« Dans notre campagne, on a fait très peu d’erreurs ». Six mois après sa défaite face à Jean‐Luc Moudenc, en mars 2026, François Piquemal a encore du mal à faire son auto‐critique. Le candidat insoumis, qui a confirmé l’hégémonie de LFI dans le paysage de la gauche toulousaine, explique son échec par les forces liguées contre lui : les ingérences israéliennes, la campagne de caniveau du maire sortant et la surmobilisation de son électorat pendant l’entre-deux-tours, le tout aidé par l’abondance des moyens financiers dont dispose Jean‐Luc Moudenc.
Comme lui, François Briançon explique la déroute de l’union des gauches par la surmobilisation de l’électorat de droite au second tour, la campagne de presse hostile de La Dépêche du Midi (devenu selon lui « un média d’opinion ») et l’alliance d’une « nomenclatura politico‐économique qui s’est regroupée face à nous ».
Les deux hommes politiques, qui ont ressuscité brièvement le NFP pendant l’entre-deux- tours, ne veulent pas voir que leur alliance a suscité un réel rejet au sein de l’électorat briançoniste. « La défection des électeurs de Briançon existe, mais ce n’est pas la clef de la victoire », assurait François Piquemal, quand nous l’avons interrogé à ce sujet le 24 juillet. Quant au socialiste, il estimait que seulement 4 à 10 % de ses électeurs, notamment venus du centre droit, n’avaient pas été au rendez‐vous au second tour.
Un fort report gauche‐droite imprévu
En réalité, nos analyses montrent que près de 13 000 électeurs de François Briançon ont voté pour Jean‐Luc Moudenc au second tour. Un report électoral massif que personne n’avait envisagé. À vrai dire, les stratèges de la gauche toulousaine n’avaient pas anticipé que la liste Demain Toulouse supplanterait celle de l’alliance socialo‐écolo‐communiste au premier tour. Ce faisant, personne n’a réfléchi aux éventuelles conséquences électorales.
« Oui, nous n’avons pas envisagé que Piquemal serait devant nous. Lui non plus d’ailleurs. La logique et les sondages voulaient qu’on soit devant », reconnaît François Briançon. « La seule chose dont on a discuté avec LFI avant le premier tour, c’est de l’écart entre eux et nous, abonde Maxime Le Texier, conseiller municipal Archipel Citoyen. Entre un rapport 31 % – 17 % en notre faveur et un autre à 26 % pour nous et 25 % pour eux, les conditions d’union n’auraient pas été les mêmes. Comme les électeurs LFI sont plus responsables que ceux de la social‐démocratie, on savait qu’ils voteraient Briançon en se pinçant le nez. L’inverse n’est pas vrai. On savait qu’on perdrait certains électeurs en s’alliant à LFI, mais pas à ce point. »
S’il sentait l’engouement sur le terrain, François Piquemal pensait simplement être au coude à coude avec l’autre François, mais pas le dépasser. En conséquence, « on n’a pas assez préparé le second tour », concède l’insoumise Agathe Roby.
Et le coût électoral d’une alliance à tête renversée n’a jamais été estimé. « La stratégie d’union n’a pas été questionnée, donc ses conséquences ont été sous‐estimées totalement », estime Marc Sztulmann, qui a rejeté bruyamment l’alliance par opposition à LFI.
Selon ce Delgaïste, « l’alliance gagnait statistiquement sur le papier, mais la photo des deux François montrait que LFI était plus forte que le PS. Ont‐ils tenté de rassurer les électeurs opposés à l’alliance ? Sont‐ils venus vers moi pour tenter de m’amadouer et de lisser nos désaccords ? Non. Ils n’ont pas parlé à l’électorat social‐démocrate. Ils se sont intoxiqués sur le rejet de Moudenc ».
Le manque de clarté sur l’union
Pour expliquer la mauvaise performance de la constellation des partis de gauche réunie derrière le PS, la réponse est unanime : François Briançon aurait manqué de clarté sur l’union.
À la différence d’un François Piquemal répétant qu’il ferait l’union au second tour, la tête de liste socialiste a laissé planer le doute en conditionnant l’accord à une clarification de l’insoumis sur les accusations d’antisémitisme. À quelques jours du premier tour, il prévenait même, dans un entretien au Journal Toulousain, qu’il se retirerait s’il se retrouvait derrière François Piquemal à l’issue du premier tour …