Qui ne s’est jamais laissé tenter par une recommandation de restau tombée au bon moment sur son fil Instagram ? Une vidéo enthousiaste qui suscite l’envie subite et irrépressible d’aller tester la dernière « pépite » vantée par un influenceur : un salon de thé et sa « dinguerie » de matcha latte, le brunch de la ville le plus stylé, le « gastro » sous‐coté au rapport qualité‐prix imbattable, ou ce burger dégoulinant, assurément « le meilleur jamais dégusté »…
Difficile de résister, en effet, à tant de superlatifs. Mais que valent exactement ces recommandations alléchantes ? Comment les restaurants sont‐ils sélectionnés ? Comment les tests sont‐ils réalisés et sur quels critères ? Bref, peut‐on vraiment s’y fier ? Pour le savoir, Mediacités vous propose une plongée dans l’arrière cuisine des influenceurs food et de leur business.
Le leader Lille Addict ne connaît pas la crise
Oui, « business », car nous sommes loin des blogueurs amateurs qui, il y a encore peu de temps, partageaient leurs bons plans spontanément. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder Lille Addict, le plus connu des influenceurs lillois. Forte de 559 000 abonnés sur Instagram – « la plateforme phare pour les métiers de bouche », selon France Num -, sa communauté est plus large que celles des trois autres comptes les plus suivis réunis.
Son créateur, Benjamin Clipet, 32 ans, est un photographe amateur qui commence toutes ses vidéos par un sympathique et enjoué « Bon, les gars… ». Il fait ses débuts en 2019 en publiant des images de la ville, et en se faisant l’écho des actualités de la métropole dans différents domaines : résultats du Losc, installation du marché de Noël… Il s’est en plus, au fil des ans transformé en prescripteur de premier plan pour les restaurants. Et il ne chôme pas.
Selon notre décompte, Lille Addict a publié, en 2025, pas moins de 52 posts Instagram sur des adresses food (restaus, bars, épiceries…). Les trois‐quarts d’entre eux (40 exactement) avec la mention « en collaboration commerciale » ou « sponsorisé ». Une façon pudique mais obligatoire de dire qu’ils ont donné lieu à rémunération par les établissements « testés ». En clair, de la publicité. Payée combien ? Malgré nos multiples demandes [lire l’encadré “En coulisses”], Lille Addict n’a pas souhaité répondre à nos questions, évoquant un « manque de temps ». Plusieurs établissements ayant fait appel à ses services nous ont toutefois indiqué qu’un reel – une courte vidéo Instagram – était facturé 3 000 euros. « Hors‐taxe », nous a‑t‐on précisé.
Influenceur food… mais pas que
Créée en 2022, la petite entreprise Lille Addict n’aurait que « un à deux salariés » selon le site Pappers d’information sur les sociétés. Elle serait toutefois plus proche de cinq à six personnes si on y ajoute les collaborateurs freelances et les alternants. Discrète, elle ne publie pas ses résultats financiers. Mais il suffit de multiplier son tarif de reel par le nombre de tests réalisés (soit un total de 120 000 euros) pour se convaincre qu’elle ne connaît pas la crise. D’autant que le compte ne se limite pas à l’influence food. Mode, déco, artisanat, tourisme, actus municipales… son spectre d’activités est large.
La mairie de Lille fait par exemple appel à lui pour promouvoir certains événements (les journées européennes du patrimoine, des expos du Palais des Beaux Arts, le festival Hip Open Dance…). En 2025, elle lui a ainsi vers …