Nous nous étions quittés au mois de juin en racontant la manière dont les jeunes lycéens du quartier de la Boissière cherchent à s’inventer un avenir. Si les plus jeunes se rêvent dans la peau d’une starlette à Baïdu [Dubaï] ou dans celle d’un footballeur, avec l’âge les aspirations deviennent plus pragmatiques : trouver rapidement un boulot pour gagner de l’argent pour soi et la famille, décrocher un BTS, réussir sa première année à la fac... Même si le passage dans le supérieur n’est pas toujours facile à transformer.           

Quand on rencontre Rebecca au début de mois de juillet, elle attend encore de connaître l’orientation de repêchage qui va lui être attribuée par Parcoursup. Après son échec aux partiels de droit, elle hésite entre la « psycho  ou refaire une année. Petite, elle rêvait d’être avocate, maintenant elle se verrait bien poursuivre en « crimino ». Même si ce qui compte avant tout c’est de « gravir les échelons », comme elle dit : « Il faut être stable professionnellement parlant pour être serein et avoir tout ce dont on a besoin. »

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Des jeunes attendent le tram à l’arrêt « Boissière », un des quartiers Nord de Nantes. Les lycéens doivent traverser le quartier pour se rendre au lycée Monge. / Photo : Armandine Penna

Arrivée de Roumanie avec ses parents à l’âge de sept ans, Rebecca a passé ses premières années à Nantes dans un tout petit studio du centre-ville, avant que sa famille n’obtienne un HLM dans les quartiers Nord. Bonne élève, elle s’est toujours beaucoup investie dans les études et continue aujourd’hui de veiller sur le parcours de sa petite sœur, née en France.

« Elle est comme ma fille ! Pendant que mes parents se cassaient le dos à travailler c’est moi qui m’occupais d’elle. Dans la famille, je suis la seule à avoir fait des études et à bien parler français, alors c’est moi qui supervise ses cours. Moi j’ai dû compter sur moi-même. Aujourd’hui, je suis contente de pouvoir veiller sur elle. » Beaucoup de travaux de sociologues, comme ceux de Bernard Lahire , ont documenté la manière dont, au sein des classes populaires, on peut retrouver ces formes d’entraides familiales et d’investissement dans l’école.              

Les trafics de drogue

Mais si, pour certains, l’école peut offrir une porte de sortie de la précarité, pour d’autres, elle représente surtout une succession d’épreuves et d’échecs. Dans son enquête sur les bandes , le sociologue Marwane Mohammed explique combien pour certains jeunes - surtout les garçons – l’intégration dans une bande peut s’analyser comme un « mode de socialisation compensatrice offensive », quand l’intégration par l’école a échoué et que le soutien familial est défaillant. Autrement dit, pour continuer à avoir une place dans la société et dans le quartier, certains jeunes optent pour la rue. Ils y décrochent alors non seulement une place, mais aussi une reconnaissance, une identité, voire un revenu.              

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A la Boissière, au nord de Nantes, des "un peu moins jeunes" squattent près du centre commercial. / Photo : Armandine Penna

Parmi ces « bandes de jeunes », certaines se livrent plus directement que d’autres à des formes de délinquance rémunératrice, comme le trafic de drogues. Comme le rappelle Marwane Mohammed, la drogue est arrivée dans les quartiers dans les années 1970. Progressivement, le trafic de stupéfiant a joué comme un rôle d’amortisseur de la crise économique et sociale en déployant un système qui brasse beaucoup d’argent. A l’échelle des bandes, le premier impact du trafic de drogue est donc économique.

A Nantes Nord, les trafics ont toujours fait partie de la vie du quartier, comme le rappelle Yoan, médiateur depuis trois ans à l’association Empowernantes/Bénénova, qui a grandi dans le quartier : « Il y a beaucoup de trafics, parce qu’il y a beaucoup de demande. C’est historique dans le quartier : l’université est à deux pas et les étudiants viennent s’approvisionner le jeudi soir. Et puis il y aussi un collège et un lycée. Les petits vendeurs se lèvent plus tôt pour pouvoir vendre aux lycéens qui viennent d’autres communes et qui ont plus d’argent… Et quand il y avait les gars de la ZAD, on les voyait aussi régulièrement débarquer, c’était du pain béni pour les trafiquants ».

