Johanna Rolland, entourée de Fabrice Roussel (à gauche sur la photo) et de Bertrand Affillé (à droite). / Photo : Thibault Dumas

Nantes Métropole : Johanna Rolland et les socialistes gardent le contrôle

Les mots changent mais qu’en sera t-il des actes ? Dans son discours d’investiture, Johanna Rolland, plutôt mieux réélue qu’attendu (72 pour, 22 contre et 5 abstentions), affirme vouloir « tracer le chemin d’une autre Métropole ». « Nos politiques, aussi ambitieuse soient-elles, doivent être à la hauteur des regards de nos concitoyens, affirme la maire de Nantes lors du premier conseil communautaire du mandat, ce vendredi 10 juillet. Il n’y a pas d’un coté une Métropole urbaine et de l’autre rurale. Je crois à l’alliance des territoires , notamment au sein du pôle Nantes-Saint-Nazaire et avec la création d’une conférence des intercommunalités. »      

« Une autre Métropole », d’accord, mais avec les mêmes aux commandes. En l’occurrence, les grognards Fabrice Roussel et Bertrand Affilé, maires (PS) réélus à La Chapelle-sur-Erdre et à Saint-Herblain, qui voient leurs portefeuilles de la mandature précédente n’évoluer qu’à la marge. Soit d’un côté une première vice-présidence à l’économie, l’enseignement supérieur et la recherche, qui pèse pour 9,2% du budget communautaire 2020 (128 millions d’euros sur 1,3 milliard). Et de l’autre une deuxième vice-présidence chargée des « stratégies de mobilité » et des « déplacements », qui représente – et de loin – le premier poste de dépenses de la Métropole, avec 287,9 millions d’euros annuels soit 20,9% du budget. Un budget sur lequel l’inamovible Pascal Bolo continuera, lui aussi, de veiller jalousement.

Un quart des vice-présidences pour les écolos

Alors, qu’est-ce qui change dans cette « autre Métropole » ? Principalement la place des écologistes, qui héritent de cinq délégations d’importance et auront ainsi la main sur des dossiers cruciaux. Plus que lors de la mandature précédente, en tout cas, et plus qu’au conseil municipal nantais. « On a coutume de dire que la Ville c’est le soft power et la Métropole le hard power. Nous avons ici des politiques publics qui pèsent plus en termes de collaboration entre les services publics et de nombre d’agents », glisse ainsi leur cheffe de file, Julie Laernoës. Elle-même a désormais la charge du climat, des transitions énergétiques, de l’agriculture, de la résilience, etc. Soit l’équivalent de trois vice-présidences lors du mandat précédent. Que pèsent financièrement ces multiples casquettes ? « Cela reste difficile à dire, mais sans doute moins que d’autres » reconnaît cependant l’ancienne tête de liste « Nantes Ensemble ».

Mahel Coppey, vice-presidente EELV chargee des dechets (c) Thibault Dumas
Mahel Coppey, vice-présidente (EELV) de Nantes Métropole, chargée des déchets / Photo : Thibault Dumas

De son côté, une autre vice-présidente EELV dispose d’une idée plus précise de ses ressources. A la barre du paquebot des déchets, mais aussi de l’économie circulaire et de l’économie sociale et solidaire, Mahel Coppey aura la responsabilité de près de 80 millions d’euros de budget et d’environ 300 agents. Dans le panier vert également, dont le groupe devrait compter une bonne vingtaine de membres (contre 13 jusqu’ici) : les mobilités douces (Nicolas Martin) soit une politique vélo à regonfler ou encore le logement social et le droit au logement (François Prochasson).

Logique partisane ou/et de territoire ?

Les trois noms cités ci-dessus permettent de s’en faire une petite idée : Nantes est surreprésentée dans l’exécutif communautaire . Au total, les élus de la ville centre occupent onze des vingt vice-présidences métropolitaines. Et « seulement 9 des 24 communes y ont droit au chapître dont pas une seule n’est dirigée par la minorité, déplore Julien Bainvel, élu LR de Nantes. Pour nous une Métropole moderne, c’est une Métropole qui s’appuie sur les 24 communes ». Un point qui contrarie également la nouvelle conseillère communautaire, Sarah El Haïry : « Nous regrettons que les vice-présidences ne soient portées plus par des maires. C’est plutôt une famille ou une couleur qui ont été récompensés. Le principe de l’EPCI est évidemment de travailler ensemble. Nous avons le sentiment d’un espoir déçu entre votre discours et cette équipe », juge la députée Modem de Loire-Atlantique. « Vous pouviez changer la loi et le mode d’élection de la Métropole (à l’Assemblée nationale, NDLR) mais vous ne l’avez pas fait. Il faut garder les deux piliers, la clarté du projet politique d’un côté et travailler avec tous les maires de l’autre » lui rétorque Fabrice Roussel, président du groupe socialiste (SRRD).      

Car dans un savant numéro d’équilibriste entre nuances politiques et territoriales , des nouveaux venus de la gauche sont aussi récompensés dans l’équipe Rolland II. Pierre Quénéa, ex-PS, nouvel adjoint au maire Rezé citoyenne, prend ainsi la charge de la politique de la ville comme troisième vice-président. Cocasse alors que la nouvelle équipe de Rezé citoyenne (gauche), qui devrait créer son propre « Groupe citoyen », a martelé son envie « d’un moratoire sur les grands projets métropolitains » ainsi qu’une « révision du Plum (plan local d’urbanisme métropolitain) pour la partie rezéenne ». Pour Pierre Quénéa « cela veut dire que Rezé va avoir une parole libre qui ne va pas s’insérer dans une logique partisane mais de territoire. On va construire différemment pour la population » lance t-il.      

Le nouveau conseil metropolitain de Nantes Metropole (c) Thibault Dumas
Le nouveau conseil métropolitain de Nantes Métropole. / Photo : Thibault Dumas.

Une logique de « corporatisme territorial » pleinement à l’œuvre du côté de Jean-Sébastien Guitton, premier maire vert (non encarté EELV) de l’agglomération, à Orvault. Celui qui siégera quand même avec le groupe écologiste a obtenu la quatrième vice-présidence en charge du cycle de l’eau de la biodiversité. Il se félicite surtout de l’assurance donnée par Johanna Rolland qu’elle respectera son opposition au contournement routier d’Orvault. « La Métropole n’ira pas contre la volonté d’une équipe municipale. Il n’y a pas de sens à ce qu’elle impose un projet » a (r)assuré la présidente de Nantes Métropole en séance. Il y a 9 mois à peine, le conseil métropolitain qu’elle dirigeait avait pourtant alloué une enveloppe de 30 millions d’euros au projet. « Ça va vite mais c’était attendu. Nous avions discuté auparavant » glisse modestement Jean-Sébastien Guitton. Quitte à se dédire par rapport au premier, le deuxième mandat de Johanna Rolland a bel et bien débuté.

Thibault Dumas

==> La liste complète du nouvel exécutif métropolitain :

Nouvel éxecutif du Conseil métropolitain

==> Lire ou relire aussi :

https://www.mediacites.fr/decryptage/nantes/2020/07/09/derriere-la-reelection-de-johanna-rolland-ce-qui-va-changer-a-nantes-metropole/

Deux absents pour une première

Nième épisode de la guerre des gauches à Rezé ? Le seul absent non-excusé de ce conseil métropolitain d’installation était… l’ex-maire rezéen PS Gérard Allard. La députée macroniste Valérie Oppelt avait, quant à elle, délégué son droit de vote pour « suspicion de Covid-19 ».

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.

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