Pascal Bolo / Illustration : Jean-Paul Van der Elst

Pascal Bolo, le tramway et les « indésirables »

Le roi nantais de la petite phrase a encore frappé. En 35 ans de vie politique, Pascal Bolo a développé un art consommé de la polémique et de la provocation. Comme Mediacités l’avait raconté dans le long portrait que nous lui avions consacré en 2018, le tonton flingueur de la politique nantaise a toujours eu l’habitude de défourailler à tout va, que ce soit par voie de presse ou, plus récemment, sur les réseaux sociaux. En la matière, il a commencé l’année en beauté.

Dans la soirée du 31 décembre, alors qu’il se trouve à la station de tram Commerce, avec des équipes de la TAN et de la police municipale, l’adjoint (PS) à la maire de Nantes chargé de la sécurité se fend d’un petit tweet, accompagné de deux photos. « Passage à la croisée des trams à Commerce. Les indésirables sont là », écrit-il, sans plus de précision. « Indésirables ». Le mot est lâché et la polémique peut commencer.

Rapidement, les réactions indignées pleuvent, notamment du côté des écologistes, membres de la même majorité municipale que Pascal Bolo. Le 3 janvier, dans un communiqué, les deux adjoints au maire Julie Laernoes et Christophe Jouin se « désolidaris(ent) » de ces propos et condamnent, au nom du groupe écologiste et citoyen à la mairie de Nantes, un « glissement sémantique vers des termes qui, employés à l’encontre de personnes, sont contraires à l’histoire et aux valeurs de notre famille politique et ne peuvent pas faire partie du vocabulaire de la gauche. Oui la délinquance et le délitement du sentiment de sécurité à Nantes sont bien réels, mais les stigmatisations ne résoudront rien ».

Chiffon rouge

Pas de quoi remuer Pascal Bolo qui, interrogé par Ouest-France, maintient ses propos. « La présence de gens qui dealent, importunent les passants, génèrent une ambiance de tension voire de violence, seraient-ils désirables ? », fait-il mine de s’interroger. « D’où qu’elle vienne et quelle que soit son histoire, une personne qui s’installe et qui est source de délinquance ou de nuisance est indésirable. » Une position soutenue, en creux, par le premier adjoint (PS) Bassem Asseh qui, ce même 3 janvier, tweete à son tour : « La délinquance ne tombe pas du ciel, elle est l’œuvre des délinquants. L’angélisme ne résoudra rien. Il est même contre-productif (…). »

Bref, en ce début d’année, l’ambiance est au beau fixe dans la majorité municipale nantaise qui, depuis nos révélations de février dernier, ne peut même plus faire appel à son psy pour résoudre ces problèmes… Dommage. Ils auraient peut-être pu discuter de ce qui les rassemble : le constat des problèmes de deal et de délinquance rencontrés au niveau de la station de tram Commerce. Et de ce qui les sépare : le choix des mots pour les décrire.

Comme l’ont relevé nos confrères de « l’irrégulomadaire » satirique La lettre à Lulu, citant une étude de l’historien Emmanuel Blanchard, celui « d’indésirables » n’est pas neutre et charrie même avec lui une longue histoire. Utilisé par l’extrême droite, voire la droite, depuis le début du XXe siècle – et notamment dans les années 1930 – pour stigmatiser la figure de l’étranger, il fait depuis figure de « chiffon rouge » pour la gauche.

Reste donc à savoir si Pascal Bolo, fin connaisseur de l’histoire politique française et de son vocabulaire, l’ignorait au moment de l’agiter ? Ou s’il n’a pu résister à la tentation de provoquer ses "alliés" écologistes et de marquer une fois encore sa différence avec eux sur les questions de sécurité ?

Bonus :

Magie des réseaux sociaux et du tweet qui chasse l'autre... Le 5 décembre au soir, en réponse à un message du réalisateur Cyril Dion, Pascal Bolo publiait ce message : « Je suis toujours surpris de cette croyance très française selon laquelle désigner des coupables (même à juste raison) aiderait en quoi que ce soit à résoudre une crise aiguë ou un problème complexe… » On ne saurait mieux dire.


 

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.

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