D’où viennent les masques distribués par la mairie de Nantes et combien ont-ils coûté ?

Les masques envoyés par la ville de Nantes. / Photo : A.T.

Question de Florence : « J’ai bien reçu le masque distribué par la mairie de Nantes. Très bien. Je me demandais simplement combien seront finalement distribués, à qui la ville les avait-elle achetés et combien cette opération allait finalement coûter ? »

Bonjour Florence,

Comme votre question (que nous avons légèrement reformulée) le souligne, le masque sera l’accessoire indispensable lundi prochain, 11 mai, jour du déconfinement probable en Loire-Atlantique. Et pour cause : à Nantes, son port sera obligatoire dans les transports en commun et recommandé sur la voie publique. Le 20 avril dernier, Johanna Rolland avait donc fait une promesse : « Je souhaite que chaque Nantais puisse bénéficier d’un masque lavable et réutilisable au moment du déconfinement. » Plusieurs jours auparavant, la mairie avait pris les devants en passant commande de 750 000 masques pour ses habitants. Dont acte : grâce à La Poste, la distribution est déjà largement entamée dans la plupart des quartiers de Nantes. A l’heure où nous publions, 70 % des masques auraient été distribués, gratuitement. Reste, comme vous nous le demandez, à savoir d’où viennent ces masques et combien ils ont coûté.

Combien de masques ?

Au total, la mairie de Nantes en a commandé 1 455 000, dont 750 000 pour les habitants. Pourquoi 750 000 pour une population de 310 000 habitants ? « Pour pouvoir en remettre à des associations d’aide aux migrants ou SDF a répondu Johanna Rolland à Mediacités le 6 mai en visioconférence. Et pour être totalement transparente, nous savions que les livraisons allaient être compliquées. Comme le dit l’adage, mieux vaut ne pas mettre ses œufs dans le même panier. Nous avons préféré en acheter plus avec des fournisseurs différents. » Pour le moment, Johanna Rolland n’a – largement – communiqué que sur les 600 000 masques votés au dernier conseil municipal. Mais 150 000 autres au format « enfant » ont été commandés. Un budget qui sera porté aux votes lors du prochain conseil municipal.

En plus de ces masques alternatifs pour le grand public, la mairie en a commandé 705 000 autres pour ses agents. A usage unique, ils sont affectés en particulier aux EHPAD, à la police municipale et à l’usine de l’eau. D’ailleurs, pour ces mêmes services, 45 000 blouses jetables ont également été commandées par la ville.

A ces achats de la ville de Nantes s’ajoutent encore ceux effectués par la Métropole : 330 000 masques pour les communes – hors Nantes – qui en ont fait la demande. Seule la commune d'Orvault n’a pas participé à cette commande groupée, puisqu'elle a fait le nécessaire avant la proposition communautaire. D’autres, comme Sautron, avait également trouvé leurs propres fournisseurs, mais en ont commandé d’autres par l’intermédiaire de Nantes Métropole.

Par qui sont-ils fabriqués ?

Sur cette question, les informations sont un peu moins transparentes. Une chose est sûre : tous les masques commandés sont fabriqués hors de l’Hexagone. Pas de quoi, donc, soutenir le Made in France. Sur les 750 000 masques commandés pour les habitants, 600 000 l’ont été à la société Embody Medical, une start-up nantaise qui produit en temps normal de la lingerie post-opératoire. L’entreprise ne disposant à Nantes que de bureaux, la production a été réalisée, selon la mairie, dans une usine du Portugal par un sous-traitant. Une information non confirmée par la société qui n’a pas souhaité répondre à nos questions. Les 150 000 autres masques, facturés par la société Boldoduc, sont eux aussi fabriqués à l’étranger… en Tunisie ou en Chine. Joint par Mediacités, son directeur ne nous a pas donné plus de détails.

Concernant les masques à usage unique destinés aux agents municipaux, la production est essentiellement chinoise. C’est une société nantaise, Asterwind, spécialisée dans l’implantation des entreprises françaises en Chine, qui a hérité de la commande. Son PDG, Jean-Marie Le Sueur, actuellement en Chine, a fait appel à son réseau local pour, nous explique-t-il, « rendre service à la collectivité ». 

Quel coût pour la ville ?

La facture totale (masques habitants + masques agents + blouses) s’élève à près de 3,5 millions d’euros. Pour les seuls masques destinés aux habitants, le coût sera de 2 800 000 euros, soit 9 euros par habitant et un peu plus de 3,7 euros par masque (par comparaison, les 500 000 masques commandés par la ville de Rennes lui reviennent à 4,55 euros l’unité. Mais ceux là sont produits localement, en Ille-et-Vilaine, d’après nos confrères de 20 Minutes).

Les 705 000 masques et 45 000 blouses prévus pour les agents reviendront quant à eux à 619 220 euros. Ces stocks, pour les habitants et les agents, devraient permettre « de tenir jusqu’au mois d’août », selon le directeur général des services, Olivier Parcot. La facture pourrait être moins salée que prévu. Le 17 avril, l'Assemblée nationale a adopté le principe d’une baisse de TVA sur les masques de 20% à 5,5%. De quoi gagner quelques centaines de milliers d’euros entre les commandes et les factures.

Antony Torzec

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).