De Gérard Caudron, ses administrés savent par cœur les coups de gueule, les phrases choc et l’emphase proverbiale. Ils sont moins habitués au mutisme assourdissant dont l’édile fait montre depuis la publication de notre enquête sur la plainte qui le vise, déposée en mars 2018 par une employée communale. Le maire de Villeneuve d’Ascq, que nous avons rencontré à ce sujet le 12 juin, réfute tout en bloc et s’estime victime d’une « attaque ignoble » destinée à empêcher sa réélection pour un 7ème mandat en 2020.

Vendredi dernier, l’élu, vice-président de la Métropole européenne de Lille (MEL) ne s’est pas présenté au conseil métropolitain auquel il était pourtant attendu. Un communiqué de presse de la mairie, annoncé le même jour, n’a finalement pas été diffusé. Dans la foulée, nous apprenions que Gérard Caudron changeait d’avocat, pour s’offrir les services d’un ténor du barreau : l’avocat pénaliste Frank Berton, auquel Mediacités a consacré un long portrait en mars. Lors de notre rencontre avec Valérie Quesne, en mai, la compagne de Gérard Caudron nous indiquait qu’elle plaidait de longue date pour qu’il change de conseil, ce que le maire se refusait absolument de faire. « Si je change d'avocat, cela voudrait dire que je suis coupable », lui répétait-il alors, selon ses dires. L’élu aura donc changé d’avis.

A l’hôtel de ville de Villeneuve d’Ascq, l’ensemble du personnel semble sujet à une crise de tétanie : personne n’ose plus bouger, de peur d’attirer sur lui les foudres de l’édile, qui continue de clamer qu’on veut l’éliminer. Dans la dernière note de son blog (numéro 561), publiée lundi 1er juillet, Gérard Caudron rompt le silence pour comparer sa situation à celle de l’homme d’Etat Pierre Bérégovoy, qui s’est suicidé en 1993 après avoir « fait […] l’objet d’une campagne infâme » - l’ancien Premier ministre de François Mitterrand était soupçonné de corruption par un juge d’instruction.

« Je suis innocent de tout ce dont on m'accuse »

Dans cette longue note, le maire de Villeneuve d’Ascq se dit « assommé, brisé, cassé et quasiment ‘prêt à tout’ », après « une attaque d’une violence inouïe » pour « des faits insensés ». L’élu réaffirme également toutes ses certitudes quant à l’existence d’un complot monté contre lui : « Je veux aujourd’hui dire que les faits qui me sont reprochés sont sans aucun fondement, que je suis innocent de tout ce dont on m’accuse, […] que j’ai acquis quelques convictions sur l’origine, le déroulé et les raisons de cette ‘mise à mort politique’ », écrit-il.

A ce stade, l’édile, qui avait exprimé en février sa volonté de se représenter pour un dernier mandat à la tête de la municipalité, indique « penser n’être plus candidat [aux élections municipales] en mars 2020 », et ce « quelle que soit l’issue des procédures en cours ». Avant de durcir le ton : « Je ne soutiendrai aucune liste où figureraient des dirigeants et des militants de parti(s) ou ‘d’organisations’ qui auront, de près ou de loin, contribué à mon ‘lynchage’. J’ai déjà des noms. J’attends des preuves irréfutables mais ça avance », prévient-il.

Ses alliés, au Parti socialiste, sont dans leurs petits souliers : ils se sentent visés par ces menaces à peines voilées. Car après les élus macronistes LREM, le maire de Villeneuve d’Ascq soupçonne désormais tous azimuts : la chasse aux sorcières a commencé…

 

Suite à la publication de cette enquête, plusieurs témoignages nous sont parvenus. Ils confirment le climat de peur entretenu à l’hôtel de ville, la souffrance au travail de nombreux agents et l’attitude pour le moins ambiguë de Gérard Caudron à l’égard de ses collaboratrices. Mediacités continuera de s’intéresser et à suivre la situation à la mairie de Villeneuve d’Ascq, avant comme après les élections municipales.

Enfin, à la lecture des nombreux commentaires qu’a suscités notre article, nous jugeons utile de répondre de façon claire à certaines allégations :

  • « Vous essayez de détruire un homme politique. » : Faut-il vraiment le rappeler ? Nous faisons du journalisme, pas de la politique. Ainsi, nous ne publions pas d’articles « à charge » ou « à décharge », mais nous contentons de rendre publics des faits, en laissant s’exprimer différentes opinions.
  • « Je le connais, ce n’est pas un violeur. » : C’est donc cette connaissance que vous avez d’une personne (sur la base de son travail, de ses compétences, que sais-je encore) qui vous permet d’affirmer de façon péremptoire qu’un homme est incapable d’user de violence quand il échappe à votre regard ? Cela vous semble suffisant pour discréditer systématiquement la parole des femmes, vraiment ?
  • « Qu’en savez-vous, vous n’étiez pas dans la pièce. » : Certes non, et c’est heureux. Nous ne prétendons évidemment pas avoir assisté à quoi que ce soit. Ce que nous savons, en revanche, c’est qu’une employée communale a déposé une plainte pour viols contre un maire, et que ce dernier rejette ces accusations en évoquant un complot politique qui viserait à l’éliminer.
  • « C’est une affaire de mœurs, cela ne nous regarde pas. »: Dans la mesure où il est question à la fois de l’avenir politique d’un élu, de l’hypothèse d’un complot avancée par l’élu en question et, indirectement, des répercussions concrètes de cette plainte sur les prochaines élections municipales, il s’agit bien d’une affaire qui concerne la politique, et pas seulement les mœurs. Dès lors, nos lecteurs ont le droit d’en être informés.
  • « Laissez la justice faire son travail. »: La justice décidera de classer la plainte ou de la poursuivre – c’est effectivement son travail, et pas le nôtre. Tant qu’un homme n’est pas jugé coupable, il est présumé innocent. De notre côté, nous nous gardons bien de tout jugement. En revanche, il n’est plus envisageable, de nos jours, que la presse se contente d’attendre sagement les conclusions de la justice.