La mairie de Treillières, en Loire-Atlantique. / © Photo : Guillaume Frouin

Treillières : grosse alerte sur les finances de la commune

Débat houleux à la mairie de Treillières. Plombé par plusieurs dossiers (rachat des terrains de la jardinerie Gamm'vert, remise en état de la décharge illégale du Bossin), l'endettement de la commune du nord de Nantes vire au rouge.

Ce lundi soir, 15 mars 2021, le conseil municipal de Treillières, au nord de Nantes, va se pencher sur les grandes orientations budgétaires de la commune pour les années à venir (Lire la mise à jour du 16 mars, après le conseil en fin d'article). Et elles ne sont pas réjouissantes. Dans le document distribué aux élus en amont de leur réunion, on apprend notamment que la capacité de désendettement de la commune va dépasser à compter de 2024 le « seuil d’alerte » habituellement arrêté par les services de l’État.

« La capacité de désendettement (…) représente le nombre d’années que mettrait la commune à rembourser sa dette si elle consacrait l’intégralité de son épargne dégagée sur sa section de fonctionnement à cet effet », est-il expliqué aux conseillers municipaux de Treillières. « Un seuil d’alerte est fixé à 12 ans, durée de vie moyenne d’un investissement avant que celui-ci ne nécessite de nouveaux travaux de réhabilitation. Si la capacité de désendettement de la commune est supérieure à ce seuil, cela veut dire qu’elle devrait de nouveau emprunter pour réhabiliter un équipement sur lequel elle n’a toujours pas fini de rembourser sa dette. Un cercle négatif se formerait alors (…) ». Or, selon ce document, en l’état actuel des choses le « seuil d’insolvabilité » de 15 ans serait même dépassé pour les années 2025 et 2026.

Orientation_budg_Treillieres

Décharge, jardinerie... les erreurs de la mairie pèsent sur les finances communales

Dans le Programme pluriannuel d’investissements (PPI) des cinq prochaines années, deux dossiers pèsent particulièrement lourd sur les finances communales. Comme Mediacités le révélait fin janvier 2021, la commune de 10 000 habitants doit notamment provisionner 780 000 euros pour le rachat de la jardinerie Gamm’Vert, sur laquelle elle s’était positionnée. Avant de se rétracter, mais trop tard. En début d’année, le tribunal administratif de Nantes avait ainsi contraint la commune à honorer son engagement vis-à-vis de Terrena, propriétaire des lieux. Elle a fait appel de la décision, mais celui-ci n’est en rien suspensif.

Autre dossier qui pèse lourd : le « réaménagement » du terrain du Bossin, une ancienne carrière transformée pendant des années en décharge communale sans la moindre autorisation, comme Mediacités l'expliquait en mai 2020. Ce projet devrait coûter 740 000 euros aux contribuables locaux, sur les deux prochaines années. Pour la seule année 2022, ces deux dossiers représenteront à eux seuls 1,1 million d’euros sur les 3,6 millions d’euros que comptait investir la commune. Autant dire que les autres projets, et notamment ceux évoqués lors de la dernière campagne municipale, vont devoir être sérieusement revus à la baisse.

Choix budgétaires drastiques en prévision

L’équipe du maire Alain Royer va donc devoir faire des choix budgétaires drastiques si elle veut éviter, à terme, une « co-gestion » des finances communales avec la préfecture, voire une mise sous tutelle. Surtout que la Chambre régionale des comptes (CRC) des Pays de la Loire veille au grain : elle s’est penchée sur la situation de la commune après avoir été destinataire d’un signalement l’automne dernier, de la part des élus de l’opposition, dans l’affaire des notes de frais du maire.

Dans ce contexte, la démission récente de l’adjointe chargée de l’administration générale de la commune, Florence Cabresin, ne manque pas de surprendre. Celle qui avait succédé à Catherine Cadou l’automne dernier, après la fracassante démission de la première adjointe, pilotait le dossier sur ces grandes « orientations budgétaires ». Au moment de sa démission, Florence Calbresin expliquait ne plus avoir « la disponibilité nécessaire » pour assurer ses fonctions communales, suite à un changement d’ordre professionnel.

D'après nos informations, les tensions générées en interne sur le pilotage du budget communal auraient pu précipiter son départ. « Le motif professionnel de sa démission est réel, mais il ne sera effectif que dans un mois », note une source. Une façon de dire qu’elle n'a pas souhaité attendre le débat d’orientations budgétaires prévu ce lundi soir…

Mise à jour du 16 mars 2021 à 8h20 :
Comme prévu, le conseil municipal de Treillières qui s'est tenu au soir de la publication de cet article a donné lieu à des décisions douloureuses. Confrontée à une situation financière catastrophique, la majorité municipale d'Alain Royer a décidé d'annuler ou de reporter plusieurs projets d'investissements, parmi lesquels celui de la halle du marché, de la salle multifonctions, ou encore la réhabilitation du complexe sportif et la rénovation du château.


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