Des accusations mutuelles de harcèlement et plusieurs plaintes déposées devant les autorités ecclésiastiques et la justice pénale : depuis quelques mois, une jeune femme aspirant à s’engager comme sœur à l’abbaye de Notre‐Dame de Wisques, près de Saint‐Omer, se bat pour dénoncer des sévices qu’elle aurait subis alors qu’elle avait intégré cette communauté religieuse en 2022.
De leur côté, les sœurs bénédictines de l’abbaye de Wisques reprochent à la jeune femme d’avoir publié plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux, et notamment la plateforme TikTok, pour évoquer son expérience. Elles demandent à la justice de les faire retirer et de lui interdire de publier de nouveaux contenus les visant. C’est une bataille judiciaire qui vient troubler la quiétude apparente du monastère qui surplombe Wisques, ce petit village de 222 âmes niché au cœur du Pas‐de‐Calais.
Dix‐sept sœurs ont choisi de vivre derrière les hauts murs du couvent édifié en 1889 par la Congrégation de Solesmes, qui regroupe 16 communautés en France et 16 autres dispersées autour du globe. Des habitantes très discrètes, puisqu’elles ne sortent pratiquement jamais de l’abbaye où elles résident, mis à part pour consulter leur médecin ou aller glisser un bulletin de vote lors des scrutins électoraux.
En retrait de la société, le plus souvent dans le silence, elles suivent la règle de Saint‐Benoît (datant du VIe siècle), qui organise la vie monastique autour de la prière, du travail et de la « lecture divine ». Ainsi, même lors des messes quotidiennes ouvertes au public, il est impossible de les approcher, une grille les séparant du reste du monde.
Une vocation spirituelle
Cette vie hors du temps, dans une abbaye classée monument historique, auprès de sœurs bénédictines pour vivre sa foi catholique, c’est ce que Vanessa Tulejova était venue chercher à Wisques. Selon son témoignage, elle y a surtout découvert un système oppressif, et en est ressortie quelques mois plus tard profondément traumatisée.
C’est une amie qui présente l’abbaye de Wisques à Vanessa, alors qu’elle n’a pas encore fait sa première communion. En 2021, la jeune femme, âgée de 21 ans, participe à une retraite monastique de deux jours auprès des sœurs bénédictines. En pénétrant dans les lieux, Vanessa est saisie. « J’ai ressenti un appel pour entrer chez elles », confie‐t‐elle.
Elle fait alors part à l’une des sœurs, appelée « la maîtresse des novices », qui est chargée de l’accueil des nouvelles arrivantes, de son désir de mieux les connaître. Elle procède à sa première communion et revient ensuite effectuer un stage en clôture – c’est-à-dire auprès des sœurs – de trois semaines, au mois de juillet de la même année, afin de découvrir la vie de cette communauté de l’intérieur.
« Madame Vanessa Tulejova a effectivement découvert notre communauté lors d’un premier séjour en 2021, à sa demande, explique dans un email à Mediacités Anne‐Laetitia Derreumaux, l’abbesse de la communauté des sœurs de Wisques, cheffe des religieuses. Comme d’autres jeunes femmes qui s’interrogent sur une éventuelle vocation religieuse, elle souhaitait mieux connaître notre vie et a ensuite demandé à effectuer un séjour plus long de discernement. Notre abbaye accueille régulièrement ce type de démarche. »
L’abbesse précise que ces séjours de découverte « ne constituent ni un engagement religieux, ni une entrée définitive dans la communauté. Ils permettent de vérifier, dans un climat de liberté, si ce mode de vie correspond aux aspirations de la personne ».
« Il vaut mieux revenir pour toujours »
« Au début, elles étaient toutes très gentilles, mon stage s’est très bien passé », se remémore Vanessa. Les sœurs lui proposent alors de réfléchir à l’idée de s’installer plus durablement à l’abbaye, et d’entamer le processus pour devenir elle‐même religieuse. « Elles ont vu que je doutais, mais elles m’ont convaincue que ma place était là‐bas et que le Seigneur l’avait fait comprendre. » La maîtresse des novices lui aurait alors dit que si elle revenait à l’abbaye après son stage, « il va[lait] mieux revenir pour toujours ».
Vanessa entre donc à l …