La « consécration » de Damien Castelain n’aura été que de très courte durée. Vendredi 28 juin, le président de la Métropole européenne de Lille (MEL) validait son grand schéma directeur des infrastructures de transports (Sdit) à l’unanimité moins deux abstentions. Quatre jours plus tard, il passait sa journée en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire (PJ), comme l'a révélé La Voix du Nord, dans le cadre d’une enquête pour détournement de fonds publics ouverte par le Procureur de Lille, en juillet 2018, suite à nos révélations.

Cette procédure avait été déclenchée juste après le dépôt d’une plainte du lanceur d’alerte Eric Darques, doublée d’un signalement de l’association de lutte contre la corruption Anticor. En octobre, un autre signalement - au titre de l’article 40 - avait été déposé par les magistrats spécialisés de l’Agence française anticorruption (AFA) sur le bureau du procureur. Ces derniers formulaient différents griefs qui sont venus élargir les investigations de la PJ.     

https://www.mediacites.fr/lille/dossier/les-frais-de-damien-castelain/

Cette garde à vue intrigue par sa durée (plus de 24 heures) mais aussi par le profil des personnes concernées. S’il était prévu que les policiers achèvent leur enquête par les convocations des principaux protagonistes de cette affaire (soit le président Damien Castelain, son directeur général des services Bruno Cassette et l’ancienne conseillère presse du président Constance Tembremande), il est plus surprenant de constater que les enquêteurs ont également convoqué la nouvelle compagne de Damien Castelain. Cette dernière est suspectée d’avoir bénéficié indirectement de frais (dîners, hôtels…) payés par le contribuable.

L’affaire est complexe car elle explore différents aspects de la gestion de la MEL. Outre les frais litigieux (achats de vêtements, frais de sauna et hammam, restaurants…), elle porte sur les conditions du transfert du siège de la collectivité dans l'immeuble du Biotope, sur la passation du marché de communication de la MEL à la société Constance RP, sur la distribution sans justificatif de 179 770 euros de places de football ou encore – fait moins connu – sur les frais du directeur général des services. Lorsque nous avions rédigé le portrait de Bruno Cassette, nous nous étions déjà arrêtés sur les pratiques de ce dernier susceptibles de relever du détournement de fonds publics.

Outre quelques notes de restaurants lillois dont le caractère professionnel ne sautait pas aux yeux, d’autres dépenses ont sans doute intéressé les policiers lillois. Il en va ainsi, par exemple, de ces factures d’hôtels, à Lille, que nous publions pour la première fois et qui ne laissent d’intriguer.

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En effectuant un « don » de 20 542,43 euros à la métropole européenne de Lille, le 8 avril dernier, le président Castelain a voulu lever la suspicion sur des frais, dont l’Agence française contre la corruption (AFA) a indiqué qu’une partie d'entre eux ne reposaient sur « aucune base légale ». En supprimant la fameuse régie d’avances du cabinet du président, censée garantir une transparence accrue, il a aussi tenu compte des reproches de l’AFA qui pointait l’absence de tout contrôle avant le 20 juin… soit 5 jours après la parution de notre premier article.

Ces deux initiatives n’enrayent en rien la poursuite de l’enquête dont Damien Castelain, président de la 4e métropole de France, aura bien du mal à se relever politiquement. D’autant qu’il est le seul élu encore inquiété dans l’affaire dites des « pierres bleues », en marge de celle de l’attribution du Grand Stade de Lille à la société Eiffage. Selon les termes mêmes du Procureur de Lille, le président Castelain est fortement soupçonné de « délit de recel », c’est-à-dire d’avoir bénéficié gracieusement de ces pavés livrés par une filiale d’Eiffage pour réaliser sa terrasse à son ancien domicile de Péronne-en-Mélantois, la ville dont il est maire. Le temps de la « consécration » semble décidément déjà bien loin…