La centrale du Bugey dans le box des accusés ? Ce mercredi 7 mars, le réseau Sortir du nucléaire, aux côtés de ses déclinaisons locales Bugey et Isère, et de Rhône-Alpes sans nucléaire, va déposer plainte devant le tribunal de grande instance (TGI) de Bourg-en-Bresse à l’encontre d’EDF. Les associations anti-nucléaires reprochent à l’électricien une importante fuite de tritium, un élément radioactif, survenue à la centrale du Bugey située au bord du Rhône, 35 kilomètres en amont de Lyon.

Les faits – passés jusqu’à présent relativement inaperçus – remontent au 21 décembre dernier. Une présence anormale de tritium est détectée dans un piézomètre, une installation qui participe à la surveillance environnementale de la centrale. « Dans les jours qui ont suivi, d’autres fuites de tritium ont été constatées sur le site dans différents points de contrôle », complète la juriste de Sortir du nucléaire Marie Frachisse. L’incident serait directement lié à la vidange d’un bassin de rétention, destiné à recueillir les effluents de la centrale. Il est suffisamment préoccupant pour déclencher une inspection sur place de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le gendarme du nucléaire, afin d’en déterminer les causes précises et d’en mesurer les conséquences pour les nappes phréatiques et les eaux du Rhône.

Le rapport de l’ASN daté du 15 janvier, que Mediacités reproduit ci-dessous, est accablant. Les inspecteurs font état d’une accumulation de dysfonctionnements [lire pages 2, 3 et 4 du rapport] qui auraient conduits à une contamination radioactive des nappes phréatiques : mauvaise gestion des alarmes, pompes de relevage défaillantes, clapet anti-retour défectueux et non-étanche. EDF a « tardé à diagnostiquer correctement les causes de ce déversement », ajoute enfin l’ASN.

 

L’exploitant minimise la fuite en soulignant que « les teneurs en tritium sont très largement inférieures au seuil de potabilité » et que l’eau souterraine contaminée « rejoint naturellement le Rhône où elle est diluée ». Pas de quoi rassurer Sortir du nucléaire. Dans sa plainte, le réseau liste dix infractions imputées à EDF et à Pierre Boyer, le directeur de la centrale du Bugey : une pour pollution des eaux et les neuf autres pour non-respect du code de l’environnement et à la réglementation relative aux installations nucléaires de base.

« Ces fuites sont malheureusement de plus en plus fréquentes. Depuis 2010, nous en avons constaté une dizaine [en France]. Certaines ont d’ailleurs fait l’objet de condamnations pénales d’EDF », précise Marie Frachisse. En cinq ans, c’est la troisième fuite de tritium recensée au Bugey, la deuxième plus vieille centrale en activité après Fessenheim. Cette nouvelle plainte fait écho à celle déposée en janvier dernier par six associations contre la centrale nucléaire de Gravelines, dans le Nord, pour « tuyauteries d’évacuations clandestines ».

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