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En 20 ans, la Loire-Atlantique a perdu près d’un quart de ses lits d’hôpitaux

192 lits sauvés dans le futur CHU de Nantes... Au début du mois de juin 2021, Johanna Rolland se félicitait d’avoir obtenu gain de cause auprès du ministère de la Santé. Un an plus tôt, à l’issue du premier confinement lié à la crise sanitaire, la maire (PS) de Nantes avait insisté auprès de l’État pour que le nombre de suppressions de lits occasionnées par le transfert du mastodonte hospitalier sur l’île de Nantes soit revu à la baisse. Dont acte : lors de son ouverture le futur CHU de Nantes ne devrait compter que 38 lits de moins que son prédécesseur, contre 230 au début du projet.

Du mieux, certes, mais une diminution quand même qui amplifiera encore la tendance observée depuis le début des années 2000. D’après une enquête de Franceinfo, basée sur les chiffres de la Dress et publiée mardi 9 novembre, les établissements hospitaliers publics français ont perdu 79 896 lits d’hospitalisation en 20 ans. Soit un quart de leur capacité d’accueil. Pour le seul département de Loire-Atlantique, le nombre de lits est passé de 5 734 en 2000 à 4365 en 2020, soit une baisse de 23,8 % (1 369 lits en moins), assez proche de la moyenne nationale.       

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La carte des fermetures de lits d'hôpitaux établie par Franceinfo à partir des chiffres de la Drees. / Capture franceinfo.fr

A l’échelle des Pays de la Loire, la plongée est encore plus marquée. En 20 ans, la région a perdu 32 % de ses lits. Un phénomène particulièrement marqué dans la Sarthe où près de la moitié d’entre eux (47,8 %) a disparu, ce qui classe le département parmi les plus touchés. La dégringolade est de 37,3 % (806 lits en moins) en Mayenne, 32 % dans le Maine-et-Loire (1 235 lits en moins) et de « seulement » 18,5 % en Vendée (575 lits en moins).

Les effets du « virage ambulatoire »

Inutile d’aller chercher dans la démographie l’explication à ce mouvement : le nombre d’habitants a largement augmenté dans chacun des départements concernés entre 2000 et 2020 (dans l’intervalle, la Loire-Atlantique a même gagné 300 000 habitants). Les raisons – bien connues - sont ailleurs. D’abord, et pour une petite part (15 % des suppressions de lits), dans un « changement dans la prise en charge du grand âge », explique la Drees à Franceinfo. De nombreux lits des unités de soins de longue durée (USLD) ont en effet été transférés vers les Ehpad, qui n'apparaissent pas dans les chiffres faute d'autorisation de soin. Ensuite, et surtout, par le « virage ambulatoire » pris par les hôpitaux. En favorisant les interventions à la journée et l’hospitalisation à domicile, celui-ci a mécaniquement conduit les établissements à fermer bon nombre de lits.

Des suppressions qui peuvent avoir de graves conséquences en cas de besoin inattendus, comme l’a montré la récente crise sanitaire, mais aussi sur les conditions de travail du personnel hospitalier, comme l’ont montré les mouvements sociaux à répétition au CHU de Nantes. Et qui, in fine, peuvent conduire à… de nouvelles fermetures de lits, faute de personnel pour s’en occuper. C’est ce que documentait l’enquête de Mediacités sur le CHU de Nantes, publiée en octobre 2020. C’est encore ce que démontrait l’enquête flash révélée par Jean-François Delfraissy, le 26 octobre dernier. D’après le président du Conseil sanitaire, environ 20 % des lits d’hôpitaux seraient inutilisés en France, en raison d’un manque de personnel médical. Alors que le Covid-19 menace toujours notre système de santé, ces chiffres laissent pantois.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.

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