Un de plus ! La semaine dernière, Lyon Capitale dégainait son sondage Ifop-Fiducial sur l’élection municipale à Lyon. Après celles du Progrès et surtout de Lyon Mag, qui en fait sa marque de fabrique depuis son retour mensuel en kiosque, cette nouvelle livraison de pourcentages - la sixième en quatre mois… soit plus que pour l’élection municipale à Paris ! -  a fait couler la salive et l’encre des journalistes autant que les tweets politiques, pro-écolos en tête. « Grégory Doucet [le candidat EELV] au coude à coude avec laRem [La République en marche]. Nous pouvons y arriver : faire de Lyon le berceau de l’écologie ! », s’est enflammé le compte officiel de la campagne des Verts sur le réseau social.

Gare aux désillusions ! Comme le rappellent souvent les sondeurs eux-mêmes, un sondage n’indique qu’une température, qui peut fortement évoluer d’ici au 15 mars, date du premier tour des élections municipales et métropolitaine. Mais surtout, les sondages politiques locaux sont nettement moins fiables que ceux nationaux. Paris mis à part, dans les autres villes, les instituts ne disposent pas de « panels en ligne » (des regroupements d’internautes représentatifs) suffisants pour proposer des échantillons fiables. Les études sont donc menées par téléphone. Or, comme il n’est pas possible de géo-localiser les portables, seuls les habitants disposant d’une ligne fixe sont interrogées, ce qui entraîne un biais.

Pour fiabiliser leurs échantillons, les sondeurs demandent aux sondés pour qui ils ont voté aux précédentes élections municipales de 2014 et à la présidentielle de 2017. Les réponses doivent permettre de corriger les « mauvaises déclarations », parfois formulées de bonne foi. Ces échantillons sont alors « redressés ». Autrement dit, l’institut de sondage modifie les chiffres des résultats obtenus. Problème, les redressements appliqués aux études menées sur les scrutins lyonnais sont particulièrement importants.

Ordre d'arrivée inversé

Mediacités s’est plongé dans les notices publiées sur la commission des sondages. Prenons celle du sondage réalisé le mois dernier par OpinionWay pour Lyon Mag et Jazz Radio. Sur les 404 Lyonnais qui indiquent vouloir voter en mars 2020, 49% déclarent avoir voté Gérard Collomb au premier tour des élections municipales de 2014, 18% Europe-Ecologie-Les-Verts, 14% les listes UMP-UDI et seulement 4% celles du Front national de Christophe Boudot. Des chiffres loin d’être représentatifs de l’ensemble du corps électoral. En 2014, l’actuel maire de Lyon avait recueilli, au premier tour, 36% des voix, les écologistes 9%, la droite 30% et l’extrême-droite 12%. Même distorsion quand OpinionWay interroge ses sondés sur leurs choix au premier tour de la dernière présidentielle : 36% répondent Emmanuel Macron (son vrai score était, à Lyon, de 24% des inscrits) et 10% François Fillon (au lieu de 19%).

Résultat, OpinionWay se sent ensuite obligé de tirer vers le bas les scores des candidats LREM et EELV. 25% des 404 personnes ont déclaré vouloir voter pour Grégory Doucet, mais c’est le chiffre de 21% qui est publié. Alors qu’en chiffres bruts, 18% déclarent voter pour les listes de Fouziya Bouzerda (l’adjoint au maire de Lyon Yann Cucherat a été préféré à la présidente du Sytral, un temps pressentie pour conduire les listes municipales pour le camp de Gérard Collomb) et 17% pour Etienne Blanc, le sondage publié inverse l’ordre d’arrivée : la première se retrouve à 15%, le second à 19%.

Rebelote dans le dernier sondage en date, celui de l’Ifop pour Lyon Capitale et Sud Radio. Les électeurs sondés déclarent presque deux fois trop souvent avoir voté pour Gérard Collomb ou pour l’écologiste Etienne Tête au premier tour des municipales 2014 par rapport aux résultats de ce scrutin. Alors que les votes pour les listes de droite et du FN sont fortement sous déclarés. Signe que le besoin de « redressements » est lié à l’absence de panels, ces écarts avec la réalité ne se retrouvent pas dans le sondage du même institut réalisé pour Le Journal du dimanche et Sud Radio sur l’élection municipale parisienne.

Pierre Januel