Lille vue du ciel : beaucoup de gris, trop peu de vert

[1/6] Pendant tout l’été, Mediacités brosse le portrait de Lille et de sa métropole à partir d’images satellite. De la citadelle aux grands cimetières lillois, nous vous emmenons, pour ce premier volet, explorer les (rares) espaces naturels de la capitale des Flandres.

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Où sont passés les arbres ? Pour les Lillois, en dehors de quelques mètres de gazon disséminés ici et là, difficile de trouver un endroit pour se ressourcer dans la ville. Et pour cause : avec environ 13 m2 d’espaces verts par habitant, la ville de Lille est bien loin de la moyenne nationale, estimée à 51 m2 (sur la base des 50 plus grandes villes françaises). Pourtant, en 2019 encore, la mairie se targuait de posséder 80 parcs. On a beau les chercher, on n’en voit pas tant. En réalité, seuls 17 des espaces verts de Lille peuvent véritablement être qualifiés de parcs.

La « tache urbaine » de la Métropole européenne de Lille (MEL) en témoigne : en zone urbaine, rares sont les espaces de verdure / Google Earth.

C’est que dans son décompte, la Ville a placé la citadelle de Lille et l’îlot Comtesse - un carré de pelouse jouxtant le musée de l’Hospice Comtesse - sur un pied d’égalité. Ainsi, chez nous, « tout et n’importe quoi, mais surtout n’importe quoi » peut être qualifié d’espace vert, soutient Julien Truglas, architecte paysagiste de l’atelier le MA paysage. Un tour de passe-passe linguistique qui ne reflète en rien la réalité, selon ce dernier.

« Sur la pelouse d'une bretelle d’autoroute, l'écureuil ne va pas vivre longtemps », ironise Julien Truglas. Le gazon entre l'échangeur A25 et la rocade de Lille, inaccessible aux habitants, a pu être qualifié « d'espace vert » par la Ville / Google Earth.

La citadelle, poumon vert de la ville

Ces précisions mises de côté, concentrons-nous sur le concret. Par chance, la mairie de Lille a répertorié, sur sa plateforme de données publiques, tous les parcs et jardins de son territoire. L’occasion d’évaluer la taille de nos espaces verts. Le constat réalisé, qui fait la part belle à notre citadelle, n’est pas très surprenant. Visible depuis l’espace, la « reine des citadelles », achevée par Vauban en 1673, est la référence lilloise des balades dominicales. Avec son parc de 82 hectares, elle tient donc logiquement la première marche du podium herbeux.

Avec ses 82 hectares, le parc de la citadelle de Lille est le plus grand espace de verdure de la ville / Google Earth.

Le reste du classement, en revanche, est parfois étonnant. La troisième et quatrième place reviennent respectivement...au cimetière du Sud et au cimetière de l’Est ! C’est au sein de ce dernier, d’une superficie de 22 hectares, que se trouve la sépulture de Pierre Mauroy, emblématique maire de Lille de 1973 à 2001. Le cimetière de l’Est, « c’est l’un des plus beaux de France après celui du Père Lachaise », s'enorgueillit d’ailleurs la mairie de Lille sur son site Internet. Plus beau, c’est à voir, mais avec 36 000 tombes, il compte assurément plus de sépultures que le cimetière du Montparnasse à Paris (35 000 concessions). Mais s’il héberge plus de 500 espèces végétales, il est loin de ressembler à un vaste espace vert. Vu de l’espace, c'est surtout son sol gris qui saute aux yeux.

Outre ses 36 000 tombes, le cimetière de l'Est compte plus de 500 espèces végétales / Google Earth.

JB Lebas : parc...ou square ?

S’il est tout à fait possible de se promener dans l’un de ces cimetières, force est de constater que les espaces verts de loisirs figurent en nombre limité dans la ville de Lille. Situé en centre-ville, le parc Jean-Baptiste Lebas est étouffé par les grands boulevards et la friche Saint-Sauveur. « Jean-Baptiste Lebas est très fréquenté car là où il est situé, il n’y a pas beaucoup d’offre », souligne Frédérique Delfanne, architecte urbaniste et maîtresse de conférence à l'École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille (ENSAPL). Pour le désigner, elle préfère d’ailleurs employer le terme de « square », qu’elle trouve plus adapté que celui de parc : « C'est très fermé, très urbain. On ne va pas y chercher la sensation d’être entouré par la nature. » Le Larousse ne peut qu'approuver. Il définit le square comme « un petit jardin public, généralement clôturé ». Une caractéristique qui colle bien à cet espace de 2,5 hectares, ceinturé par ses grilles rouges emblématiques.

