L'hôtel de ville de Villeurbanne. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Villeurbanne : Bruno Bonnell déboule, les macronistes s’écharpent

A deux mois des élections municipales et métropolitaines, la cacophonie s’installe parmi les macronistes de Villeurbanne. Le député LREM Bruno Bonnell a annoncé mercredi qu’il formait un ticket, pour les deux scrutins, avec la conseillère municipale Emmanuelle Haziza qui vient de claquer la porte de son parti Les Républicains. Bruno Bonnell mènera la campagne pour le Grand Lyon dans la circonscription de Villeurbanne, secondé par sa nouvelle amie, tandis qu’Emmanuelle Haziza tentera de ravir la commune au Parti socialiste et à ses alliés, qui y règnent depuis 70 ans, avec en colistier le parlementaire.

Des listes « sans étiquette », ont précisé les deux prétendants. Et pour cause : le parti présidentiel a déjà investi, à l’automne, Prosper Kabalo, actuellement Premier adjoint du maire Jean-Paul Bret, pour conduire la campagne municipale. Une dissidence ? « Absolument pas », estime Bruno Bonnell qui assure avoir « la plus grande bienveillance » pour le candidat désigné par son parti… tout en faisant campagne face à lui. « Je ne suis pas le Villani de Villeurbanne », résume-t-il sur France info, en référence à la candidature dissidente de son collègue député LREM Cédric Villani, à Paris.

Tentative de conciliation de LREM à Paris

Cette alliance fait suite à une série de rebondissements. La semaine dernière, Emmanuelle Haziza avait annoncé qu’elle quittait Les Républicains, dénonçant l’investiture de têtes de listes 100% masculines dans les 14 circonscriptions de la Métropole par le chef de file de la droite François-Noël Buffet [lire dans L'Oeil : Grand Lyon : François Noël Buffet, candidat de la testostérone]. Dans la foulée, le candidat LR aux municipales Marc Attalah a jeté l’éponge, laissant, pour l'instant, son parti sans représentant dans la bataille de Villeurbanne.

Pris de court, Prosper Kabalo a réagi jeudi en déclarant lui aussi sa candidature comme tête de liste locale pour l’élection métropolitaine. Résultat : deux équipes issues de La République en marche s’affronteront à la fois pour l’hôtel de ville et dans le cadre de l'élection métropolitaine. La commission nationale d’investiture (CNI) de LREM n’a pas encore choisi de candidat pour cette circonscription de Villeurbanne. Elle doit se prononcer lundi. Mais rien n'indique qu'elle réussisse à mettre fin à la pagaille...

Mardi, une tentative de conciliation a été organisée à Paris, à côté du palais Bourbon, par la direction d’En Marche, en présence de Stanislas Guérini, le délégué général du parti, et du lyonnais Jean-Marie Girier, ancien collaborateur de Gérard Collomb aujourd’hui directeur de cabinet du président de l’Assemblée nationale. « Bonnell est arrivé en freestyle, en disant qu’il ne voulait plus de l’investiture du parti pour les métropolitaines », relate un membre de l’équipe Kabalo. Sollicité par Mediacités, Stanislas Guérini n’a pas donné suite. Un autre membre de la CNI contacté n’a pas souhaité commenter la situation.

Désaccords de fond ou opportunisme politique ?

Sans attendre la décision de LREM, Bruno Bonnell confirme à Mediacités qu’il maintiendra sa candidature métropolitaine, sans le soutien de LREM mais éventuellement avec l’investiture du Parti radical de gauche, dont il est vice-président. « Incompréhension », lâche-t-on dans l'entourage de Prosper Kabalo. « Nous lui avons proposé d’être troisième sur notre liste métropolitaine, il n’a pas accepté », fait savoir Didier Vullierme, directeur de campagne. L’ancien adjoint socialiste de Villeurbanne déplore « une aventure personnelle ». « Ce n’est pas une différence politique de fond. Son seul programme, c’est lui-même », tacle-t-il.

Au contraire, réplique le député LREM, sa candidature en tandem avec Emmanuelle Haziza s’explique par « un désaccord fondamental » sur le rôle des élections métropolitaines, organisées pour la première fois cette année : « Pour moi, il faut que les conseillers métropolitains soient distincts des conseillers municipaux. C’est un territoire nouveau, les élus doivent être spécialisés ». Une analyse opposée à celle de Prosper Kabalo, qui défend l’idée « deux scrutins, une liste », en estimant que les élus de la municipalité doivent être en mesure de défendre leurs dossiers au Grand Lyon.

