration et de décision. Pourtant, nous en subissons bien les dysfonctionnements et leurs conséquences. Cela peut arriver demain dans votre quartier ! »

« Je vous jure sur la tête de ma fille qu’à ce jour aucun nouveau permis de construire n’a été déposé », assène le maire, interrogé par Mediacités. Rudy Elegeest se montre soucieux de rassurer les habitants, et d’apaiser la situation. À l’avenir, dit-il, il sera plus prudent : « Si un jour on voit arriver un, puis deux, puis trois projets dans une même rue, on n’attendra pas qu’un collectif demande une réunion plus large… On le fera tout de suite ! »

Nous avons pris connaissance de ce sujet via notre page Instagram. Une question sur le fonctionnement de votre ville, de votre métropole ? Une envie d’alerter sur ce qu’il se passe (littéralement) au coin de votre rue ? C’est possible en remplissant ce formulaire.