[TRIBUNE] Dans une lettre ouverte, un collectif de parents d'élèves de plusieurs écoles lilloises interpelle les candidats au second tour de l'élection municipale. « Face à l’augmentation de la précarité et à la saturation des dispositifs d’hébergement d’urgence », ils demandent à la municipalité de « pallier aux manques de l’État » et de se dresser « en rempart contre l’exclusion ».
Madame, Monsieur,
Cher candidat, chère candidate,
Vous vous êtes qualifié.e pour le second tour des élections municipales. À l’approche de ce scrutin décisif, nous, parents d’élèves lillois, souhaitons attirer votre attention sur une réalité préoccupante et intolérable : la situation des enfants sans domicile fixe à Lille.
Dans notre ville, comme dans de nombreuses grandes agglomérations, la précarité ne cesse de croître. De plus en plus de familles avec enfants se retrouvent sans solution d’hébergement stable, contraintes d’alterner entre gymnases, hôtels ou même souvent, la rue. Derrière ces chiffres, il y a des visages : ceux d’enfants qui tentent de suivre une scolarité ordinaire tout en vivant une situation d’extrême instabilité.
Le groupe scolaire Gutenberg – E. Branly – S. Germain n’échappe pas à cette réalité. Ces dernières années, plus de onze familles, soit plus d’une trentaine d’enfants, ont été accompagnées par notre association de parents d’élèves. Aujourd’hui encore, trois familles sont sans abris : sept enfants ne savent pas où ils dormiront chaque soir.
Nous sommes conscients des difficultés sociales, politiques, écologiques et économiques que traverse notre pays et le monde, et nous savons que d’autres familles arriveront encore. Nous sommes heureux de les accueillir dans notre groupe scolaire : ils apportent avec eux leur diversité culturelle, leurs langues et leurs parcours. Nous nous efforçons, humblement et à la hauteur de nos moyens, de les aider par des dons de vêtements, de denrées alimentaires, de livres ou de jouets, aux côtés des associations qui les soutiennent. Mais une question demeure centrale : celle du logement.
La Convention internationale relative aux droits de l’enfant ne reconnaît‐elle pas « le droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social » ?
La municipalité a déjà pris des mesures importantes : gratuité des fournitures scolaires, gratuité de la cantine et de la garderie, et parfois financement de quelques nuits d’hôtel. Quelques familles ont eu plus de chance et ont pu aussi être hébergées à Bondues en lien avec l’association Le Souffle du Nord. Nous saluons ces mesures. Cependant, nous qui côtoyons ces enfants chaque jour, savons que cela ne suffit pas. Sans logement stable, leur sécurité et leur bien‐être restent fragilisés.
Face à l’augmentation de la précarité et à la saturation des dispositifs d’hébergement d’urgence, nous pensons qu’à leurs échelles, la municipalité et la métropole doivent agir comme le premier rempart contre l’exclusion et pallier aux manques de l’État.
L’accès à un logement décent n’est pas une option : c’est une condition essentielle de la dignité humaine et de la cohésion de notre commune. Nous attendons des engagements précis et chiffrés pour que plus aucun enfant scolarisé à Lille ne soit contraint de dormir dans la rue.
Dans l’attente de vos propositions, veuillez agréer, chère candidate, cher candidat, nos salutations distinguées.
Un collectif de parents des écoles Gutenberg – Edouard Branly – Sophie Germain, Lille
Cette lettre ouverte a été signée par un collectif de 40 parents des trois écoles. Une pétition est également en ligne : https://www.mesopinions.com/petition/social/actions-plus-aucun-enfant-dorme-rue/277695