Image d'illustration : étudiants en amphi à l'université de Bordeaux // © Olivier Got - Université de Bordeaux

La systématisation des cours à distance avec le confinement creuse-t-elle la tombe du modèle universitaire ?

Sa parole est rare et sa plume acérée. Dans un dossier consacré aux universités vidées de leurs professeurs et de leurs étudiants par la crise sanitaire, le quotidien L’Opinion donne la parole à l’écrivain Philippe Forest. Professeur de littérature à l’université de Nantes depuis près de 25 ans, il y dresse un constat plutôt rude et pessimiste de l’enseignement à distance pratiqué ces derniers mois. Une pratique systématisée pour les circonstances mais qui ne fait que confirmer, selon lui, une tendance bien plus lointaine, conduisant vers cette « tyrannie numérique » qu’il dénonçait dans un essai par en septembre .   

Avec l’auteur – entre autres – de Sarinagara, tout le monde en prend pour son grade. Le système universitaire dans son ensemble, bien sûr, mais aussi les étudiants et enseignants, plongés d’après lui dans une forme d’acceptation passive. « Je m’attendais à des réactions de rejet » mais « finalement beaucoup d’entre eux trouvent leur compte à ne pas remettre les pieds à la fac. Sans aller jusqu’à parler de la “servitude volontaire” de La Boétie, c’est un fait qu’une partie importante des étudiants se complaît dans ce face à face avec l’écran ».

« Il n’y a plus de regards, d’échanges et encore moins de contestation »

Malheureusement, on ne sait sur quoi Philippe Forest s’appuie pour porter un tel jugement, hormis ses propres impressions et sa critique de la « systématisation du numérique à l’université ». C’est là que l’enseignant s’avère le plus intéressant, quand il dénonce la place prise par les outils numériques au sein de l'université, bien avant le confinement. Décrivant des amphis où pas une tête ne dépasse des écrans d’ordinateur ou de téléphone, il affirme : « Oui, tous ces instruments, qui ont leur utilité, ont fini par se substituer aux cours. Il n’y a plus de regards, d’échanges et encore moins de contestation. Reste un pool de dactylos ».

Selon lui, « une mutation de fond (…) est en train de s’opérer », imposant ses modes d’expression venant de l’univers du numérique » et exerçant « une forme de dictature sur l’université et les savoirs ». Une dérive que les confinements ne feraient que renforcer. « Les universités rouvriront mais sous un régime “hybride” de plus en plus important. Cela permet de faire des économies : des locaux moins grands, moins de profs titulaires et des cours enregistrés qui peuvent durer vingt ou trente ans ! » De quoi débattre, une fois que les amphis seront - enfin - rouverts. 

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.

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