A Lyon, un formateur de l’école Rockefeller condamné pour harcèlement sexuel

Selon les informations de Mediacités, un responsable pédagogique de l’école de Grange Blanche, dans le 8e arrondissement de Lyon, qui forme des assistantes sociales et infirmières, vient d'être condamné à vingt-quatre mois de prison dont six mois ferme pour harcèlement sexuel sur quatre victimes, des étudiantes et des collègues de l'établissement. Il conteste formellement toutes les accusations dont il fait l’objet et a fait appel du jugement.

L'école Rockefeller, dans le 8e arrondissement de Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

L’affaire secoue depuis un an l’école Rockefeller, dans le quartier de Grange Blanche. Selon les informations de Mediacités, Jérôme N., ancien responsable pédagogique du pôle médico‐social de cet l’établissement qui forme notamment des infirmières, des aides‐soignants ou des assistantes sociales, a été condamné, le 20 mai dernier, à vingt‐quatre mois de prison dont six mois ferme aménageables « pour des faits de harcèlement sexuel par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction, à l’égard de quatre victimes », comme nous l’a confirmé le parquet de Lyon.

Les faits se sont déroulés entre sa prise de poste en 2023 et son licenciement par l’école en juillet 2025. Joint par Mediacités, Jérôme N. conteste formellement les accusations dont il fait l’objet et indique avoir fait appel de sa condamnation en première instance. Il demeure donc présumé innocent.

Trois plaintes déposées

L’affaire éclate au printemps 2025. Des formatrices de l’école sont alertées sur le comportement de Jérôme N. par des étudiantes et font remonter les témoignages à la direction, qui déclenche une enquête administrative interne. Au terme de ces auditions, le responsable pédagogique est licencié pour faute – il compte contester prochainement ce licenciement devant les prud’hommes – et l’établissement adresse un signalement au procureur de la République. En parallèle, une étudiante porte plainte, suivie quelques mois plus tard par deux autres plaintes déposées par des formatrices collègues. Une quatrième victime, qui n’a pas porté plainte, est identifiée au cours de l’enquête de police. 

Dans le détail, Jérôme N. devrait porter un bracelet électronique pour purger sa peine de six mois ferme, est interdit d’exercer en tant que formateur pendant deux ans, et sa condamnation doit être inscrite au Fijais, le fichier des auteurs d’infractions sexuelles, selon les éléments transmis à l’une des victimes par son avocate. La peine prononcée par la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Lyon est plus sévère que les six mois avec sursis requis par le parquet au terme du procès qui s’est tenu en avril dernier. Le prévenu a été relaxé pour une partie des faits qui lui étaient reprochés, certaines accusations portant sur des périodes antérieures à sa prise de poste.

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Messages inappropriés et réflexions sexistes

« C’est un soulagement de savoir que nous avons été entendues et reconnues comme victimes », réagit Laura, l’une des plaignantes. Cette étudiante avait 18 ans au moment des faits en 2023, lors de sa première année à l’école Rockefeller. « Je sortais tout juste du bac, lui avait l’âge de mes parents », raconte‐t‐elle. Selon son récit, le harcèlement aurait débuté après son élection comme déléguée de sa promotion. Jérôme N. serait peu à peu sorti du cadre purement professionnel pour lui envoyer des mails puis des messages téléphoniques « matin, midi et soir » portant parfois sur des sujets personnels. Elle explique avoir aussi fait l’objet de commentaires sur sa tenue vestimentaire ou sur son physique : « Il commentait la couleur de mes chaussures, ma robe… »

Le responsable pédagogique, qui était chargé à ce titre de valider les notes des étudiantes, l’aurait conviée à plusieurs reprises dans son bureau pour des discussions inappropriées selon elle. « Une fois, il m’a dit qu’il n’allait pas très bien et qu’il avait pensé à moi la nuit. J’étais mal à l’aise, je me sentais oppressée et coincée », raconte Laura, qui précise lui avoir demandé à plusieurs reprises de changer de comportement, sans réel succès.

« Il faisait des remarques sur mes fesses, sur la bretelle de mon soutien‐gorge »

« Pour moi ça été la descente aux enfers, analyse‐t‐elle aujourd’hui. J’ai dégringolé, je faisais des crises d’angoisse à l’idée de le croiser, je mangeais sans arrêt pour compenser le stress. J’ai été à deux doigts d’arrêter ma formation. » C’est au détour d’une conversation avec d’autres étudiantes qu’elle aurait appris que d’autres femmes avaient vécu des faits similaires au sein de l’école. Elle finit par en parler à ses formatrices, puis porte plainte en fin d’année scolaire.

