Lucien Barge devrait tôt ou tard être convoqué en gendarmerie... D’après nos informations, une enquête concernant la municipalité de Jonage, bourgade de 6000 habitants à l’est de Lyon, vient d’être ouverte suite à un signalement parvenu au procureur de la République en octobre 2018. Un habitant de la commune, dirigée depuis 1995 par Lucien Barge (ex-LR), exhortait la justice à se pencher sur une délibération [voir le document ci-dessous] autorisant la ville à louer un appartement, propriété de la collectivité, au fils de Martine Chalessin, adjointe au maire, à un prix défiant toute concurrence (350 euros pour 70 mètres carrés).

> Extrait du compte-rendu du conseil municipal de Jonage du 15 mai 2017 :

CM Jonage

Nous vous avions révélé ce dossier, le 9 octobre dernier, dans notre enquête intitulée : « A la mairie de Jonage, c’est copinage à tous les étages ».
Le jour même, l’habitant à l’origine du signalement était reçu à la gendarmerie de Saint-Laurent-de-Mure, préférée à celle de Jonage afin d’éviter une trop grande proximité avec l’objet des investigations. Depuis, le conseiller municipal d’opposition Laurent Chervier, investi par Les Républicains pour les prochaines élections municipales, a lui aussi été entendu en tant que témoin. « Outre le tarif pratiqué pour l’appartement, les gendarmes s’interrogent sur la durée de la location – plus de deux ans et demi – alors qu’il devait s’agir d’une solution provisoire et alors que la ville aurait bien besoin d’un hébergement d’urgence pour, par exemple, des femmes battues qui fuient leurs domiciles », confie l’élu.

Deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende

Le délit de favoritisme est régi par l’article 432-14 du Code pénal. Il consiste, pour une personne dépositaire de l’autorité publique, d’octroyer ou de tenter d’octroyer un avantage injustifié « par un acte contraire aux dispositions (…) ayant pour objet de garantir la liberté d'accès et l'égalité des candidats dans les marchés publics et les délégations de service public ». Il est passible de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, et peut être assorti de la privation des droits civiques pendant cinq ans.

Contactée par Mediacités, la brigade territoriale de Saint-Laurent-de-Mure refuse de communiquer : « Nous avons reçu des consignes. Adressez-vous au parquet ». Les services du procureur de la République de Lyon confirment l’ouverture d’une enquête. « Il est évidemment trop tôt pour connaître les suites qui pourront lui être données », ajoute-t-on de ce côté-là. Quant à la mairie de Jonage, nos demandes d’interviews, par mail et téléphone, au maire et à son cabinet n’avaient pas reçu de réponse au moment de notre bouclage.

Si le point de départ des investigations concerne l’appartement du fils de l’adjointe, les gendarmes pourraient s’intéresser à l’ensemble de « l’œuvre » de Lucien Barge. D’après l'un de nos interlocuteurs, l’officier chargée de l’enquête a ajouté à son dossier une impression de notre précédent article. Nous y détaillions la pratique toute particulière du pouvoir local par Lucien Barge. Pêle-mêle, outre l’appartement déjà cité, il était question de la location d’une maison de la ville à la fille d’une autre adjointe, là aussi à prix d’ami ; de l’attribution du commerce de fleurs du bourg à la belle-fille d’une employée municipale ; des projets immobiliers du maire lui-même dans un lotissement en chantier à Jonage ou encore de généreuses rémunérations versées à un ancien agent de la commune.

« C’est un petit Balkany. Il n’a pas compris que la mairie ne lui appartenait pas », résumait l’avocat Vincent Durand qui a eu maille à partir avec Lucien Barge sur l’affaire du fleuriste. « Il gère sa commune comme son champ de maïs ! », ironise le Jonageois à l’origine du signalement qui désire rester anonyme (le maire était céréalier). « Ce que je demande, conclut-il, c’est de mettre fin à ce favoritisme et que la ville récupère les loyers qu’elle aurait dû faire payer ! »