Le site de l'usine ACI à Villeurbanne, que pourrait traverser le tram T6. Photo : Hervé Pupier.

Tram T6 à Villeurbanne : l’usine Renault, épine dans le pied du Grand Lyon

Renault perturbera-t-il les plans du Sytral ? Dans le dossier du tram T6, le syndicat des transports en commun de l’agglomération lyonnaise lorgne, à Villeurbanne, un vaste tènement occupé par la société Auto chassis international (ACI), filiale à 100% de la marque au losange. Cet emplacement de cinq hectares, devenu hautement stratégique depuis qu’un des tracés possibles de la future ligne le traverse, fait l’objet d’un bras de fer feutré entre l’industriel et la Métropole de Lyon.

Inauguré à la fin de l’année 2019, le T6, qui circule entre le 7e arrondissement (station Debourg) et Bron (station Hôpitaux Est), est appelé à rejoindre le campus de la Doua via le centre de Villeurbanne d’ici à 2026. Une concertation publique (du 15 mars au 12 avril) vient d’avoir lieu sur ce prolongement de 5,6 kilomètres. Son bilan est promis pour la première quinzaine de juin, suivi d’une communication du Sytral qui tranchera entre les itinéraires étudiés.

Rouge contre vert

Deux tracés, identiques sur les deux tiers du parcours, sont en lice. Le premier, en rouge sur les documents officiels [voir le plan ci-dessous], dessert la future extension des Gratte-Ciel Nord, entre le cours Emile Zola et la rue Francis de Pressensé. 900 logements doivent sortir de terre dans cette Zone d’aménagement concerté. Le second, en vert, passe par l’hôtel de ville et le Théâtre national populaire (TNP), avant de s’écarter de l’hypercentre pour rejoindre, un peu plus à l’est, Château-Gaillard et Croix-Luizet. Plus onéreux à cause de diverses contraintes techniques, son surcoût est estimé à 7,5 millions, alors que « le budget global » du prolongement du T6 est annoncé par le Sytral autour de 140 millions d’euros.

TracesT6

Entre les deux, le rouge tient la corde. Il a les faveurs de Cédric Van Styvendael, le maire PS de Villeurbanne. Dans sa version idéale, ce tracé traverse en diagonale le site d’ACI. Une formalité sur le papier : l’usine qui comptait plus d’un millier de salariés il y a vingt ans devrait avoir quitté Villeurbanne en 2022. Elle a amorcé, l’été dernier, un déménagement progressif dans un nouveau bâtiment à Meyzieu. De source syndicale, 60 à 80 personnes y seront employées, à partir de 2023, pour développer des activités dites de « tooling » (outillage industriel). Sauf que…        

Déménagement à 18 millions d’euros

Faire passer le tramway par ce terrain idéalement situé entre les Gratte-Ciel et la Doua suppose son acquisition par la Métropole. D’autant qu’un parc urbain, de part et d’autre des rails du T6, est également dans les cartons des collectivités. L’ancien président du Grand Lyon David Kimelfeld avait évoqué la question, en 2019, à l’occasion d’une rencontre avec un dirigeant de Renault.  Depuis l’été dernier, son successeur Bruno Bernard (EELV) - également à la tête du Sytral - et sa vice-présidente chargée de l’urbanisme Béatrice Vessiller (EELV), par ailleurs élue villeurbannaise, ont pris le relais. Mais les deux parties semblent encore loin d’un accord.

Le constructeur automobile, qui n’a pas donné suite aux sollicitations de Mediacités, a intégré le fruit de la cession de ses cinq hectares dans l’équation économique de son déménagement à Meyzieu. Celui-ci lui coûte 18 millions d’euros. Autrement dit, Renault compte retirer une coquette somme de la vente de son terrain. Le montant espéré reste confidentiel mais il n’aurait rien du « juste prix » aux yeux de l’exécutif métropolitain. Un ex-élu de Villeurbanne tacle les candidats aux municipales de 2020 qui ont rivalisé de propositions sur le site d’ACI : « Faire campagne en annonçant ses projets sur un terrain qu’on ne possède pas est le meilleur moyen d’inciter le propriétaire à faire grimper les enchères ! »

UsineACI-TramT6
L'usine ACI, à Villeurbanne. Photo : H.Pupier.

De fait, Renault n’a aucun intérêt à se précipiter. D’aucuns prêtent à l’industriel l’intention de faire lanterner les Verts du Grand Lyon jusqu’à ce qu’une future majorité se montre disposée à modifier le Plan local d’urbanisme et de l’habitat (PLU-H) afin de permettre la construction de logements ou de bureaux sur ses 5 hectares… Mais Bruno Bernard et Cédric Van Styvendael ont la ferme intention d’inaugurer le T6 nord d’ici à la fin de leurs mandats en 2026.

La double-baïonnette

Aussi, afin d’éviter d’être tributaire du bon vouloir de Renault, si le tracé rouge est bien retenu, un itinéraire bis est prévu. Il contournerait l’usine ACI, via les rues Perroncel et Yvonne, avec à la clé une « baïonnette » (deux changements de direction alternés et rapprochés, un tourne à gauche suivi d’un tourne à droite). Problème : cette solution « ralentirait le tramway », soulignent les partisans du tracé vert.

Ce serait un point noir supplémentaire, dans un secteur déjà complexe puisqu’une autre baïonnette sera nécessaire à hauteur de l’avenue Salengro, moins de 300 mètres plus loin. Yves Gascoin, membre de l’association Droits du piéton, met en garde sur son caractère « dommageable » : elle « réduira fortement la vitesse du T6 mais aussi celle des lignes de bus qui empruntent cette rare voie structurante Est-Ouest ». « Sans compter que le ralentissement des rames de tramway impactera le trafic routier », ajoute-t-il. Le coup de la double-baïonnette sera-t-il fatal au tracé rouge au profit du vert ? Réponse dans quelques semaines.

Cet article concerne la promesse :
« Investir 3 milliards d’euros dans le développement des transports en commun »
Voir toutes les promesses

Précédemment dans l'Oeil

Vélo : le « REV » promis à Vaulx-en-Velin et Saint-Fons… mais pas pour tout de suite

Ce 4 juin, la majorité écologiste a dévoilé le tracé de la première ligne du « Réseau express vélo ».

Anne Sylvestre, Anna et Clara, Denise Vernay… Lyon féminise son espace public par petites touches

Après une esplanade dans le 3e arrondissement, une école et des locaux associatifs honoreront des femmes dans le 8e arrondissement.