Des territoires et certaines tours sont réputés pour être spécialisés dans la vente de certains produits : cannabis, héroïne, cocaïne… « Les prix ont chuté, assure Stéphane , salarié de l’association Oppelia - Le Triangle, spécialisée dans la gestion et la prévention des risques associés aux addictions. Avant, la cocaïne était consommée par une population aisée, aujourd’hui on en trouve à 50 euros le gramme. Il y a 20-30 ans, c’était 150 euros ! Un kilo de cocaïne, vous pouvez l’avoir entre 25 000 - 30 000 euros. Ce kilo pur vous pouvez ensuite le couper entre 3 et 5 fois. La multiplication est vite faite. C’est pour ça qu’il y a des guerres de territoires. Dans les cités, les vendeurs sont de plus en plus jeunes. Quand il y a un lieu de vente bien connu qui marche bien, même si la police intervient régulièrement, ils changent les équipes. Il y a tellement à gagner. »               

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Stéphane, salarié du Caarrud (centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues) en tournée à la Boissière pour former les médiateurs de rue à la gestion et à la prévention des risques liés aux addictions. / Photo : Frédérique Letourneux

La perspective de l’argent facile

Mais le trafic n’est pas qu’une entreprise capitaliste très lucrative. Il structure aussi les effets de réputation sur un territoire, comme l’écrit le sociologue Marwane Mohammed : « Le trafic renvoie à la rencontre entre les besoins d’une main d’œuvre ponctuelle et spécialisée pour les entrepreneurs du deal, avec des adolescents en bandes, sensibles à leur pouvoir d’achat et à une collaboration avec des "grands" qui impressionnent. (…) Les acteurs dominants du trafic se sont imposés comme des figures centrales du quartier, les représentants d’un type de trajectoire sociale accessible et rentable. Ils représentent une forme de réussite locale, ils jouissent d’un pouvoir sur autrui et d’un pouvoir d’achat enviable. »

A la Boissière, les acteurs du quartier confirment ces effets d’entraînement parmi les groupes de jeunes. « Je vois les jeunes du quartier tomber progressivement dans le trafic, explique Yoan. Des petits jeunes qui venaient à l’association, ils avaient 11 ans… Maintenant ils trainent du côté de la pataugeoire [NDLR, lieu des trafics sur le quartier de la Boissière]. Je continue souvent à discuter avec eux, mais la perspective de se faire de l’argent est trop grande. Dans le quartier, ils se sentent en sécurité et ils ont l’impression de devenir quelqu’un. Ça reste des petits ados. Beaucoup sont fans de séries comme Narcos et ils ont l’impression de jouer les durs et se prennent pour El Chapo. Et puis ils sont contents d’acheter des Airmax. Il y a quelque chose de jouissif pour eux… Ils sont en échec scolaire et ils gagnent plus que leurs parents ! »

Cette rupture avec le système scolaire intervient souvent au collège et tend ensuite à se confirmer quand les échecs scolaires successifs viennent obscurcir l’avenir professionnel. Les plaisirs associés à la carrière délinquante semblent alors plus immédiats : gagner de l’argent, avoir du pouvoir, flamber devant les copains.

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Des jeunes fument des cigarettes à la sortie du lycée technique, à la Boissière, au nord de Nantes. / Photo : Armandine Penna

« Lui il survit, il vit pas »

Il semble alors bien difficile d’entendre qu’une autre voie est possible. Comme le raconte Eliès qui a grandi entre les tours de la Boissière. Aujourd’hui, il se dit « bien casé ». Le fait de vivre avec sa femme et sa petite fille dans un appartement dans une commune en banlieue de Nantes - « pas un château, mais bon, un T3 quand même » -, est pour lui le signe qu’il a « réussi sa vie ». « Si j’étais resté là [à la Boissière], j’aurais l’impression de ne pas avoir évolué », confie-t-il.

