Lille vue du ciel : les golfs de la métropole, une fracture sociale à 18 trous

[3/6] Pendant tout l’été, Mediacités brosse le portrait de Lille et de sa métropole à partir d’images satellite. Pour ce troisième épisode, nous vous emmenons faire du sport et visiter les sept golfs de la métropole européenne de Lille (MEL).

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Prix exorbitants, cercles très fermés et difficiles à intégrer… Le golf peine à se défaire de son image de sport huppé en France. Une étiquette à laquelle n’échappent pas les clubs de notre métropole, parmi les pionnières de ce sport. Son premier terrain a en effet vu le jour en 1910, avant même la création de la Fédération française de golf (FFGolf). D’autres ont suivi depuis puisqu’on en compte sept aujourd’hui, soit plus que des agglomérations comme Nantes (quatre) ou Lyon (cinq), bien que cette dernière ait 150 000 habitants de plus.

S’ils sont nombreux, les golfs lillois ne jouent pas tous dans la même catégorie. Le golf de Bondues, le plus grand de la métropole avec 110 hectares, en est l’exemple parfait. Ses deux parcours de 18 trous sont presque exclusivement réservés à ses membres. Un joueur « visiteur » n’aura le droit d’y accéder que six fois. Mais devenir membre du club s’accompagne de conditions très strictes. La première : s'acquitter d’un coûteux abonnement annuel allant d’un minimum de 339 euros pour les plus jeunes à 1 930 euros. La deuxième : se faire introduire non pas par un mais par deux parrains. La ville de Bondues, dont le revenu médian par ménage avoisine les 33 000 euros, se situe largement au-dessus de la médiane nationale, estimée à 21 250 euros. Son golf, presque englouti par les maisons qui l’entourent, fait entièrement partie du paysage urbain.

Le golf de Bondues et ses deux parcours de 18 trous ont la particularité d’être entourés de maisons de toutes parts. / Google Earth

Les maisons qui ceinturent le golf de Bondues sont parfois garnies de piscines. / Google Earth

Entretiens et lettres de motivations

Le standing est le même au golf de Brigode, à Villeneuve-d’Ascq. Pour intégrer le club, les candidats doivent disposer de deux parrains, passer un entretien et même... écrire une lettre de motivation ! « Et bien sûr, ajoute le site du golf, s’acquitter de la cotisation annuelle ». Cette dernière s’élève, là encore, à plus de 1 900 euros l’année pour les 40 à 85 ans.

Le quartier de Brigode, qui jouxte le club du même nom, a été créé dans les années 1960 sur le modèle pavillonnaire américain. Il comprend 98% de maisons individuelles, occupées à 87% par des propriétaires.

Ceci n'est pas un estuaire, mais le golf de Brigode à gauche, bordé par une portion du lac du Héron et la rivière la Marque. / Google Earth

Troisième et dernier golf à réserver ses greens pour l'essentiel à ses adhérents (limitant les joueurs extérieurs à six entrées par an) : le golf du Sart, également à Villeneuve-d’Ascq. Outre la nécessité d’avoir un parrain, les membres de celui-ci doivent s’acquitter d’un « droit d’entrée » de 150 euros, qui s’ajoute à la cotisation annuelle. Le club est en effet autant un cercle social qu’un regroupement de sportifs, car il n’est pas nécessaire d’être golfeur pour en faire partie. Les « membres non joueurs » ont certes droit à des tarifs préférentiels s’il leur prend l’envie de taper quelques balles, mais ils ont surtout accès au restaurant et à la terrasse. « Ce côté club-house très privé est spécifique des activités historiques de l’élite sociale, décrypte Luc Robène, professeur à l’université de Bordeaux et co-auteur de l’article Les goûts sportifs : entre distinction et pratique élective raisonnée. Ces pratiques permettent de se distinguer. »

Le quartier du Sart-Babylone de Villeneuve-d’Ascq est assez particulier, car il mêle à la fois des habitations plutôt aisées du côté du Grand boulevard ou de la rue Jean-Jaurès et des barres de HLM dans le secteur Babylone. Encore plus près, dans la commune limitrophe de Wasquehal, les « trois tours » de la rue Léon Jouhaux, hautes de 51 mètres, dominent littéralement les parcours...

Le golf du Sart est le plus ancien golf de la métropole. Il fait face aux trois barres de HLM de 51m de haut de la rue Léon Jouhaux à Wasquehal. / Google Earth

En face, des clubs moins sélectifs

À côté de ces trois clubs hyper-sélectifs, la métropole compte quatre golfs davantage prêts à ouvrir leurs terrains à toute personne désireuse de jouer, peu importe son statut. Une différence qui n’étonne pas Luc Robène : « On retrouve d’un côté des espaces privés élitistes, et d’un autre des endroits un peu plus populaires. »

À l’Inesis golf park, par exemple, les quelque 700 membres font sans problème de la place aux 1  000 autres licenciés de la FFGolf qui fréquentent occasionnellement ce terrain. Il faut dire qu’il fait partie des équipements sportifs construits par le géant des articles de sport Decathlon sur le territoire de la métropole lilloise (Inesis est une sous-marque de produits Decathlon).

