Falmarès, présentant ses deux premiers recueils de poèmes. / Photo : Facebook Falmarès

Six mois de répit pour Falmarès, jeune poète exilé menacé d’expulsion

Ode à mes frères migrants

Sur le tronc des cocotiers et des manguiers,
Sous le géant des géants baobabs d’Afrique,
Sous les bruits nocturnes, nos bruits noirs,
À l’appel du tam-tam mon corps musical.
Je chante !

Je chante, migrants, cœurs froids et doux,
Pour un raisin de paix éternelle.

Je chante avec mon tabalas bleu,
Un cola blanc dans le vallon de ma gorge,
Avec un coq livide sans taches d’encre,
Je chante dans la nuit solitaire
Comme un orphelin désolé !

Je chante l’exilé, exilé qui songe à un asile sûr
Ô l’hiver sous les toits de Paris
Où dormaient mes ancêtres tirailleurs sénégalais
Au grain de peau zélée non classique !

Hommes expatriés ! Hommes qui marchent
De souffrance en souffrance, de chagrin en chagrin,
De désert en désert, homme !
Hommes qui marchent du matin au soir,
Je vous chante pour un grain d’espoir, de vie,
Et de paix !

Migrants de tout voyage ! Migrants de tout lieu !
De toute béatitude ! de tout être !
Dans toutes les langues de la terre,
J’invoque le cœur des hommes.

Qu’il pardonne ces mains amères
Et brutales qui vous ont bastonné !
Qu’il fasse triompher l’amour plus fort que jamais !

Oh ! Frères et sœurs migrants,
Sur le tronc des cocotiers et manguiers,
Sous le géant des géants baobabs d’Afrique,
Sous les bruits nocturnes, nos bruits noirs,
À l’appel du tam-tam, mon corps musical.
Je chante !

Je chante, migrants, cœurs froids et doux.
Pour un raisin de paix éternelle,
Je chante !
Je vous chante, exilés !

Ô migrants, frères et sœurs migrants !
Si je ne vous chante
Qui donc vous chantera ?

Oui, qui donc les chantera si Mohamed Bangoura est expulsé ? Car voilà bien ce qui menace l’auteur de ce poème paru en 2020 aux éditions Les Mandarines . Le 23 avril dernier, Falmarès – son nom de plume – apprend dans un courrier de la préfecture de Loire-Atlantique qu’il dispose de 30 jours pour quitter le territoire français. Ses papiers, pourtant fournis par le consulat guinéen, son pays d’origine, ne sont pas en règle. Une décision « absurde » pour le jeune Nantais de 19 ans qui se dit « réfugié poétique » et qui, depuis son arrivée en France il y a quatre ans en provenance de Guinée, « a strictement suivi le droit chemin », comme l’écrit Sorj Chalandon, dans Le Canard Enchaîné du 28 avril.      

Un chemin terrible, épique, « de souffrance en souffrance, de chagrin en chagrin », similaire à celui qu’empruntent chaque année des milliers de jeunes exilés. Jusqu’à ce qu’il « tombe » dans l’écriture et la poésie, comme il l’expliquait ce week-end à Ouest-France. Un chemin qu’il continuait de tracer, préparant un bac pro tout en travaillant en alternance à la Semitan, l’opérateur de transports en commun nantais. Un chemin que décrit mieux que personne son éditeur, Armel Mandart, dans un message publié vendredi sur Facebook (lire ci-dessous).

Six mois de sursis

Malgré cela, ce chemin aurait pu se muer en cul de sac dès le 21 mai. C’était compter sans la mobilisation de milliers de soutiens. Dès l’annonce, des éditeurs, des écrivains, des journalistes, des politiques locaux et nationaux ainsi que des milliers d’anonymes s'échinaient à plaider sa cause auprès des pouvoirs publics. Mercredi 28 avril, à l’heure où nous écrivons ces lignes, la pétition demandant sa régularisation recueillait près de 5 500 signatures.

Entretemps, la préfecture de Loire-Atlantique annonçait lui accorder six mois supplémentaires pour faire authentifier ses actes d’état civil par le consulat guinéen et pouvoir défendre son dossier. Un premier pas et un sursis pour le poète Falmarès. C’est heureux. Mais six mois dont ne bénéficieront pas d’autres exilés. « Il y a d’autres Falmarès anonymes, confiait lundi à 20 Minutes Gaspard Norrito, le président de son comité de soutien. Nous demandons au préfet que les autres OQTF (Obligation de quitter le territoire français) décidées de façon injuste ces derniers temps soient également réexaminées. »

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

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