Les membres fondateurs de Nantes Université. / Photo : Thibault Dumas

Cette fois, le projet de grande université nantaise semble sur les rails

Ils sont venus, ils sont tous là… Cinq directeurs d’établissement, une présidente d’université et deux élues. Bref, une belle brochette de hauts pontes de l’enseignement supérieur nantais réunis, vendredi 11 juin, au dernier étage de la rutilante Halle 6 Ouest, sur l’île de Nantes pour annoncer une naissance prochaine : celle de la future grande université de Nantes, prévue – si tout va bien – le 1er janvier 2022. On connaît déjà son nom de baptême (d’une originalité folle) : Nantes Université.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la gestation a été longue et riche en rebondissements. Elle a peut-être connu ses derniers moments critiques du 25 mai au 10 juin dernier, quand les conseils d’administration des établissements concernés ont dû donner leur approbation au projet. Les votes positifs se sont enchaînés : Beaux-Arts (Esbansn), École d’architecture (Ensa Nantes), Université, Centrale Nantes, CHU, IRT Jules-Verne, plus l’approbation nationale de l’Inserm.

« On attendait tous ce moment depuis un certain temps. Avec une certaine impatience », euphémise Carine Bernault, présidente de l’Université de Nantes. « La réponse aux premiers appels à projets remonte à dix ans. À un moment, j’ai cru que c’était cuit » lâche, entre deux portes, le « doyen » Stéphane Cassereau, qui depuis 2001 a dirigé l’École des mines de Nantes avant de prendre la tête de l'IRT Jules Verne.

Complications en pagaille

Car des complications il y en a eu en masse, comme Mediacités s’en était fait l’écho. Les crises les plus graves sont venues de Centrale Nantes et de son ancien-directeur, le très contesté Arnaud Poitou. Entre 2017 et 2021, le conseil d’administration de l’établissement aura successivement voté pour, contre (2017), pour (2018), contre (2019) et pour (2021) le projet d’alliage labellisé I-Site, occasionnant au passage un crash que l’on pensait un temps définitif.

Mais la Nouvelle université nantaise (NUN), ou NExT version 1 (NExT pour "Nantes Excellence Trajectory"), qui devait naître initialement le 1er janvier 2020, pourrait donc voir le jour deux ans plus tard sous un nom à peine différent. Entre temps, Arnaud Poitou a pris la porte, écarté par ses propres administrateurs, et Olivier Laboux, l’ancien président de l’université a été mis à la retraite, après deux mandats. Tous deux largement rendus responsables de l’échec du projet.

En miroir, leurs successeurs, à la baguette de cette NExT version 2, sont encensés. Carine Bernault, proche d'Olivier Laboux, présidente depuis le 1er juillet 2020 ? « Motivante, apaisante et exemplaire alors que tout le monde la scrutait », note François Vallette, de l’Inserm. Jean-Baptiste Avriller, arrivé dans la foulée - et par surprise - à la direction de Centrale ? « C’est un polytechnicien très politique, qui gère très bien les conflits. Même s’il ne fait pas grand-chose en interne, le calme est revenu », signale un administrateur.

« Intégration » ou « fusion » ?

Au-delà de l’ambition de « créer une université de rang mondial », dixit Jean-Baptiste Avriller, l’université nantaise peut à nouveau caresser le rêve de bénéficier des 330 millions d’euros de subsides prévus par l’État sur dix ans. 30 millions d'euros (auxquels s’ajouteront 12 millions versés par les collectivités) seront débloqués dès la naissance actée. Pour y parvenir, restent néanmoins quelques obstacles à franchir.

D’abord celui des statuts, dont nous publions l’ébauche ci-dessous. Ils doivent être présentés au Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) le 6 juillet, puis à un jury international « dans les mois qui viennent ». Et ça peut encore coincer. Le ministère de l’Enseignement supérieur refuse, par exemple, d’y voir inscrit le terme « d’intégration » remplacé systématiquement par « fusion » (ses modifications s’affichent en bleu dans le texte. Lire notamment l'article 89). Le jury de l’I-Site pourrait même aller plus loin « en demandant que des établissements composantes abandonnent leur personnalité morale, comme à Paris-Saclay . Les jurés sont un peu provocateurs parfois », avertit une source proche du dossier. De quoi froisser certaines sensibilités.          

Statuts Nantes Université

Élection à venir à la tête de l'université

L’élection mi-novembre du nouveau conseil d’administration de 36 membres suivra. Il se substituera à celui de l’Université de Nantes, les conseils d'administration des autres établissements continuant pour l’heure à exister. Les administrateurs éliront ensuite un(e) président(e) fin novembre. Même si elle s’en défend – « il est trop tôt pour en parler » –, Carine Bernault va donc repartir en campagne alors que la liste intersyndicale (FSU, CFDT, FO, CGT) avait fait jeu égal avec la sienne, en février 2020.          

Lors du vote sur Nantes Université le 28 mai, 11 administrateurs universitaires avaient même voté « contre » et 22 « pour », plus 1 abstention. « Ça fait quand-même deux tiers contre un tiers. Il y a des critiques que j’entendais en 2019, que je n’entends plus aujourd’hui », (se) rassure la présidente de l’Université. Du côté syndical, deux sources confirment « qu’aucune discussion sur une nouvelle liste n’a été entamée. Nous avons uni nos forces en opposition à la NUN. Mais pour l’heure nous perdons et l’Université perd ». Tout le monde n’est pas impatient de recevoir le faire-part de naissance de Nantes Université.

Thibault Dumas
Franco-américain, je suis journaliste professionnel à Nantes depuis plus de dix ans, en radio puis en presse écrite, comme pigiste désormais. Je collabore avec Mediacités, édition nantaise, depuis la préparation de son lancement, en 2017. Je n'ai pas de spécialité en tant que telle mais j'enquête plutôt (seul ou en équipe) sur les montages fiscaux (Waldemar Kita, FC Nantes, Manitou, etc), la politique sous toutes ses formes, le social (Le Confluent, Centrale Nantes, Beaux-Arts de Nantes, etc) et un peu d'écologie (déchets, éoliennes de Nozay, etc). Pour me contacter : thibault.dumas@mediacites.fr.

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