La déconfiture des Républicains laisse un boulevard à Bruno Bonnell et ses alliés, qui reprennent à leur compte le discours sur « la sécurité, l’incivilité et la propreté » porté habituellement par la droite. « Si parler de sécurité c’est être de droite, ce serait caricatural », se défend le parlementaire.

Bonnell roule pour Collomb ? 

Comment se situent les deux nouveaux frères ennemis de la Macronie dans le duel métropolitain entre Gérard Collomb et David Kimelfeld ? Prosper Kabalo revendique « la neutralité ». Dans les faits, le candidat a reçu le soutien du président sortant du Grand Lyon qui a retiré la candidature de Mahrez Benhadj, présenté (temporairement donc) sur la circonscription de Villeurbanne. « Prosper Kabalo ne s’était pas encore déclaré pour la Métrople. Nous étions déjà sur sa liste municipale. Maintenant qu’il l’a fait, c’est naturel de le rejoindre », justifie Mahrez Benhadj, président du centre social de Croix-Luizet. Il voit en Bruno Bonnell « un dissident » et un « opportuniste ». « Il s’allie avec LR, et lance un appel à candidature pour compléter ses listes. Ce n’est pas sérieux », fustige-t-il. « Il aurait mieux fait d’exister par son mandat de député », lance-t-il, en faisant allusion à la faible présence du député dans sa circonscription depuis 2017 [lire notre enquête : « Bruno Bonnell, député invisible (sauf à la télé) »]. 

A l’inverse, Gérard Collomb ne voit pas d'un mauvais œil l'irruption de son vieil ami Bruno Bonnell dans les élections locales. Lors de ses vœux à la presse, mercredi dernier, le maire de Lyon a ainsi laissé entendre que le député pouvait avoir le soutien du président de la République. « Si Bruno Bonnell part [dans la course], c’est pour la bonne cause et peut-être avec l’assentiment d’Emmanuel Macron », a glissé le baron. En attendant, Bruno Bonnell évite de froisser l’un ou l’autre des prétendants au trône de la Métropole. L’Anneau des Sciences défendu par Gérard Collomb ? « Je suis pour », affirme-t-il. Le projet de « reconquête des fleuves » de David Kimelfeld ? « Brillant », lance-t-il.

Pour les deux candidats marcheurs, la question Collomb/Kimelfeld pourrait bien n'être tranchée qu'au « troisième tour », c’est-à-dire après les élections, lors de la désignation du président du Grand Lyon par l'assemblée élue. Quitte à ce que les partisans de l’un ou l’autre mettent leurs préférences de côté. « Ça dépendra de ce qu’on pourra négocier dans l’intérêt de Villeurbanne », précise Mahrez Benhadj. Et tant pis si les électeurs ne s’y retrouvent pas...

« Villeurbanne ne doit pas être un totem. C’est pas Koh Lantah ici ! »

Reste encore à remporter les élections. Et la partie est loin d’être jouée pour LREM face à EELV menée par Béatrice Vessiller et à une union de la gauche (PS, PCF, Génération.s, Place Publique et des Insoumis) en rangs derrière Cédric Van Styvendael. Bruno Bonnell ne s’y trompe pas : « Mon vrai adversaire, ce n’est pas Prosper Kabalo, c’est le projet de la gauche et le projet écologiste qui veulent faire reculer Villeurbanne de 40 ans ». « Villeurbanne ne doit pas être un totem. C’est pas Koh Lantah ici ! », lance le député, alors que le PS fait de la ville un étendard national à conserver à tout prix.

« Un Tartuffe », raille Cédric Van Styvendael à propos de son nouvel adversaire. « On pourrait s’en amuser si cela n’avait pas un impact aussi désastreux sur la crédibilité des responsables politiques, alors que la défiance est déjà importante », estime-t-il. Pour le chef de file des socialistes, le fait que la liste sera conduite par une ancienne LR, Emmanuelle Haziza, permet en revanche de « clarifier l’offre politique », même s’il craint qu’une partie de l’électorat de droite choisisse de se tourner vers le Rassemblement national. Au dernières élections européennes, le parti d’extrême-droite a gagné 14,5% des suffrages villeurbannais, terminant à la troisième place.

Mathieu Périsse

Mathieu Périsse
Mathieu Périsse collabore avec Mediacités Lyon depuis juin 2017, convaincu de la nécessité d’une information locale indépendante et percutante. Lyonnais de naissance, il a d’abord travaillé pour la radio (Radio France, RTS), notamment lors de reportages longs-formats à l’étranger (Afghanistan, Biélorussie, Chypre, Burkina Faso…). Membre du collectif de journalistes We Report, il écrit régulièrement pour Mediapart, journal pour lequel il a enquêté pendant un an sur la pédophilie dans l’Eglise catholique (également en lien avec Cash Investigation).

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