Une dizaine d'étudiants se sont rassemblés, jeudi 18 novembre, devant la résidence Chapou gérée par le Crous à Toulouse, pour dénoncer l'insalubrité des logements. Les moisissures sur les murs, la plomberie vétuste, les poignées manquantes sur les portes ou le chauffage parfois défaillant..., tout cela les étudiants pouvaient à la rigueur le supporter. Ce qu'ils ne veulent plus endurer par contre, c'est l'infection de cafards qui s'étendrait, selon eux, chaque jour davantage.

« Quand je me lève la nuit, je vois des blattes se cacher sous mes vêtements qui traînent par terre. Il y en a aussi dans ma douche et près de ma cuisine. Rien qu'aujourd'hui, j'ai pu en capturer une dizaine sur du ruban adhésif que j'ai collé autour de mes plaques de cuisson », frissonne Eulio, un résident de la cité étudiante Chapou à Toulouse. « Quand je me réveille le matin, il y a en plein sous mon lit, soupire Batoule Mustapha. Le soir, quand je rentre, ça grouille aussi. C'est désagréable de devoir mettre de l'insecticide tout le temps. » Cette étudiante en L1 physique a averti plusieurs fois les agents du Crous. Pourtant, selon elle, l'entreprise de désinfection n'est pas passée dans sa chambre.

Des désinfections inefficaces

« Les résidents du rez-de-chaussée des bâtiments 5 et 6 subissent ce problème depuis des années, mais il s'est étendu récemment aux étages supérieurs », déplore Lise Prieur, dont le syndicat CGT Sela (syndicat étudiant lycéen et apprenti) a effectué un porte-à-porte pour estimer l'ampleur de la situation. Résultat : un tiers des 480 logements pourrait être concernés dans ces bâtiments, selon le syndicat. Au-delà du désagrément causé par la présence de ces nuisibles dans un appartement, leur prolifération peut dégager des odeurs nauséabondes et provoquer des allergies chez l'homme. De plus, la consommation d'aliments souillés par ces insectes peut provoquer des gastro-entérites, de la diarrhée et d'autres types d'infections intestinales.

« Le Crous fait ce qu'il peut avec ses moyens, mais il choisit toujours la méthode la moins chère, déplore Lise Prieur. Des désinsectiseurs passent régulièrement, mais cela ne sert à rien. » Pour plus d'efficacité, la jeune femme (non-résidente de Chapou) et ses camarades demandent la fermeture temporaire des bâtiments avec relogement des étudiants, le temps de fumiger les locaux pour résoudre l'invasion de blattes. Une solution refusée par la direction du site à l'issue d'une rencontre entre les deux parties.

« Le directeur et la secrétaire de la résidence Chapou nous ont affirmé être au courant du problème, rapporte Cornilleau, une membre de la délégation, elle-même résidente à la cité Daniel Foucher. Mais ils ne pensaient pas qu’il était aussi développé, car peu d’étudiants s’en plaignent selon eux. Ils se sont engagés à recenser correctement les logements concernés. » « La direction nous a expliqué qu'elle était intervenue seulement dans certains logements et non sur tout un étage, ajoute cette étudiante en L3 anglais. Or cela ne fait que faire fuir les cafards dans l’appartement voisin avant qu'ils ne réapparaissent en masse dans les logements traités. Nous maintenons qu’une intervention localisée dans quelques appartements sera inefficace. »

« Rétablir des conditions de vie décentes »

De son côté, le Crous souligne que trois interventions de désinfection ont été faites depuis un mois et que « des mesures complémentaires ont été immédiatement lancées » après la rencontre avec les étudiants. « La totalité des logements de la résidence étant occupés, les étudiants des bâtiments concernés ont été sollicités à se manifester. À date, quatre se sont manifestés », précise encore le Crous, rappelant que, selon le guide du résident distribué aux étudiants, « les blattes vivent là où il y a de l'obscurité, de la chaleur et de la nourriture (...) et que la présence de nourriture à l'air libre ou les poubelles favorisent la propagation. »

Le Crous assure que « les étudiants sont invités à solliciter les équipes dès l'identification d'un problème ou dysfonctionnement, quelle que soit sa nature » et qu'une personne est toujours joignable et présente sur chaque site. À en croire les étudiants, l'affirmation est à relativiser. Ils pointent par exemple la difficulté de remonter les problèmes sanitaires en raison du manque d’amplitude horaire de l’accueil de la résidence ou de l'envoi de courriels d'informations portant la mention « ne pas répondre »...

Alors que les logements aux loyers réduits (entre 250 et 365 euros par mois) constituent souvent la seule solution de logement pour de jeunes adultes aux finances contraintes, ces étudiants comptent maintenir leur mobilisation. Une réunion est prévue le 25 novembre pour faire le point sur les réponses du Crous pour « rétablir des conditions de vie décentes » dans la résidence.

Avatar de Gael Cérez
Nourrit sa curiosité en tant que journaliste depuis l'an deux mille quatorze. S'intéresse aux innombrables facettes de notre société. Rédacteur en chef de Mediacités à Toulouse depuis octobre 2019.