Le parc Jean-Baptiste Lebas (en bas de l'image), véritable ligne de verdure enfermée dans la ville, a été aménagé en 2004 / Google Earth.

Pour l’architecte urbaniste, c’est certain, en termes « d’espaces verts rafraîchissants », « il n’y a pas grand chose ». Au-delà du périphérique, les 300 espèces de roses du jardin des plantes de Lille et sa serre équatoriale sont accessibles en métro.

Le jardin des plantes de Lille, coincé entre la rocade et le chemin de fer / Google Earth.

Ce n’est pas le cas des autres espaces : « Pour aller au parc du Héron [à Villeneuve-d’Ascq] en transports en commun, c’est la croix et la bannière !, s’attriste Frédérique Delfanne. Et si vous n’avez pas de voiture, c’est encore autre chose. Les espaces verts sont difficilement accessibles. » Le parc du Héron, classé « réserve naturelle volontaire », se situe à 34 minutes à pied de l’arrêt de métro le plus proche, à Fort de Mons.

Le parc du Héron, à Villeneuve d'Ascq, est bordé par le lac Saint-Jean / Google Earth.

Plus à l'est, la réserve naturelle régionale du Héron, entre Forest-sur-Marque et Villeneuve-d'Ascq, abrite pas moins de 235 espèces d'oiseaux / Google Earth.

« Grappiller un peu partout »

On comprend mieux pourquoi Lille a perdu son pari de devenir, en 2021, capitale verte européenne. Mais rien n’est cependant perdu si l’on en croit Frédérique Delfanne, qui ne manque pas d’imagination pour rendre la ville un peu moins minérale. Faute de place suffisante dans cette cité très dense, « il faut aller grappiller un peu partout, dans les cours d’écoles, les espaces sportifs », juge-t-elle. Ça tombe bien, Martine Aubry avait promis, lors de sa campagne en vue des élections municipales de 2020, de rendre 100% des écoles vertes d’ici 2025, en végétalisant, entre autres, les cours d’écoles. Mais l'architecte urbaniste tient à préciser qu'il ne sert à rien de « planter pour planter ». Derrière la plantation des arbres, il s’agirait davantage de « repenser les espaces publics » en y intégrant des dimensions écologiques et démographiques.

« Plus que de verdir, il faut penser aux objectifs des espaces de nature », approuve Julien Truglas. Le cofondateur de l’association Lisières, qui gère le jardin écologique de Lille, revient sur l’aménagement de cet espace de 2,5 hectares au nord de la ville. La première zone, proche de l’entrée, est devenue un espace de rencontre entre l’homme et la nature, avec son potager et ses bacs à compost à destination des habitants du quartier. La deuxième, moins aménagée, a été imaginée comme un lieu de promenade dans une « petite forêt urbaine ». Derrière la rivière de la Tortue, la troisième zone est aujourd’hui une réserve écologique où l’on peut même observer — fait rare dans une agglomération aussi dense — un Martin-pêcheur.

Il faut chercher au milieu des arbres pour trouver le jardin écologique de Lille. Plus à l’est, les jardins ouvriers de la plaine de la Poterne sont destinés aux habitants du quartier du Vieux-Lille / Google Earth

Et si voir au-delà de la ville était la seule solution pour se mettre (vraiment) au vert ? À la frontière de la « tache urbaine », appellation qu'utilisent les professionnels pour désigner les zones d'urbanisation, les champs se multiplient. La MEL possède plus de 27 000 hectares de terres agricoles, l’équivalent de 46% de son territoire. Malgré une artificialisation des sols qui s’aggrave, l’architecte urbaniste Frédérique Delfanne persiste à rêver d’interactions entre les agriculteurs et les promeneurs. De quoi cultiver un peu d’espoir...

Là où s'arrête la « tache urbaine », la nature reprend le dessus. Avec 46% de son territoire occupé par les terres agricoles, la MEL ne manque pourtant pas de vert / Google Earth.

Connaissez-vous votre ville ?

Tout au long de notre série « Lille vue du ciel », nous vous proposons de deviner ce qui se cache derrière une image satellite. De quel célèbre bâtiment de la capitale des Flandres s’agit-il cette semaine ? Vous pouvez nous envoyer vos propositions dans les commentaires de l’article ci-dessous. Nous vous donnerons la réponse vendredi prochain, pour le second volet de notre série d’été !

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