« Les jeunes qui trainent à la pataugeoire », il les connait bien, mais ne se fait guère d’illusion sur sa capacité à les convaincre. « Les petits, moi je les connais, je leur dis toujours : "Il faut aller travailler". Mais quand on me disait ça à leur âge, ça entrait par-là, et ça ressortait par-là… Pour qu’ils croient en toi, il faut qu’ils t’admirent. S’ils te voient revenir avec une grosse voiture, ils peuvent adhérer. Mais s’il te voit juste avec une femme, un enfant et un petit boulot, ils se disent : "Lui il survit, il ne vit pas". Ils vont prendre d’autres chemins, c’est plus rapide. L’argent ne fait pas le bonheur, mais il y contribue. »

De son enfance, Eliès se rappelle surtout les sorties avec le centre : « Ils nous bougeaient partout, sans eux, on n’aurait rien fait ». Quand il se repasse le film de ces années-là, c’est un peu comme si tous les scénarios étaient encore possibles : « J’ai grandi ici, j’ai tous mes potes… Il y en a qui sont là, d’autres qui sont partis, d’autres qui sont en taule… Il y a eu différents parcours. Il y en a qui ont choisi le chemin légal, d’autres le chemin religieux, chacun sa voie. Quand tu arrives à un certain âge, tu peux plus traîner ici. Quand tu te casses de là, c’est pour avoir une vie honnête. Ici, y a trop de tentations. » Eliès a connu deux condamnations pour trafics de stupéfiants à l’âge de 18 et 22 ans, avec à la clé deux séjours en prison.

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A la Boissière, quartier de Nantes Nord, beaucoup bancs sont vides. Certains habitants n’osent pas s’y arrêter de « peur paraître louche ». / Photo : Armandine Penna

Le rôle des médiateurs

Maintenir le lien coûte que coûte avec les jeunes à risques ou en voie de marginalisation, tel est le crédo des éducateurs de rue de l’Agence départementale de prévention spécialisée (ADPS) . Financée par le Département et quatre villes de Loire-Atlantique dans le cadre d’une mission de protection de l’enfance, la prévention spécialisée repose sur le principe de la libre adhésion du jeune. Autrement dit, rien n’est obligatoire, ni imposé. C’est à force d’aller vers les jeunes sur l’espace public que le lien de confiance se noue petit à petit. L’accompagnement se fait ensuite de façon collective, à travers des séjours ou des chantiers participatifs organisés par et pour les jeunes, mais aussi de façon individuelle.        

« On essaye au maximum de se fondre dans le quotidien des jeunes, explique l’un des éducateurs. Dans les quartiers, les groupes sont très visibles sur l’espace public, ils occupent les bancs et les tables. La rue, pour eux, c’est d’abord un lieu de socialisation. Parmi ces jeunes, on sait que certains font du trafic, d’autres pas. On sait aussi que pour beaucoup, l’inscription dans un groupe leur permet une forme de reconnaissance. D’un point de vue individuel, on travaille avec les jeunes qui sont dans le trafic avant que ça ne devienne trop grave, on les prévient des risques, mais sans les juger. On représente des adultes qui croient encore en eux, alors que dans leur parcours, il y a eu beaucoup d’échecs… Ils ont joué comme ils pouvaient avec leurs lacunes. Notre discours c’est : "Tu vaux mieux que ça" ».

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Médiateur de rue en tournée dans le quartier de la Boissière à Nantes Nord. / Photo : Frédérique Letourneux

Rendre un autre avenir désirable

Pour beaucoup, tout s’est passé dans les seules limites du quartier, de leur échec scolaire, à leurs difficultés d’insertion professionnelles. « Ça s’est fait sans choix, car ils n’ont pas de connaissance d’alternatives possibles », explique l’équipe des éducateurs de rue de Nantes Nord - deux hommes et deux femmes qui sillonnent au quotidien le quartier. Concrètement, les éducateurs jouent souvent le rôle d’intermédiaire entre le jeune et les dispositifs sociaux qui existent sur le territoire, en favorisant par exemple un rapprochement avec la Mission locale ou la mise en lien avec les assistantes sociales de secteur.

C’est aussi en déambulant dans les espaces publics que les médiateurs de quartier vont à la rencontre des habitants – jeunes et moins jeunes. C’est l’occasion de « prendre le pouls du territoire », comme dit l’un d’eux, mais aussi de faire de la prévention. Sur Nantes Nord, les médiateurs ont d’ailleurs récemment été formés par les équipes de l’association Le Triangle pour les aider à mieux prendre en charge les questions des addictions.

