Élections municipales à Nantes : une fin de campagne à l’économie

A Nantes, comme dans toutes les villes où le second tour des Municipales doit avoir lieu dimanche, la campagne s’achèvera samedi à minuit. Mais à bien regarder l’organisation interne des équipes des trois candidates encore en lice, on en viendrait presque à penser que cette campagne s’est achevée il y a trois mois, le 17 mars, au début du confinement.

Premier signe à sauter aux yeux : la fermeture de tous les QG de campagne. Des quatre candidates qualifiées pour le second tour, aucune n’a conservé son local, ce centre névralgique où se réunissent généralement états-majors et militants et où se préparent les actions de terrain. Les contrats de location avaient été signés avec une échéance au 22 mars, date prévue du second tour avant que ne survienne la crise sanitaire.

Toutes les candidates ont fait le choix de ne pas prolonger des locations parfois fort onéreuses. Comme nous l’avions détaillé dans une précédente enquête sur l’argent des candidates, celui de Johanna Rolland, installé dans les anciens locaux de la Cantine numérique à Nantes, lui a coûté au total 19 000 euros. Il n’a pas encore retrouvé de locataire. Situé face à la mairie, celui de Laurence Garnier reste tout aussi vide. Une différence cependant : les affiches de la candidates sont restées en l’état avec, on l'imagine, l’autorisation du propriétaire.

LGlocal
Si le local de campagne de Laurence Garnier, à Nantes, est désormais vide, les affiches sont restées en façade. / Photo : Antony Torzec

Vide aussi le petit local où s’était installée la marcheuse Valérie Oppelt, dans le quartier Graslin. Son équipe de campagne loge désormais dans un bureau proche de la gare. Enfin, du côté de la candidate écolo, Julie Laernoes, la transition a été particulièrement rapide. L’ancienne boutique qu’elle occupait à deux pas de l’hôtel de ville est revenue à sa condition d’origine et a déjà été transformée en magasin de décoration. (voir photo)

QG Laernoes
L'ancien QG de campagne de Julie Laernoes désormais transformé en boutique de déco. / Photo : Antony Torzec

Fin de contrat pour les salariés des campagnes

Il faut dire que les équipes de campagne n’avaient plus grand monde à loger dans ces espaces. Et pour cause : ces dernières semaines, les réunions s’effectuaient pour l’essentiel par vidéo. Quant aux quelques salariés embauchés pour la campagne, leur contrat a généralement pris fin le 22 mars au soir. Et, malgré cet entre-deux tours exceptionnellement long, personne n’a fait le choix de renouveler leurs contrats.

Conséquence : ces chevilles ouvrières de la campagne sont devenues bénévoles. Quand on aime, on ne compte pas. Ou plutôt, quand on est déjà salarié ou agent de la candidate, on pense « retour sur investissement ». Ainsi, pendant le confinement, la directrice de campagne de Johanna Rolland, Marianne Thiéry-Sène, a repris son poste de directrice de cabinet à la mairie Nantes, où le travail ne manquait pas pour organiser les services publics.

Depuis l’annonce de la date du second tour, elle « assure bénévolement et sur son temps personnel » le suivi de la campagne de Johanna Rolland. Situation quasi similaire pour la directrice de campagne de Valérie Oppelt, Laëtitia Calmont. Mutée dans l’équipe de campagne jusqu’au confinement, sa collaboratrice parlementaire a repris sa mission première. Tout en continuant de jouer son rôle de directrice de campagne. Mais « sur ses jours de vacances », assure-t-elle. De fait, les réponses à nos questions sur ce mélange de genre sont toujours soigneusement pesées et étudiées. Et pour cause : il ne faudrait pas tomber sous le coup de la loi sur le financement des campagnes électorales, qui stipule qu’un collaborateur de cabinet ne peut soutenir un élu sur son temps de travail.

Pas d’inquiétude de ce type à droite, où c’est Marc Renaume qui assume désormais la direction de la campagne de Laurence Garnier. Bénévole depuis le début de la campagne, celui qui occupe la deuxième position de la liste LR le reste. « Coordinatrice de campagne » et salariée depuis le début, Pauline Dufoucq a en revanche quitté le navire. « Pour des raisons personnelles », explique Marc Reneaume. Ce que n’infirme ni ne confirme l’intéressée.

Une fin de campagne sans QG, sans salariés, sans meetings et quasiment sans tractage… Voilà donc comment s’achèvent ces municipales pas comme les autres. Une bonne nouvelle pour les comptes de campagne, sans doute. Mais quid du débat public et de la participation ? Les quelques évènements organisés sur les réseaux sociaux suffiront-ils à mobiliser les – nombreux – abstentionnistes du premier tour ? Réponse dans un peu plus d’une semaine.

Antony Torzec

==> Lire aussi : D'où vient l'argent des candidates et comment elles le dépensent.

https://www.mediacites.fr/enquete/nantes/2020/02/20/municipales-dou-vient-largent-des-candidates-et-comment-elles-le-depensent/

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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).

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