Séance du conseil municipal de Nantes en avril 2018. La séance du 17 décembre 2021 se tenait en visioconférence. / Image : Ville de Nantes.

Marges de manœuvres étroites et investissements records : débat sur les finances nantaises

Concordance des temps… Vendredi dernier, au début du conseil municipal de Nantes, les élus de la ville débattaient des futures orientations budgétaires pour l’année 2022. Et notamment de l’augmentation programmée des impôts locaux. Pour la première fois depuis 2010, la taxe foncière augmentera à Nantes, d’environ 8% (soit 7 à 8 euros par mois et par foyer concerné). « La Ville ne pourra pas boucler son programme sans un coup de pouce de la fiscalité », justifiait quelques jours plus tôt l’adjoint à la maire (PS), Pascal Bolo, en présentant le plan d’investissement massif prévu par la ville pour les cinq prochaines années (690 millions d’euros).

De fait, il faudra bien cela. Car - drôle de télescopage - quelques heures plus tard, les mêmes conseillers municipaux examinaient le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) des Pays de la Loire sur la gestion de la ville de Nantes entre 2015 et 2019. Entre des satisfécits sur l’action municipale durant la crise sanitaire et des doutes sur l’efficacité de la politique éducative, ce document alerte sur les capacités financière de la ville à mener de tels investissements.

« Le volume des dépenses d’équipement sera probablement à revoir à la baisse »

Selon les magistrats financiers, l’augmentation des recettes fiscales, liée à celle de la population, n’a pas suffi à compenser une « augmentation significative des dépenses » (+6,5% entre 2016 et 2019). En quatre années, la ville a même « mangé » la baisse des charges de fonctionnement engendrée mécaniquement par le transfert de biens et de compétences à Nantes Métropole. Et si « l’analyse de la dette montre une situation saine », avec une capacité de désendettement « favorable », les magistrats financiers s’inquiètent de cette hausse régulière des charges qui « fragilise les marges de manœuvre de la collectivité ».

« Selon l’impact de la crise sanitaire, le volume des dépenses d’équipement sera probablement à revoir à la baisse », écrit la CRC, qui a du être surprise en apprenant que la ville comptait justement investir 690 millions d’euros d’ici à 2026. Les documents ayant servi à son analyse ne prévoyaient « que » 480 millions d’euros. Une « ambition importante » que les magistrats financiers estimaient déjà susceptible de « rapidement détériorer » l’encours – encore très favorable – de la dette nantaise.  

Choix politiques

Si une telle appréciation laisse planer le doute sur les capacités de la ville à tenir le programme d’investissement prévu, la majorité municipale ne partage évidemment pas cette inquiétude. Justifiant la hausse des dépenses de fonctionnement par « la volonté de la Ville de Nantes d’accompagner la dynamique du territoire », le premier adjoint (PS) Bassem Asseh, assume dans sa réponse à la CRC « des choix politiques forts » et souligne que « les ratios de santé financière sont très bons (…) tant sur l’épargne que sur la dette ».

Sans surprise, là encore, cette analyse a été dénoncée par l’opposition, lors du conseil municipal. « Votre stratégie n’est ni saine, ni rigoureuse, ni maîtrisée », avançait ainsi le conseiller municipal LREM, Erwan Huchet. « Vous nous amenez dans le mur en klaxonnant », affirmait quant à lui l’opposant LR, Foulques Chombard de Lauw. Des critiques balayées par la maire (PS), Johanna Rolland. « Nous avons une gestion rigoureuse et offensive. Nous répondons au quotidien et préparons l’avenir », répondait-elle, vendredi dernier.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.

Précédemment dans l'Oeil

Mué en emblème national, le futur CHU de Nantes devient « irrémédiable » selon Jean Castex

En visite à Nantes pour poser la première pierre du - très controversé - futur CHU de la ville, le Premier ministre a fait du projet l'emblème du Ségur de la Santé, lancé en mars 2020. Comme lui et malgré les doutes et les oppositions, la maire (PS), Johanna Rolland, juge désormais le projet irréversible.

Loire-Atlantique : ces cliniques et hôpitaux qui opèrent des cancers sans autorisation

Une enquête de Cash investigation dévoile les statistiques d’opérations par établissement et par type de cancer. A Nantes et en Loire-Atlantique, plusieurs hôpitaux ou cliniques ne respectent pas les seuils requis pour certaines activités.