En octobre dernier, Mediacités publiait une longue enquête sur la mairie de Mions. Nous y documentions l’ambiance explosive régnant au sein de cette commune de 13 000 habitants, à l’est de la Métropole. Pressions sur les agents, démoralisation du personnel, plaintes pour harcèlement, tensions au sein de la majorité… Le tableau se révélait édifiant.

Au centre des critiques, le maire (LR) Claude Cohen, qui se targue de gérer sa mairie « comme une entreprise », était accusé d’avoir considérablement dégradé les conditions de travail des 265 employés municipaux, notamment des cadres et de certains représentants syndicaux. « On leur met la pression jusqu’à ce qu’ils partent ou qu’ils se mettent en arrêt », résumait un membre de la majorité municipale. « Si vous voyez de la poussière, c’est que nous faisons le ménage à la maison », nous avait répondu Claude Cohen. Traduction : circulez, y’a rien à voir !

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Mions, une mairie au bord de l'explosion

 

Au lendemain de la publication de notre enquête, plusieurs autres agents de la commune nous ont contacté pour confirmer nos informations. Un mois et demi plus tard, le climat ne s’est pas amélioré. Le sujet ressemble de plus en plus à une patate chaude que ni l’administration, ni la justice, ni les élus ne semblent en mesure de refroidir. Revue de détail.

1/ Evaluation des risques psycho-sociaux : six mois de perdus

Sur le plan administratif, le dossier avance très lentement. En matière de conditions de travail, le contrôle des petites collectivités incombe au Centre de gestion du Rhône. Au printemps, la médecine préventive avait adressé un courrier d’alerte au maire Claude Cohen, notant « des éléments préoccupants » dans les témoignages des agents. En juillet dernier, un Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) extraordinaire avait été organisé, décidant de la mise en place d’une évaluation des risques psychosociaux (RPS).

Selon nos informations, c’est d’abord un « audit organisationnel » qui a été commandé par la mairie, sans appel d’offre, auprès d’un cabinet-conseil parisien. Comme son nom l’indique, cet audit ne porte pas sur les conditions de travail, mais plutôt sur l’organisation interne. Il a pour objectif « d'améliorer encore la qualité des services que nous offrons à nos concitoyens. Les élus sont au service du peuple », nous a fait savoir Claude Cohen. Une manœuvre pratique pour temporiser, sans vraiment s’attaquer au nœud du problème.

Six mois après avoir l’avoir décidé, les membres du CHSCT doivent finalement se réunir ce jeudi 7 décembre pour commencer à rédiger le cahier des charges destiné à réaliser l’évaluation RPS. Un retard incompréhensible pour de nombreux agents. D’autant que la procédure est longue et nécessite un appel d’offre. Dans ces conditions, les conclusions de l’audit ne devraient pas être disponibles avant le printemps 2018. Selon nos informations, la rédaction du cahier des charges va être encadrée par des agents du Conseil de gestion. Contacté, cet organisme nous a fait savoir, via sa 1ère vice-présidente Martine Surrel (maire UDI de Saint-Maurice-sur-Dargoire), qu’il ne communiquait pas sur ce sujet.

2/ Au pénal : des enquêtes toujours en cours

Comme nous l’écrivions en octobre, quatre plaintes, portant notamment sur des faits de harcèlement, ont été déposées par des agents ou anciens agents de la commune. Là encore, le dossier ne semble pas prioritaire. Certaines plaintes ont été déposées contre X et les enquêteurs de la gendarmerie de Mions ne semblent pas pressés de mettre en cause la responsabilité du maire. Alors que plusieurs témoins ont été entendus dans l’une des procédures, les enquêteurs se sont arrêtés au chef de service de l’agent concerné sans remonter plus haut dans la hiérarchie. « C’est pourtant bien le maire qui donne les consignes », estime le plaignant, inquiet de voir sa démarche stoppée en plein vol.

