Pourquoi la ville de Toulouse a-t-elle rouvert si peu d’écoles ?

Devant l'entrée du groupe scolaire Alfred de Musset, à Toulouse, des ronds de peinture signalent aux enfants où se placer. / ©Gael Cérez

Question de Gwenolé : Toulouse est-elle la seule grande ville qui n'a ouvert qu'un tiers de ses écoles Primaires ?

Au lendemain du déconfinement, certains enfants ont repris le chemin de l’école dès le 12 mai. C’est le cas d’une partie des petits Toulousains, dans 68 des 205 écoles de la commune. Avec un tiers de ses écoles réouvertes, Toulouse fait exception parmi les autres grandes villes. Lyon et Nantes ont, par exemple, rouvert la totalité de leurs écoles maternelles et élementaires le 14 mai. Un choix imité par Paris et Marseille, qui ont toutes deux ouvert une très grande majorité de leurs écoles. D’autres grandes villes ont fait le choix de se concentrer sur un niveau en particulier, comme Lille qui n’a ouvert les portes que de ses écoles élémentaires. Comme vous le mentionnez, en proportion, Toulouse est bien la grande ville qui a rouvert le moins d’écoles.

Selon Marion Lalane de Laubadère, adjointe à l’éducation à la Mairie de Toulouse, cette ouverture partielle des écoles est avant tout un choix. « Nous avons fait le choix de rouvrir les écoles maternelles et primaires. Ce nombre d’écoles est dû au fait nous n’avons pas 100 % de nos effectifs et que nous avons préféré être sûr d’accueillir les enfants en sécurité plutôt que de parier sur le fait que beaucoup ne viendraient pas », explique-t-elle. L’élue avance notamment que de nombreux agents de la ville, nécessaires pour assurer la sécurité sanitaire des élèves, ne pouvaient reprendre leur travail car ils avaient des enfants à garder. « Mais nous avons obtenu auprès du préfet qu’ils soient considérés comme prioritaires pour la garde d’enfants, comme les soignants », se félicite la conseillère municipale (centre droit). Une mesure qui, ajoutée au recrutement de 140 personnes, devrait permettre à la ville d’ouvrir plus d’écoles prochainement, selon l’élue. Au 25 mai, Toulouse prévoit l’ouverture de 53 % de ses écoles et la totalité le 1er juin.

Cette reprise partielle des classes a permis aux candidats de relancer la campagne électorale mise en parenthèse depuis le 16 mars. Opposé à Jean-Luc Moudenc, le candidat à la mairie de Toulouse, Antoine Maurice, n’a pas manqué de critiquer le manque de clarté des choix de la mairie, s’étonnant du faible nombre d’écoles réouvertes. « Je ne suis pas sûr que Toulouse ait plus de difficultés que d’autres grandes villes au niveau du personnel. S’il manque du personnel c’est parce que les départs en retraite n’ont pas été remplacés pendant le mandat », pointe le candidat Archipel Citoyen. Une position taxée de « populiste » dans un communiqué de la liste du maire sortant de Toulouse, soulignant que la commune assure le fonctionnement d'un dispositif périscolaire contrairement à d'autres grandes villes. « Nous sommes les seuls à assurer la garde d'enfants avant et après l'école », affirme Marion Lalane de Laubadère. Une assertion incorrecte puisqu'à Lyon, la commune assure une garderie avant et après l’école.

Dans le communiqué de la liste de Jean-Luc Moudenc comme dans la bouche de Marion Lalane de Laubadère, on refuse catégoriquement la comparaison avec les autres grandes villes. « C'est faux, il y a des villes ayant ouvert moins d'écoles, regardez Grenoble », dément l'adjointe au maire. La ville de Grenoble a en effet limité l'ouverture de ses écoles aux 38 établissements élémentaires, mais la ville n'en compte que 80 au total. En proportion donc, la ville d'Isère a ouvert plus d'écoles que Toulouse. 

Si Marion Lalane de Laubadère assure que la réouverture progressive permet d’ajuster en cas de dysfonctionnement et se souligne que « tous les quartiers ont au moins une école ouverte », le groupe d'opposition municipale Générations est plus circonspect. « La répartition territoriale annoncée nous semble approximative : beaucoup d’écoles du centre-ville sont réouvertes et certains quartiers de Toulouse ne verront pas leurs écoles rouvrir », déplore Isabelle Hardy, sa présidente.

Si les moyens semblaient manquer pour assurer une ouverture sécurisée de la totalité des écoles, c’est aussi le cas pour certaines de celles qui ont rouvert le 12 mai. C’est en tous cas ce que qu’assure une lettre du syndicat enseignant SNUipp-FSU adressée à Jean-Luc Moudenc le 15 mai. « Les équipes enseignantes auraient aimé avoir une aide en moyens humains anticipée pour effectuer ces marquages, balisages aux abords et dans les écoles, ainsi que les déménagements et réaménagement des classes, la mairie en a décidé autrement. Évidemment, il n'y avait plus de personnel disponible puisque tout le monde s'occupait de l'école « modèle » dans laquelle vous vous êtes rendu avec M. le Recteur mardi pour votre opération de communication. », accuse le syndicat.

Sur ce point, Marion Lalane de Laubadère concède qu’il y ait pu avoir quelques manquements et rebondit : « C’est aussi pour avoir des retours sur ce qui n’a pas marché que nous avons voulu une réouverture progressive. » Outre le manque de moyens, la SNUipp-FSU dénonce l’absence de dialogue sur cette stratégie de reprise. « Ce qui m’étonne c’est qu’ils ont mon numéro et mon mail pour me contacter d’habitude », s’agace l’adjointe à l’éducation.

Au total, la mairie a ouvert, pour les deux premières semaines de post-confinement, plus de 5 000 places dans ses écoles simultanément. « Étant donné qu’il y a un roulement ça fait plus de 10 000 élèves concernés, les premiers chiffres de l’éducation nationale relèvent que seulement 1 000 sont venus pour le moment », relève Marion Lalane de Laubadère. Loin encore des 35 000 élèves que compte la ville rose.

Romain Bizeul