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De quoi s’agit-il ?

Et si les citoyens définissaient directement les programmes des candidats à l’élection présidentielle ? C’est le souhait du Lillois Jonathan Lefrancq, président de l’association Pour une République cohérente. Sur son site et sa page Instagram Balance ta loi, il a répertorié 256 propositions émanant directement des Français. « Nous diffusons VOS propositions », indique le compte.

« Sur l’échiquier politique, ce sont le plus souvent des idées de gauche, mais il y a un peu de tout », explique le créateur de la page, qui s’étonne de ne pas voir apparaître de propositions contradictoires. Il y en a effectivement pour presque tous les goûts, comme le montre la diversité des idées proposées : « mettre en place une taxe de séjour dans les structures pénitentiaires », « rétablir les contrôles permanents aux frontières pour réduire notamment les trafics de drogues et d’armes », « supprimer la TVA sur les produits d’hygiène féminine » ou encore « mettre un terme aux emballages et suremballages en plastique ».

En tout, ce sont les sujets environnementaux qui intéressent le plus, avec 62 publications. Viennent ensuite les sujets de société (40), d’éducation (35) et de justice (32). Si « aucune proposition n’a fait un tollé » auprès des 1 042 abonnés, Jonathan Lefrancq se réjouit de voir des débats ou des avis en commentaire de ses publications.

À quelques mois de l’élection présidentielle, le Lillois de 33 ans tente de prendre contact avec les différents candidats déclarés afin qu’ils s'emparent du dispositif. S’il a conscience qu’il leur sera difficile de se positionner sur les 256 propositions - d’autant que certaines idées ne dépendent pas directement des compétences de l’État, mais plus des collectivités locales - il espère que ceux-ci exprimeront au moins leur avis sur « une dizaine d’idées ». « S’ils y sont favorables, peut-être pourront-ils les intégrer dans leur programme ? », rêve-t-il à voix haute.

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Quel est l’objectif recherché ?

L’association Pour une République cohérente a été créée il y a un an et demi, après « des discussions avec des amis qui me disaient : “Tous les cinq ans, c’est la même chose !” », raconte-t-il. Jonathan Lefrancq imagine alors un moyen de « canaliser toutes les frustrations » pour « les présenter d’une manière ou d’une autre à l’élection présidentielle ». Un moyen, selon lui, de combattre la lassitude et de lutter contre l’abstention. Lors de la dernière élection présidentielle, en 2017, plus de 25% des inscrits sur liste électorale se sont abstenus au second tour.

Interrogé par Mediacités il y a quelques semaines à l’occasion de notre reportage auprès du collectif « Pas sans nous ! », Yassine, 21 ans, exprimait déjà bien ce découragement : « Ça ne sert à rien. On a beau voter gauche, droite, jaune ou violet, ils s’en foutent de nous, des quartiers. » C’est pour lutter contre ce sentiment que le collectif a mis en place un cahier de doléances comprenant les principales inquiétudes des habitants rencontrés dans les quartiers.

« L’idée c’est aussi de viser ceux qui ont la vingtaine et qui se disent que les élections ne servent à rien. Il faut vraiment faire en sorte que la jeune génération ne devienne pas abstentionniste en puissance », reprend Jonathan Lefrancq, pour qui Instagram permet de toucher directement les 18-24 ans. Professeur de français à l’Académie de Lille depuis une dizaine d’années, il ne connaît que trop bien les habitudes des plus jeunes. En juin dernier, Alban Genty, co-fondateur de l’application Vote & Vous (voir l’encadré à la fin de l’article), plaidait déjà pour la modernisation de nos outils afin de rendre les enjeux électoraux plus accessibles. Un principe que tente également de mettre en œuvre la ville de Lille en reprenant les codes du web pour attirer l’attention des plus jeunes à l’approche de l’élection. En 2017, 21,3% des 18-24 ans n’ont voté à aucun des deux tours.

Pour Alban Genty cependant, ces méthodes doivent être accompagnées d’une réforme de l’éducation à la citoyenneté pour être efficaces. « L’éducation civique à l’école est un cours en plus, mais n’est pas au cœur de l’éducation », regrettait-il lorsque nous l’avions interviewé, en juin dernier.

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Et la suite ?

En un an et demi, la page Instagram Balance ta loi a déjà séduit plus d’un millier de citoyens. Reste à trouver du soutien auprès des politiques. Pour le moment, aucun candidat déclaré à l’élection présidentielle n’a encore répondu aux mails de Jonathan Lefrancq. « C’est quasiment impossible de les contacter. Ça m'a permis de me rendre compte qu’il y a vraiment une frontière entre nos élus et les électeurs… », déplore-t-il.

En cas de réussite, le Lillois imagine créer un suivi, « peut-être annuel », pour jauger l’avancée des promesses du candidat qui sera élu en 2022. Une sorte de « Radar » de la présidentielle, comme nous le faisons déjà auprès de nos élus locaux. Mais son idée « ne pourra fonctionner que si les candidats déclarés acceptent de se positionner », rappelle-t-il. À bon entendeur…

Un « Tinder de la présidentielle » pour inciter les jeunes à voter

L’application a déjà été téléchargée 150 000 fois. Elyze, cofondée par quatre jeunes, dont le YouTubeur englosien Gaspard G, entend concilier les avis des citoyens et des candidats déclarés à la présidentielle. En reprenant les codes des sites de rencontre, elle simplifie l’accès au programme des différents candidats en demandant aux citoyens de se prononcer sur certains points. À la suite de quoi ils découvrent à qui ils correspondent le plus.

En top tendance des téléchargements sur mobile, de nombreux utilisateurs s’interrogent cependant sur la fiabilité des résultats obtenus : « Très bon potentiel, mais pas encore abouti » ; « Les résultats ne sont pas cohérents avec le nombre de propositions en accord avec les candidats. »

Cette idée n’est pas sans rappeler l’application Vote & Vous, créée par Alban Genty. Elle permettait aux citoyens de répondre à des questions pour découvrir de quel parti ils se rapprochaient le plus. Téléchargée 350 000 fois lors des élections européennes de 2014 et 100 000 fois lors de la présidentielle de 2017, elle n’a pas été relancée en 2021, faute de financements suffisants.

Nous avons pris connaissance de ce sujet via notre page Instagram. Une question sur le fonctionnement de votre ville, de votre métropole ? Une envie d’alerter sur ce qu’il se passe au coin de votre rue ? C’est possible en remplissant ce formulaire.