Les affiches de campagne des quatre principaux candidats à la présidence de la région Hauts-de-France. Montage : Hugo Palacin

Ce que les affiches de campagne disent des candidats des Hauts de France

Laurent Rossini, spécialiste de la communication politique, décrypte les choix des quatre principaux candidats à la présidence de la région Hauts-de-France pour leurs affiches de campagne.

Globalement, « il y a eu vachement de travail » sur les affiches électorales des candidats aux régionales dans les Hauts-de-France, observe le spécialiste de la communication politique Laurent Rossini. Mais aussi un manque d’innovation flagrant, relève encore le fondateur de l’agence de conseil en stratégie politique Plebiscit. L’inspiration, les équipes des candidats sont manifestement allées la puiser outre-Atlantique...

DELLIL’affiche de Karima Delli, qui mène la liste d’union des gauches, en est la plus parfaite illustration. « Quand je vois cette affiche, ça me fait vraiment penser à celle d’Alexandria Ocasio-Cortez (figure montante du Parti démocrate étasunien, ndlr), pointe Laurent Rossini. Quant à la couleur, ce vert/bleu très esthétique, elle me rappelle celle utilisée par Violette Spillebout lors des élections municipales lilloises. »

Un vert « bobo-écolo », une police qui occupe l’espace et le visage en gros plan d’une candidate sobre, regard tourné vers l’avenir. Cela ne fait aucun doute, l’objectif est de cibler un électorat jeune. « On est sur une personne souriante, sans bijoux ni maquillage, ajoute Laurent Rossini. Elle est très nature. Tout cela est un parti pris intéressant pour cibler les jeunes. »

« Presque une caricature »

Ce regard résolument tourné vers l’avenir, c’est aussi l’option retenue par les marcheurs, qui font figurer sur leur affiche de campagne un duo : leur tête de liste régionale, le secrétaire d’État aux Retraites Laurent Pietraszewski, épaulé par le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, qui mène la liste de la majorité présidentielle dans le Pas-de-Calais. La communication visuelle des centristes a été largement moquée sur les réseaux sociaux. Couleurs flashy, détourage approximatif, « bulles SMS », éclairage négligé... « C’est un choc, réagit Laurent Rossini. Presque une caricature. Le concept, c’est des vieux qui parlent aux ‘djeuns’ ? » PIETRA

Un raté d’autant plus étonnant que La République en Marche (LREM) est réputée pour sa communication ficelée. « Il est certain que ces visuels n’ont pas été validés par les stratèges parisiens », avance le communicant, qui ironise au passage sur le slogan retenu, « Hauts-de-France Unis ! ». « C’est une affiche pour célébrer l’union de Laurent et Éric ? », s’interroge-t-il, perplexe. En résumé : un flop.

Inspirations américaines

BERTRANDLe président sortant, Xavier Bertrand, fixe quant à lui l’électeur droit dans les yeux. Une affiche de droite on ne peut plus classique : présentation soignée, éclairage minutieusement réglé, costard et cravate impeccables, fond bleu dégradé et écriture blanche en majuscules. « Tout est fait pour le valoriser au maximum, note Laurent Rossini. On joue vraiment sur sa notoriété. On est déjà dans une image de présidentiable. » L’affiche est jugée la plus efficace des principaux candidats, d’après l’expert en communication politique, « bien que pauvre en créativité ».

Le candidat du Rassemblement national, Sébastien Chenu, tente lui aussi de capter le regard de l’électeur. « On est sur le kit de communication habituel du RN, fait remarquer Laurent Rossini. Une accroche sur la sécurité qu’on reproduit à l’infini, une photo détourée avec en fond le paysage local et le visage de Marine Le Pen, qu’il faut absolument qu’on voie, d’autant plus à l’approche de l’élection présidentielle. »

CHENU

La seule touche d’originalité, chez le député du Nord, c’est la police utilisée pour faire ressortir son patronyme. « La typographie de Chenu me fait penser à celle de la police nationale », note l’expert en communication. Nom en gras bien plus gros que le prénom, couleurs du drapeau français et petit rappel de rouge : les communicants du candidat frontiste se sont eux aussi inspirés des pratiques américaines, où démocrates comme républicains misent tout sur leur nom de famille pour se faire élire.

 

MONTAGE CHENU

 

Un constat qui force le fondateur de Plebiscit à avertir les candidats : « C’est très bien de s’inspirer des pratiques étrangères, mais un peu de créativité quand même ! Si c’est seulement pour faire des copier/coller... » Que les candidats à la présidence des Hauts-de-France se rassurent : pour Laurent Rossini, « un visuel ne fait pas une élection ». Mais ça peut aider, quand-même.

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