« On est mandaté pour positionner cet objet de l’addiction au croisement de la santé et de la tranquillité publique, explique Sterenn Bohelay, responsable des services de l’association Oppelia - Le Triangle. On forme les médiateurs à faire face à tout une série de problématiques très pratiques : comment ramasser des seringues usagées sur l’espace public et utiliser les poubelles en plastiques dites DASRI (Déchets d'Activités de Soins à Risques Infectieux) ? Comment parler à de personnes errantes qui ont consommé ? » L’association qui a déjà installé deux distributeurs de kit de seringues stériles en centre-ville, projette d’ailleurs d’en installer un à Nantes Nord.

Guerre(s) de territoire(s)

Ces types d’approche, centrés sur la prévention et le travail au long cours, entrent potentiellement en conflit avec une demande sociale des habitants des quartiers qui s’exprime d’abord en termes de tranquillité publique. Même si dans les conversations, on entend davantage parler de « jeunes qui squattent sur les bancs ou dans les cages d’escalier » que de « trafics » et même de « drogue ». C’est surtout l’occupation visible, bruyante, ostentatoire des espaces qui dérange et qui fait peur : les tours de scooters, les attroupements, les remarques, voire les menaces... A tel point que certains espaces semblent interdits : « Quand on s’assoit sur les bancs près de la pataugeoire, on paraît louche. Il ne faut pas parler trop fort parce que sinon, les jeunes, ils te regardent avec un sale air », assure Philippe qui habite le quartier depuis une vingtaine d’années.

Du côté des pouvoirs publics, on met en avant l’amélioration du cadre de vie attendue par le projet de rénovation urbaine en cours sur le quartier. Mais ces transformations prennent du temps et ont parfois comme effet une reconfiguration des trafics : délogés d’une cage d’escalier, ils se reconstituent ailleurs. Pour répondre à l’urgence, la réponse la plus immédiate et visible a été l’installation pendant le confinement du printemps 2020 de deux nouvelles caméras de vidéosurveillance, qui a eu pour seul effet de déplacer les lieux de deal de quelques mètres.

Derrière le centre commercial, les travaux n’ont toujours pas commencé.
Derrière le centre commercial de la Boissière, les travaux de rénovation du quartier n'ont toujours pas commencé. / Photo : Armandine Penna

Objectifs quantitatifs pour la police

Quant à la présence policière, elle est régulièrement visible, avec à la clé des objectifs quantitatifs : « Ces derniers temps, ils sont très présents, notamment avec cet objectif de démanteler un point de deal par jour. On les voit tous les jours. Il y a de nombreux contrôles », confirme l'un des éducateurs sur le quartier. De notre côté, nous avons d’ailleurs eu l’occasion de l’observer à plusieurs reprises, cette présence policière entraîne une forte tension sur le quartier, avec d’un côté, des policiers sur-armés, et de l’autre des jeunes remontés et insultants.

Entre guerre de territoires et guerre des nerfs, certains jeunes, eux, se cherchent toujours un avenir. Pour Eliès, le seul espoir est aujourd’hui de réussir à « lever son casier » pour enfin « commencer [sa] vie, à 31 ans ». « J’ai passé mon diplôme VTC mais ils m’ont bloqué à cause du casier. Pourtant, j’ai fait que du trafic de drogue… On dirait que j’ai tué quelqu’un ! En attendant, moi je ne peux rien faire, elle est belle la réinsertion ! » Alors pour passer le temps, il revient régulièrement à la Boissière où vivent ses parents « dans un trou à rats dont ils ne veulent pas partir ». Ce jour-là, quand on le rencontre, il est venu réparer sa voiture avec un copain sur le parking en bas des tours. Pour lui, le quartier reste encore et toujours une ressource et une protection.

