Carte établie par l'Auran.

A terme, la température de Nantes pourrait atteindre celle du Marseille d’aujourd’hui

« Aménager 150 îlots de fraicheur supplémentaire, près de chaque crèche, école, Ehpad, etc… » Les pics de chaleur de ces derniers jours remettent sous le feu de l’actualité l’une des promesses de Johanna Rolland, émise lors de la campagne des dernières municipales. Lundi, le premier adjoint de la maire PS, Bassem Asseh, mettait d’ailleurs en avant sur Twitter les 17 pataugeoires installées de longue date dans les quartiers nantais.

La température nantaise comparable, à terme, à celle de Marseille ou Montpellier

Il en faudra décidément un peu plus pour parvenir à lutter contre les effets du réchauffement climatique. C’est la conclusion à laquelle on parvient à la lecture d’une étude de l’Agence d’urbanisme de la région nantaise (Auran) parue fin juin et consacrée aux îlots de chaleur dans l’agglomération. On y apprend notamment que la température moyenne à Nantes est supérieure de 2,6 degrés à celle du département (+1,4° pour l’ensemble de la métropole).

« Entre 1970 et 2010, les températures moyennes mesurées à la station météorologique de Nantes Atlantique ont augmenté de près de 1,5°C, soit environ +0,3°C par décennie. À ce rythme-là, les températures moyennes pourraient augmenter de près de 3°C dans 40 ans par rapport aux années 1970. Les températures moyennes de Nantes sont aujourd’hui à un niveau comparable à celles de Toulouse ou Bordeaux au milieu des années 1980. Avec +3°C, la situation de Nantes se rapprochera de celle que connaissent aujourd’hui des villes comme Marseille ou Montpellier », explique l’étude, qui ne dit pas en revanche quel climat règnera dans ces deux dernières à la même date…

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Carte des îlots de chaleurs en Loire-Atlantique établie par l'Agence d'urbanisme de la région nantaise

Des communes et des quartiers plus chauds que d'autres

En se basant sur l’analyse d’images satellites, les ingénieurs de l’Auran identifient ensuite des différences marquées entre certains secteurs, selon les températures émises par la surface du sol lors d’une journée de fortes chaleurs. Sans surprise, celle-ci est nettement plus élevée dans les zones urbanisées qu’à la campagne ou encore dans les zones d’activité – très minérales – que dans les zones pavillonnaires. Comme le montre la carte très détaillée de l’Auran, des différences notables existent aussi entre les communes. A l'échelle de la Métropole, les températures varient par rapport à la moyenne de +2,8°C pour Rezé et +2°C pour Nantes à -1,5°C pour La Chapelle-sur-Erdre et -2°C pour Le Pellerin.

Au sein de chacune des villes, la carte de l’Auran permet ensuite d’identifier les îlots de chaleur. A Nantes, la température dans certaines de ces zones peut être supérieure de 5 à 7 degrés par rapport à la moyenne. C’est le cas, par exemple à Chantenay, sur l’île de Nantes, à Nantes-Nord ou dans certains secteurs du centre-ville. « Plus les rues sont étroites et bordées de hauts murs, plus la chaleur stockée par les matériaux a du mal à se dissiper. Cette configuration se retrouve principalement dans le tissu bâti ancien, avec des effets renforcés au sein de certains îlots : Madeleine Champ de Mars (+6,2°C), Graslin-Crébillon (+5,8°C), Bouffay (+6°C)... », liste l’Auran.

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Carte établie par l'Auran.

L'isolation thermique avant les îlots de fraicheur ?

Les raisons ? L’urbanisation, la densité, la présence de grandes étendues minérales et l’absence de végétation. Un cocktail qui favorise les bouffées de chaleur urbaines. Ces constats conduisent l’agence d’urbanisme à certaines recommandation, dont l'application semble parfois relever du casse-tête pour urbanistes. « La ville dense et intense devra être aussi une ville aérée et arborée », écrit-elle, recommandant de réfléchir à la problématique des îlots de chaleur à l’échelle du quartier plutôt qu’à celle du bâtiment. Autrement dit : peindre en blanc les cours d’école et végétaliser leurs toits ne suffira pas. Il faudra aussi planter dans les nouveaux quartiers beaucoup, beaucoup, plus d’arbres.

Une logique qui n’interdit pas néanmoins de réfléchir à une échelle plus « micro » lors de la construction de nouveaux bâtiments. L’Auran prend ainsi l’exemple de deux équipements récemment rénovés : le Palais des Sports de Beaulieu et le terrain de sport synthétique du stade SNUC. Ces derniers affichent ainsi des températures de surface supérieures de 6,5 degrés à la moyenne de la métropole. « Il semble donc préférable de s’assurer de la qualité de l’isolation thermique d’un bâtiment scolaire plutôt que de constituer un petit îlot de fraîcheur», conclut l’agence. Johanna Rolland va peut-être devoir revoir légèrement sa promesse.

Cet article concerne la promesse :
« Un îlot de fraîcheur dans chaque crèche, école, centre de loisirs, EHPAD (150 au total) »
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Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

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