L’Inesis golf park, à Marcq-en-Baroeul, fait partie des équipements sportifs construits par la marque Decathlon sur le territoire de la métropole lilloise. / Google Earth

Cultivant un esprit également plus démocratique, le golf Lille Métropole accueille toute personne désireuse de fouler ses 93 hectares (ce qui en fait la deuxième plus grande structure du territoire). À 1 320 euros par an pour un adulte, soit plus qu’un Smic net mensuel, son abonnement reste coûteux. Mais son tarif est inférieur de 30 % à celui du golf de Bondues. Et les moins de 18 ans peuvent bénéficier d’un abonnement plus abordable à 120 euros par an qui leur donne accès au parcours de 9 trous.

C’est aussi le club le plus proche de la ville de Lille. À cheval sur les trois communes de Ronchin, Lezennes et Lesquin, il a vu s’installer tout près l’emblématique stade Pierre Mauroy.

Le golf Lille Métropole, qui s'étend sur 93 hectares, est le golf le plus proche de la ville de Lille. / Google Earth

De grands espaces réservés

Mais qu’ils soient complètement fermés ou plus accessibles à des joueurs lambda, les sept terrains de golf de la métropole représentent de vastes étendues vertes auxquelles le grand public n’a pas accès. Dans une métropole où la ville-centre manque cruellement d’espaces naturels, cette abondance de golfs interpelle. Le golf des Flandres, situé au cœur des 30 hectares de l’hippodrome de Marcq-en-Baroeul, est plus grand que l’esplanade du champ de mars de la citadelle de Lille (21 hectares).

Ouvert en 1959, le golf des Flandres fait face au quartier des Hautes-Loges. Entièrement privatisé jusqu’en 1994, ce quartier aisé de la ville de Marcq-en-Baroeul a été construit en forme de nid d’abeilles. / Google Earth

De plus, l’entretien de ces hectares de gazon verdoyants ne va pas sans impact environnemental. « C’est très connu, les golfs sont très coûteux en eau », souligne Luc Robène. Un parcours de neuf trous entraîne en moyenne la consommation de 26 000 m3 d’eau par an, selon les dernières données de la FFGolf. Soit l’équivalent de la consommation annuelle de près de 500 personnes. La fédération précise néanmoins que 90% des golfs utilisent une eau impropre à la consommation humaine.

Dans la métropole, le golf le Vert parc, à Illies, insiste sur ses actions en faveur de l’écologie, « sa priorité ». « Nos greens et départs sont arrosés grâce à nos étangs », se félicite le club sur son site. Avant de conclure : « Notre clubhouse a été construit en bois ».

Le parcours de 18 trous du golf le Vert parc s’étend sur 67 hectares à Illies. / Google Earth

Malgré cette auto-satisfaction, le golf d’Illies n’a pas encore été distingué par le programme golf pour la biodiversité, label de la fédération qui récompense les clubs engagés dans la préservation de l’environnement. Au sein de la MEL, seule l’infrastructure de Bondues a décroché une telle reconnaissance (le label argent, deuxième niveau sur les trois du programme). Le golf Lille Métropole a, quant à lui, déposé en mars dernier un dossier afin d’obtenir ce précieux sésame.

Les efforts des clubs pour être plus écologiques se doivent de porter rapidement leurs fruits. « On voit le scandale que ça fait d’organiser des compétitions sportives dans des pays très chauds avec des systèmes de climatisation, constate Luc Robène. Va-t-il falloir bannir de nos imaginaires le golf, parce qu’il est consommateur d’eau ? »

Connaissez-vous votre ville ?

Tout au long de notre série « Lille vue du ciel », nous vous proposons de deviner ce qui se cache derrière une image satellite. De quel célèbre bâtiment de la capitale des Flandres s’agit-il cette semaine ? Vous pouvez nous envoyer vos propositions dans les commentaires de l’article ci-dessous. Nous vous donnerons la réponse vendredi prochain, pour le quatrième volet de notre série d’été !

Réponse de la semaine dernière :

Il s’agissait bien de Lille Grand Palais, comme certains l’ont très justement deviné. Inauguré en 1994, il regroupe le Palais des Congrès, des halls d’expositions et le Zénith Arena, où il est actuellement possible de se faire vacciner contre le Covid-19. Merci à tous ceux qui ont participé et bon été !