Le coin du sociologue - « la cité », « la rue », « les jeunes »

Thomas SauvadetEn 2006, le sociologue Thomas Sauvadet publie aux éditions Armand Colin le fruit d’une enquête menée dans les quartiers de Marseille et en banlieue parisienne. Plus de 15 ans après, son ouvrage, Le capital guerrier. Concurrence et solidarité entre jeunes de cité, continue de faire date. Il constitue même une référence pour les éducateurs de la prévention spécialisée que nous avons rencontrés à Nantes Nord. Il faut dire que « la rue » et « les jeunes », le sociologue Thomas Sauvadet, les connaît bien. Son livre commence par un constat : les « jeunes qui traînent » sont un stigmate qui colle aux quartiers populaires et contribue à leur mauvaise réputation.

Pourtant, il y a autant de « jeunes » qu’il y a de variétés de trajectoires sociales, biographiques et résidentielles. La majorité d’entre eux choisissent de rester chez eux pour ne pas décevoir leurs parents et investir l’école. Seule une minorité visible - Thomas Savaudet les estime à environ 10 % d’une classe d’âge dans les quartiers qu’il a étudiés – investit la rue comme « un espace primordial de respiration ». Le dehors devient alors le seul terrain sur lequel il leur est possible de trouver encore une place quand les liens intégrateurs (la famille, l’école) sont rompus.

capital guerrierCeux qui occupent une place centrale parmi ces « jeunes de cité » sont ceux sont ceux qui disposent d’un « capital guerrier » à faire valoir dans leurs affrontements avec les autres, c’est-à-dire une capacité à avoir le dessus dans les affrontements physiques. Certains parmi les « plus chauds » vont devenir dealers, d’autres occuper les rôles des « grands frères » protecteurs. On retrouve bien l’ambiguïté des places dont parle Eliès : l’équilibre des positions est fragile et prend sens dans et hors du quartier.

Invitation à la lecture :

  • Thomas Sauvadet, Le capital guerrier. Concurrence et solidarité entre jeunes de cité, Armand Colin, 2006.
  • Bernard Lahire, Tableaux de famille. Heurs et malheurs scolaires en milieux populaires. Paris, Gallimard, Le Seuil, 1995.
  • Marwan Mohammed, La formation des bandes. Entre la famille, l’école et la rue, PUF, 2011.


Retrouvez l'intégralité des épisodes de notre série consacrée au chantier du quartier de La Boissière et à ses habitants :

Image page Boissiere

B_AEn janvier 2020, nous débutions une enquête ethnographique sur le territoire de la Boissière à laquelle nous avons donné très rapidement la forme d’un podcast, La bonne cage, dont le développement a été soutenu dans le cadre du Contrat de ville Nantes Métropole. Notre intention est de sortir des clichés sur les quartiers populaires en racontant le quotidien des habitants en faisant entendre leurs propres voix. Notre fil directeur tout au long de l’année 2020 a été celui des saisons. Cet été une opération sur les réseaux de chaleur a inauguré le début d’un chantier de grande ampleur sur la Boissière. L’envie de le raconter nous a poussé à réfléchir à d’autres espaces de narration que Mediacités nous a donné l’occasion de concrétiser. Nous nous inscrivons dans une tradition de l’enquête sociologique-journalistique, dans le souci de tenir ensemble la portée critique de la sociologie et la capacité à faire connaître du journalisme.

Sur le quartier, on nous appelle “les filles”. Depuis l’hiver 2020, on sillonne le quartier. On est connues et reconnues. L’enregistreur avec sa bonnette à poils, le carnet de notes et les sweat siglés “sociologues” nous ont aidé à faire notre place. Sociologues, nous avons construit notre carrière à la marge du monde académique. Enseignantes dans des formations de l’enseignement supérieur destinées à des non-sociologues. Engagées dans des recherches portées par des structures associatives. Prestataires pour des recherches actions auprès de commanditaires publics. Ce projet d’enquête ethnographique à la Boissière poursuit cette envie commune de faire de la sociologie autrement et plus collectivement.

Pour ce projet documentaire, nous travaillons aussi avec la photographe Armandine Penna, qui écrit régulièrement dans Mediacités. Ainsi, en parallèle de nos photos prises au fil de notre immersion sur le terrain, vous pourrez découvrir son travail. Cette démarche rompt avec l’anonymat qui est habituellement la règle dans toute enquête sociologique, mais on espère qu’elle contribuera à donner un visage aux habitants et habitantes à qui nous donnons la parole.