Au moins une autre plainte pour harcèlement, déposée par l’ancienne directrice de la communication, vise cette fois directement le maire et d’autres adjoints. Contactée par Mediacités, elle évoque une « guerre entre élus », dont elle affirme avoir fait les frais. Elle dit avoir été otage des « injonctions contradictoires » et du comportement « autoritaire » du maire. « Lors de mon entretien préalable à licenciement il m’a dit “Je vous vire, la loi, c’est moi qui décide” », affirme-t-elle. Sa plainte a été déposée en septembre.

3/ Politique : l’embarras des Républicains de la Métropole

Depuis quelques mois, la majorité municipale apparaît plus divisée que jamais. Une dizaine d’élus (sur 33 au total) sont en rupture avec Claude Cohen. Une fronde que le maire traite avec la manière forte. La veille de la parution de notre enquête, une conseillère municipale de la majorité s’est ainsi vu retirer sa délégation du jour au lendemain. « Sa vision était trop à l'opposé du reste de l'équipe, justifie Claude Cohen. Il n'y a aucune tension mais la liberté de parole existe et des divergences sont inévitables. Il est même sain de pouvoir échanger sur nos divergences. C'est la vision que nous avons de la démocratie. »

Cette vision de la démocratie ne semble pas du goût de tous les élus de la majorité. Si les frondeurs font pour la plupart « bonne figure » et préfèrent ne pas afficher leurs désaccords au grand jour, d’autres n’hésitent plus à prendre position publiquement. C’est le cas de Florence Guichard, adjointe aux Affaires scolaires. Le lendemain de la publication de notre enquête, l’élue accordait un entretien au Progrès, dans lequel elle dénonçait « les agissements antidémocratiques » et la « dérive comportementale et managériale » du maire. Interrogé sur les tensions au sein de sa majorité, Claude Cohen persiste et signe : « Quant au groupe contestataire, il n'existe pas en dehors de notre opposition ».

Du côté de la fédération des Républicains du Rhône et de la Métropole, l’embarras est palpable. Officiellement, la fédération, présidée par le maire de Caluire-et-Cuire Philippe Cochet, refuse de commenter l’action d’un élu local « pour ne pas faire d’ingérence dans les affaires internes », nous fait-on savoir. En coulisses, d’autres élus LR nous ont confirmé leur gêne. « Le problème, c’est Claude Cohen. Il est ingérable. Mais seuls les conseillers municipaux peuvent agir », confie l’un d’entre eux. Les élus fondeurs refusent de démissionner pour ne pas « abandonner le navire qui coule », justifie un adjoint. « On attend la fin du mandat. La seule chose qu’on pourra faire sera de ne pas lui renouveler notre confiance », glisse-t-on à la fédération LR. Pour les agents de la commune, le temps risque de paraître long jusqu’aux prochaines élections municipales en 2020.

Mise au point

Quelques jours après la publication de notre article « Mions : une mairie au bord de l’explosion », le 18 octobre dernier, le groupe d’opposition municipale de Mions Ensemble Solidaires a reproduit la quasi-intégralité de l’article sur un tract distribué dans les boîtes aux lettres de la commune. La rédaction de Mediacités n’avait pas été avertie de cette démarche et s’en désolidarise totalement à double-titre.

1/ Mediacités ne fait pas de politique mais du journalisme. Nous condamnons toute récupération de quel que bord que ce soit. Bien que le tract mentionnait la source du texte (avec le nom de notre journaliste et l’adresse URL de l’article), l’article a été reproduit sous le logo du groupe d’opposition.

2/ Notre information a de la valeur. La réalisation d’un tel article a nécessité des jours de travail et un certain nombre de rencontres, recherches et interviews. Journal indépendant et sans publicité, Mediacités vit des abonnements de ses lecteurs. La reproduction sans notre accord de l’article et sa diffusion sur un tract s’apparente à un vol. Il est d’autant plus regrettable  que nous avons le souci de proposer des abonnements abordables (à partir de 1 euro par mois) et qu’il est possible pour les non-abonnés de découvrir Mediacités gratuitement pendant 24 heures grâce à notre formule « découverte ».

La rédaction de Mediacités