L'aéroport Lyon Saint-Exupéry. Image : Google Earth.

Lyon Saint-Exupéry : malgré une année 2020 catastrophique, Vinci réclame des millions d’euros de dividendes à l’aéroport

Vinci avait annoncé la couleur en avril dernier : crise ou pas, le groupe verserait des dividendes à ses actionnaires sur l'exercice 2020. Et qu’importe s'il a largement bénéficié des aides publiques débloquées pour faire face à la pandémie, notamment pour son activité ultra-rentable d'exploitant d'autoroutes [lire notre précédente enquête sur Mediacités]. Plus surprenant, ses filiales aéroportuaires sont elles aussi sommées de mettre la main à la poche, alors que leur activité s’est effondrée l’an passé et qu’elles affichent des résultats déficitaires.

D’après le procès-verbal confidentiel d’un comité d'audit de la société Aéroports de Lyon (ADL), que Mediacités s'est procuré, Vinci Airports a proposé à sa filiale « de procéder au versement de dividendes à hauteur de 7,4 millions d’euros par prélèvement sur les réserves distribuables » [voir l’extrait du procès-verbal ci-dessous]. En d’autres termes : malgré le contexte économique, le géant du BTP souhaite continuer à puiser dans les réserves financières de l’aéroport qu’il gère depuis 2016.

Capture écran PV Comité daudit de Aéroports de Lyon – 28 juin 2021
Extrait du procès-verbal du comité d'audit. Document Mediacités.

Selon Rémi Maumon de Longevialle, directeur administratif et financier de Vinci Airports, « le niveau de trésorerie [48,9 millions d'euros fin 2020] autoriserait une distribution ». Aux 7,4 millions d’euros ponctionnés, il convient toutefois d’ajouter un déficit, pour l'année 2020, de 21,3 millions d'euros. Au final, une fois les dividendes prélevés, ADL ne conserverait que 20 millions d'euros en caisse, alors même que la crise sanitaire continue de perturber le trafic aérien.

4 millions d'euros d'aides publiques

La demande de Vinci Airports a passablement irrité les élus du personnel de l’aéroport lyonnais, comme en témoignent des documents auxquels Mediacités a eu accès. Lors d’un conseil de surveillance, le 6 juillet, devant les autres actionnaires d’ADL (dont le Grand Lyon, représenté par la vice-présidente Émeline Baume, et la région Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par le conseiller délégué aux transports Paul Vidal), ils ont rappelé les efforts consentis par les salariés pour faire face à la crise, soit sept millions d'euros d'économies.

Quatre millions d'euros correspondent aux aides publiques touchées pour financer le chômage partiel des agents de Saint-Exupéry et trois millions d'euros sont imputables à la baisse des effectifs. Fin 2020, l’exploitant compte 392 emplois à temps plein, contre 422 fin 2019 et 520 en 2016, année de la privatisation de l’aéroport au profit de Vinci. Et la cure d'amaigrissement n'est pas finie. Vinci Airports souhaite ne garder à terme que 280 emplois sur son site lyonnais, soit supprimer encore 30% des postes, comme l’a exposé Tanguy Bertolus, directeur d’ADL, aux actionnaires.

« Les sous-effectifs [...], le mal-être qui grandit au sein d’une majorité de salariés, les mécontentements vont très certainement désorganiser rapidement notre aéroport et nuire fortement à |sa] réputation de sérieux », ont déploré, en conseil de surveillance, les représentants des salariés.

Rideau de fumée

Qu’en pensent la Région et la Métropole, actionnaires minoritaires d’ADL ? Contactée, la première ne nous a pas répondu, quand, du côté du Grand Lyon, les réactions interrogent. Dans un premier temps, en off, une source qui suit le dossier de l’aéroport pour la collectivité nous a affirmé que la question du versement de dividendes avait été retirée de l'ordre du jour du conseil de surveillance du 6 juillet. D’après nos informations, la demande de Vinci n'avait pas été débattue ce jour-là mais reportée au prochain conseil car « le Grand Lyon et la Région n'étaient pas présents en comité d'audit », selon une source interne. Ce que le procès-verbal du comité d'audit confirme.

Cependant, lundi 12 juillet , le service presse du Grand Lyon nous a adressé par mail cette réponse : « Les actionnaires ont décidé d’un commun accord, au conseil de surveillance du 6 juillet dernier et sur proposition du consortium (Vinci Airports, Caisse des dépôts, Crédit agricole assurances), de ne pas procéder au versement de dividendes au titre de l’année 2020. » Deux heures plus tard, très précisément, nous recevions, mot pour mot, la même réponse de la part de la responsable communication d’ADL, pour Vinci Airports. C'est ce qui s'appelle un travail d'équipe…

Ce rideau de fumée ne change toutefois rien aux intentions exposées par Rémi Maumon de Longevialle lors de la réunion. Reste à attendre le prochain conseil de surveillance de l’aéroport, courant septembre, pour savoir si la question des dividendes revient sur le tapis.


Retrouvez toutes nos enquêtes sur la gestion de l’aéroport Saint-Exupéry par Vinci sur notre page spéciale :

https://www.mediacites.fr/lyon/laeroport-lyon-saint-exupery-au-regime-vinci/

 

Isabelle Jarjaille
Journaliste indépendante​ depuis 2011​, j'enquête sur la gestion des services publics par le privé et son impact sur les finances publiques.​ ​Mon livre enquête "Services publics délégués au privé, à qui profite le deal ?" est sorti le 27 mars 2018​. ​Je suis également en charge du cours Techniques d'enquête en licence Info Com à l'IUT de Lannion et je porte un projet d'éducation aux médias dans deux lycées agricoles. Je suis membre du bureau du Club de la presse de Bretagne, pour promouvoir les médias et ceux qui les font au quotidien : les journalistes, notamment les pigistes.

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