Les rares morceaux de peau que son chemisier noir boutonné jusqu’au cou laisse apparaître révèlent deux imposantes cicatrices. « Je ne sais même pas s’il s’agit de coups de couteau. Il m’avait jeté de l’alcool dans les yeux avant de me frapper, je ne voyais rien », se souvient douloureusement Grace (son prénom a été modifié), 26 ans. « Il », c’est le maquereau nigérian qui l’a exploitée pendant quatre ans à Madrid. Chaque matin, en rentrant du tapin, elle devait se déshabiller entièrement, encore une fois, pour montrer qu’elle ne cachait pas d’argent : il prenait tout.

Viols, passages à tabac, prostitution forcée, ménage... « J’étais son esclave », souffle-t-elle. Des plaies toujours ouvertes qu’elle tente de panser à coups de séances chez une psychologue toulousaine, sur les conseils du Mouvement du Nid 31, qui milite pour l’abolition de la prostitution. Nous la retrouvons à l’antenne parisienne de l’association, au sortir d’un long trajet nocturne en train, ce jeudi 22 novembre. Elle a tenu à se rendre dans la capitale à l’occasion d'un événement organisé par l’association, avant la grande journée contre les violences faites aux femmes du 24 novembre, et intitulé : « Les survivantes de la prostitution prennent la parole ». Ashley Judd, actrice américaine devenue le visage du mouvement #Metoo, a aussi fait le déplacement.

Grace a les yeux encore endormis. Un café et les souvenirs se réveillent. Elle raconte son cauchemar, son fils de trois ans rêvant dans ses bras. « Petite, je rêvais d’être avocate », avoue-t-elle timidement. Son premier viol remonte à ses 11 ans. « C’est pour . . .

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Rozenn Le Saint
Je suis journaliste d’investigation spécialisée dans le social et la santé (auteure avec Erwan Seznec, un autre enquêteur de Mediacités, de Le livre noir des syndicats, Robert Laffont). J’ai démarré en terre bretonne et j’arpente à présent la France, notamment pour les pages régionales de Capital et bien sûr, Mediacités.