« Il faisait des remarques sur mes fesses, sur la bretelle de mon soutien‐gorge commentait mes vêtements », détaille de son côté une formatrice de l’école Rockefeller qui a travaillé pendant deux ans avec Jérôme N. et a également porté plainte contre lui à l’issue de sa première audition par la police. « C’est une accumulation insidieuse de petits gestes et de propos déplacés », poursuit‐elle, à l’image d’un « cactus en forme de sexe » offert pour son anniversaire. « Il alternait entre valorisation et culpabilisation. En tant que coordinateur, il pouvait m’arranger sur mes horaires de travail, il avait un certain pouvoir, raconte‐t‐elle. J’étais en sur‐adaptation. Je sortais du bureau à reculons. »

Condamnation « sans preuves » et « bouc émissaire »

« Je ne reconnais pas du tout les faits », fait savoir Jérôme N., joint par Mediacités. Selon lui, ce jugement, « trois fois plus sévère que les réquisitions du procureur », serait fondé uniquement sur des « interprétations » a posteriori et ne reposerait sur « aucune preuve matérielle ». L’ex‐responsable pédagogique indique avoir versé au dossier « 800 pages » de conversations sur des applications de messagerie ou des mails vérifiées par huissier, qui ne comporteraient selon lui « aucun message à caractère sexuel ».

« On m’a condamné sur des “on‐dit”, le moindre détail a été réinterprété. Par exemple, j’ai offert un cactus à l’une de mes collègues qui aurait été de forme phallique. Ou bien on m’a accusé d’avoir soufflé une fois dans le cou d’une personne… Mais où sont les preuves ? », interroge‐t‐il. A l’en croire, ces accusations émaneraient de femmes avec lesquelles il s’entendait « très bien », y compris sur le plan personnel, et qui n’auraient jamais manifesté leur malaise vis‐à‐vis de son comportement.

« Le MeToo, c’est la mode (…) Une fille dit quelque chose, l’homme doit en subir les conséquences »

« Je ne sais pas si c’est une cabale », poursuit le quinquagénaire, qui mentionne à plusieurs reprises que ses accusatrices seraient « extrêmement féministes » et « le revendiquent ». Avant de préciser sa pensée : « Le MeToo, c’est la mode, donc tout est facile maintenant. Une fille dit quelque chose, l’homme doit en subir les conséquences. »

A propos de la première étudiante à avoir porté plainte, elle aurait « trouvé un bouc émissaire » après avoir « loupé ses examens », avance Jérôme N., qui explique être dans une situation de grande détresse psychologique depuis un an. Le formateur a donc fait appel du jugement du tribunal correctionnel de Lyon : « Je me sens salis, je veux laver mon honneur. »

Une école plutôt discrète

Sollicitée par Mediacités, la direction de l’école Rockefeller n’a pas souhaité commenter cette décision judiciaire. L’établissement ne s’est pas porté partie civile au procès, mais il assure avoir « pris la situation avec le plus grand sérieux et a engagé les démarches estimées nécessaires au regard des informations alors disponibles », notamment en signalant les faits à la justice. L’école souligne que Jérôme N. « a par ailleurs été licencié sans attendre l’issue des procédures judiciaires ».

« Oui, l’école a plutôt pris les choses en main. Et nous avons eu de la chance de tomber sur une inspectrice de police très sensibilisée au sujet des violences sexistes et sexuelles », estime Laura. Cette victime regrette toutefois que l’établissement soit resté très discret sur l’affaire. Un constat partagé par la formatrice citée plus haut : « L’école n’a pas communiqué auprès de toutes les étudiantes sur les causes de son départ. Encore à ce jour, il n’y a pas de cellule harcèlement opérationnelle pour les étudiantes. »

2000 étudiants et 11 diplômes

Établissement centenaire (il a fêté son siècle d’existence en 2023), l’école Rockefeller est implantée à Grange Blanche, face à l’hôpital Edouard Herriot et à côté de la faculté de médecine Lyon Est. Elle accueille un peu plus de 2000 étudiants et propose 11 diplômes d’Etat dans les métiers du social et de la santé : infirmier, aide‐soignant, puéricultrice, éducateur de jeune enfant ou encore assistant de service social. Contrôlée par une fondation reconnue d’utilité publique, l’école Rockefeller est financée à 45 % par la région Auvergne‐Rhône‐Alpes, selon son directeur général cité, en 2023, dans Les Echos.

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Par Mathieu Périsse

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